‹ Précis de littérature françaiseChapitre 105 sur 276 · I. — Descartes · texte numérisé non relu

I. — Descartes

Vie. — René Descartes est né à la Haye (i), entre Tours et Poitiers, eo 1596, d'une famille noble. D fut mis au collège de La Flèche, chez les Jésuites (2). Descartes vint ensuite à Paris, étudier le droit ; puis il voulut consulter le « grand livre du monde i, et, pour voyager, il s'engagea et il prit part à la guerre de Trente Ans. On le vit à Ulm, à Prague, bon soldat, mais toujours préoccupé de sciences et de philosophie. D quitta le service, se rendit à Rome (1623), et revint à Paris. Bientôt il s'établit en Hollande (1629), d'abord à Franeker, dans la Frise, puis à Amster^ dam (3). C'est là qu'il écrivit le Discours delà méthode (1637), les Më(fitalions (1641), le Traité des passions (1649). Il céda enfin aux offîres de la reine Christine de Suède, qui l'attira à Stockholm. D ne tarda pas à y mourir, le 11 février 1650 ; son corps fut rapporté en France en 1667.

Le DiscotTf de la Méthode 1637). ^- Descartes veut qtie hoiis raisonnions avec notre bon sens, c'est-à-dire avec notre raison, « la chose du monde la mieux partagée i, mais aussi celle dont nous savons le moins faire usage, faute d'une méthode. D va donc, dans son Discours, nous apprendre à raisonner, au moyen de Vanalyse et de la synthèse.

Voici quelles sont les quatre règles de ta méthode de Descartes :

10 « Ne reôevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment telle... > C'est le critérium de Vévidence substitué à celui de V autorité.

29 « Di\iscr chacune des difficultés en autant de parcelles qu*il se pourrait et qu*il serait requis pour les mieux résoudre. •

30 • Conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés, jusquos à la connaissance des plus composés. »

40 • Faire dos dénombrements entiers. • Ces énumérations complètes sont nécessaires pour qu'aucun terme du problème ne reste obscur.

Après avoir ainsi substitué au raisonnement par le syllogisme scolastique celui des mathématiques. Descartes se l'applique à lui-même. D fait table rase de toutes ses connaissances antérieures, et par le doute méthodique il essaie de retrouver les principes évidents d'une philosophie. Mais s'il doute, il pense, et s'il pense, il existe : c'est le fameux • Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum). De sa pensée, il s'élève à la connaissance de l'âme, puis à celle de Dieu : il a en effet l'idée de Vinfini, laquelle ne

(1) Oa dit aujourdliui La Haye-Descartet,

(1) Morceaux ehoùit, i** cyclt, p. 156; 8« eyclt. p. 814.

(8) Mûrtêoux ehoùù 2* cycle, p. 31B.

LBS INFLUENCBS PHILOSOPHIQUES BT BOGIALBS 141

peut lui venir, ni de lui-même, être essentiellement borné, ni du monde extérieur (1),

Descartes a également analysé les passions, et sa morale est véritablement cornélienne^ en ce qu'elle exalte la volonté.

Descartes écrivain. — Jusque-là, les philosophes, comme les théolot^icus, se servaient uniquement du latin pour exposer leurs doctrines, et d'un latin tout hérissé de termes spéciaux. Descartes, en usant du français, s'adresse non pas aux philosophes, aux spécialistes^ mais à tous ceux qui ont du bon sens. Ainsi la prose française, un an après le Cid, donnait son premier chef-d'œuvre.

L'influence cartésienne. — Descartes ^n'a pas eu sur son siècle une action indiviauelle aussi forte qu'on l'a cru quelquefois. U représentOi il centralise, en quelque sorte, tout un mouvement commencé avant lui. Mais enfin la philosophie qu'il précise^ et qui reçoit le nom de cartésienne, est adoptée par presque tout le xvii® siècle.

Quant à l'influence littéraire de Descartes, elle est encore moins personnelle. Sans lui, on peut le croire, les grands écrivains de ce siècle eussent d'eux-mêmes aimé la raison, le vrai, la psychologie, les idées gêné" raies, et observé dans leurs ouvrages cet ordre qui est un des caractères essentiels du style classique. Il n'en est pas moins vrai que lorsqu'une tendance générale trouve son expression dans un ouvrage de génie, et s'incarne puissamment dans une volonté individuelle, cette tendance se régularise, et s'exerce avec plus de force et de continuité.

il. — L'Académie française.

Origines. — Vers l'année 1G30, quelques gens de lettres se réunissaient chez Valentin Gonrart, pour discuter des questions de grammaire et de littérature. Parmi eux se trouvait Boisrobert, qui en parla au cardinal de Richelieu. Celui-ci demanda à ces messieurs de s'organiser en une Académie, et leur fit donner des statuts.

Organisation intérieure. — L'Académie s'est toujours composée, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, de quarante membres. Elle se recrute elle-même. Au décès d'un de ses membres, elle discute les titrée des écrivains qui sollicitent Thonneur d'y être admis, fixe la date de l'élection, et choisit le nouvel académicien par voie de scrutin secret, à la majorité absolue.

Les séances de l'Académie furent, dès l'origine, présidées par un de ses membres, élu directeur, assiste d'un chancelier ; ces deux dignitaires étaient renouvelés tous les trimestres. Le secrétaire était élu à vie (secrétaire perpétuel),

(i) MonÊOMx ckoUit f • cycle, p 918

142^ DIX-SBPTIÊMB SIÈCLE

Bn 1642, Séguiftr leur donna une salle dans son hôtel ; et après m mort (1672), Louis XIV permit aux académiciens de se réunir au Louvre. Afin que nulle préséance ne distin^ât les membres de cette Assemblée toute littéraire, Louis XIV fit placer, autour de la longue table, quarante fiiuteuils soinblables. De là l'expression de fauteuU académique.

Depuis 88 fondation, TAcadémie n'est pas exclusivement réservée à dee littérateurs de profession ; elle admet des protecteurs des leUres et dob grands hommes.

Premiers travaux de l'Académie française. — Les Acadénûcîens d» vaient avant tout rédiger un DicUonnaire^ et établir un usage certain dm mots... l^e travail, poussé d'abord très activement, se ralentit après la mort de Vaugelas en 1650. Bref, la première édition parut seulement en 1694.

L'Académie < it également, d'après ses statuts, examiner les ouvrages nouveau: aussi I\ichelieu, qui voulait donner de l'autorité à la compagnie, lui demanda-t-il d'intervenir dans la querelle du Cid. Nul doute que tes académiciens n'aient cru commencer, par les SerUimerUs sur le Cid, une série de travaux critiques sur les grands ouvrages contemporains, et s'ériger en tribunal d'arbitrage littéraire.

Influence de l'Académie française. — û no faut ni dénigrer l'Académie firançaise, ni exagérer son influence. Le liicfionnaire de l'usage, incessamment remanié et complété, fut d'un grand secours aux écrivains ; et pour nous, 4^k éditions successives ont une très grande valeur historique,

L'Académie eut un autre avantage, qui, aujourd'hui encore, n'est pas inutile. En réunissant, dans un salon et sur le pied d'égalité, des écrivains de l'origine la plus humble parfois et seulement distingués par leur talent ou leur génie, avec des grands seigneurs, des hopmes d'Etat, des prélats, des savants illustres, l'Académie établit entre eux une fraternité intellectuelle, dont chat'.un peut tirer profit.

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