III. — L'Hôtel de RambouiUet
Son origine. — Catherine de Vivonne, fille d'un ambassadeur de France À Rome, avait pour mère une Italienne de la plus haute noblesse. Elle épousa, en 1600, le marquis de Rambouillet. Présentée à la eou^, sous Henri IV, elle s'y sentit froissée par la liberté excessive qui y régnait ; et, prétextant sa mauvaise santé, elle prit le parti de rester chei elle. Alors, elle ^t reconstruire, sur ses propres plans, l'hôtel Pisani, qu'elle possédait dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre. C'est là que, do 1618 à 1660 environ, elle rassembla la plus haute société et les plus célèbret
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écrivains. Elle recevait, habituellement, étendue sur un lit de repoSt dans sa diambre bkue. On l'appelait Vincomparable Arthénice (1).
Première période (1618-1630). — Cette première période, de prépara' Uon, est déjà brillante. Les hôtes principaux de W^^ de Rambouillet sont : Richelieu, encore évêque de Luçon ; le cardinal de La Valette, la princesse de Montmorency, M"^' du Vigean, la duchesse de la Trémouille, Angélique Paulet (surnommée la lionne, à cause de ses cheveux d'un I blond hardi »). L'ainée des quatre filles de M'b* de Rambouillet, Julie d*Angennes, aidait sa mère à faire les honneurs de son salon. — (Quelques gens de lettres sont admis dans cette brillante société : Malherbe, Racan, Gonrart, Vaugelas, Chapelain, Segrais ; Voiture y apparaît, mais n'y deviendra « Tâme du rond • qu*ua peu plus tard. — Plusieurs influences littéraires se disputent alors rHôtelde Rambouillet : celle de Malherbe, celle d'Honoré d'Urfé, celle du cavalier Marin ; c'est-à-dire la haute et sévère poésie toute française, le romanesque psychologique et galant, et l'italianisme le plus rafGné.
Deuxième période (1630-1645). -^ Aux hôtes précédents viennent s'ajouter le jeune duc d'Eugliien (qui doit devenir le Grand Condé), La Rochefoucauld, le duc do Montausier (qui épousera Julie d'Angennes), M"® de Bourbon (sœur du Grand Condé, et qui sera la seconde et fameuse duchesse de Longueviile), W^^ de Coligny, M'^ de Scudéry. — Les écrivains y deviennent plus nombreux. On y voit : Georges de Scudéry, Mairet, Ménage, Golletet, Benserade, Gotin, Rotrou, Scarron, Desmarets^, Sarrazin ; — Corneille lui-même y paraît, et y lit son Polyeucte ; et Bos- 8uet,âgé de seise ans, y proche, dit-on, à onze heures du soir. C'est l'époque des divertisseinents mondains, des parties de campagne, des bals masqués, des inventions drolatiques de Voiture ; et aussi celle des lectures de madrigaux, de sonnets, d'impromptus. En 1641, le duc de Montausier o£Ere à Julie la fameuse Guirlande^ composée de soixante-seize madrigaux calligraphiés au-dessous d'autant de miniatures sur vélin représentant des fleurs, emblèmes des perfections physiques et morales de Julie. Tous les beaux esprits de l'Hôtel de Rambouillet, y compris Corneille, y avaient travailla.
Déclin de l'Hôtel de Rambouillet (1645-1660). — Le salon d'Arthénice ne cessait de faire de nouvelles et brillantes recrues, comme M°^* de Sévigné et M^^ de La Fayette. Mais le mariage de Julie avec M. de Montausier (1645), les troubles de la Fronde, la mort de Voiture (1648), celle du marquis de Rambouillet (1653), de l'aîné de ses fils (1654), enfin le ma-
(1) Arthéfiiçe ^i rÀna§[ramm« dç Catherifie. C'était l'usage, dans la société précieuse, de se donuer, par simple badinage, des surnoms (cf. Précieuses ridicules, se. IV). C'est aiml que l*on appelait Julie d'Angennes. Mélar^ide ; M"* de Scudéry, Sapho; — M** de Longueville, Laodamie et Mandane, etc. ; M">« de Rambouillet est aussi nommée Cl^omsre dam la Grand Gyrtu,