‹ Précis de littérature françaiseChapitre 134 sur 276 · A8 LETTRES. — ^ LES MÉMOIRES. — LES ROMANS · texte numérisé non relu

A8 LETTRES. — ^ LES MÉMOIRES. — LES ROMANS

Le Roman pastoral et psychologique*

Honoié d'ïïifé (1568-1625). — UAstrée (1610-1627). — Une double imitation, espagnole et italienne, donna naissance au roman pastoral^ dont VAstrée, d'Honoré d'Urfé, est le chef-d'œuvre.

Honoré d'Urlé avait passé sa jeimesse dans son château, sur les bords charmants du LignoQi, petite rivière qui arrose la plaine du Forez. Compromis dans les troubles de la Ligue, il fut d'abord emprisonné, puis bauni; et c'est à Ghambéry qu'en gentilhomme désœuvré il écrivit rAstrée.H en publia les deux premières parties en 1610, la troisième en 1619 ; la quatrième fut éditée par son secrétaire, Baro, en 1627, et ce secrétaire en ajouta une cinquième, contenant le dénouement, d'après des notes laissées par d'Urfé. UAstrée se trouva ainsi former cinq volumes, divisés chacun en douze livres.

L'intrigue du roman n'est pas, en elle-même, fort compliquée. — Le berger Gâadon aime la bergère Astrée. Gelle-ci se laisse persuader que Céladon la trompe, et le bannit de sa présence ; Céladon, désespéré, se jette dans le Lignon. Il est sauvé par les nymphes du Lignon. Il est aimé de la nymphe Galathée (comme Enée par Didon, comme plus tard Télémaque par Calypso) ; mais il résiste à cet amour, et s'enfuit dans une caverne, où il dresse un autel à Âstrée. Enfin, après bien des manèges, des réconciliations, des brouilles, des enchantements, etc., Céladon épouse Astrée. — Cette intrigue est croisée par plusieurs autres ; et des récits, des nouvelles viennent souvent s'encadrer dans l'histoire principale.

UAstrée ne fit pas seulement les délices des fenunes les plus spirituelles, depuis M™^ de Rambouillet jusqu'à M"*^ de Sévigné. Ce livre fut goûté, et longtemps, par les esprits les plus sérieux. Saint François de Sales, Huet, Patru, Boileau, La Fontaine en parlent avec estime ou avec enthousiasme. Au xviii^ siècle, on le lisait encore, et Jean-Jacqués Rousseau fit un pèle lioage au chftteau d'Urfé.

D'autre part, le genre pastoral amène une -réaction, qui se traduit par les spiritudis romans de Charles Sorel (1599-1674) ; V Histoire comique de Francion (1622), où les personnages sont tirés de la société la plus vulgaire, et surtout le Berger extravagant (1628), qui serait, si l'auteur avait eu du génie, notre Don Quichotte.

Le RomaD héroïque et préeieux.

H^^ de Scudéry. — Le plus célèbre de ses romans est le Grand Cyrus. Gyrus, fils de Cambyse, sous le nom d*Artamène, est amoureux de Mandane, fille du roi des Mèdes. D la dispute à ses ravisseurs, et conquiert l'Asie pour la retrouver et l'épouser. Nous sommes fort choqués a^jour-

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dChui des anaehronismes de mœurs et de sentiments que présente U Grand Cynu : et de cela Justement les contemporains Ment ehannés, parce que M^^ de Scudéry n'avait pas du tout prétendu peindre les anciens. Mtio de Scudéry a voulu représenter la société de son temps. Gyrus, C'est le Grand Condé ; Mandane, M*"' de Longueville ; on y tetrouve également tous les habitués de l'Hôtel de Rambouillet et des samedis, jusqu'à M^^® de Scudéry elle-même sous le nom de Sapho.

Clélie est encore un roman à defs (M*"® Scarrpn,la future M^* de Maintenon, y parent sous les traits de la vertueuse Lyriane). C'est là que figure la fameuse Carte du Tendre, H y faut voir un agréable et tràs ingénieux badinage, devant lequel il est tout à fait ridicule de s'indigner.

Ces romans héroïques et précieux eurent un succès mondain exagéré sans doute ; mais c'était du moins une littérature distinguée, morale, qui fait honneur par sa psychologie à la société qui l'a Inspirée et qui s'y est reconnue

Le Roman réaliste. ^

Le xvn* siècle a connu tous les genres de romans. Nous avons déjà cité ceux de Gh. SorEl, en réaction contre VAstrée.

n faut y ajouter les deux ouvrages de Cyrano de Bergerac (1619-1655) : V Histoire comique des États et empires de la lune, et V Histoire comique des États et empires du soleil, œuvres moitié sérieuses, moitié burlesques, d'une audace et d'une truculence qui font songer à Rabelais et à Swift. Le cadre seul est fantaisiste ; par les détails des mœurs et par le style, nous nous rapprochons du réalisme.

Scarron (1610-1660) publie le Roman comique (1651), histoire véridique d'une troupe de 'comédiens ambulants ^t de provinciaux ridicules.

Furetiêre (1820-1688). — Son Roman bourgeois (1666) est aussi une revanche spirituelle contre les excès du roman héroïque et précieux. L'intrigue se passe dans le monde des procureurs et des avocats, du quartier Màubert. Le réalisme en est moyen, c'est-à-dire excellent, relevé par une pointe de satire ; c'est le ton piquant du Repas ridicule et du Luirin. On le lit encore avec intérêt.

Le Roman psychologique*

H"« de la Fayette (1634-1693). — Û est peu de femmes plus sympathiques, dans ce xvii^ siècle qui en compte de si distinguées et de si aimables, que M*"* de la Fayette. A une instruction aussi solide que CdUe de M*"* de Sévigné, à une haute vertu, elle joint un charme mélancolique particulièrement attrayant pour nous.

LES LBTIRBS. — TES MÉMOIRES. — LES BOMANS 199

En 1677, M""* de la Fayette publia, sous le nom de Segrais, la Princesse de Clèves,

En voici' le sujet : M^^® de Chartres a épousé le prince de Qèves, pottr qui elle n*a que de « Testime ». La princesse est une femme très vertueuse et qui se croit sûre d'elle-même. Cependant le duc de Nem urs, avec qui elle danse au Louvre, fait sur son âme une impression qui la trouble ; et Nemours cherche toutes les occasions de lui déclarer son amour. La princesse, qui se sent envahir par une passion fatale, prend le parti héroïque de lout avouer à son mari et de lui demander protection contre ce péril. M de Cl&ves admire la vertu de sa femme ; mais il meurt bientôt de cet aveu et de l'involontaire jalousie qui le ronge. La princesse, après sa mort, refuse d'épouser Nemours et se retire dans un couvent.

Il faut lire ce petit roman pour en sentir le charme pénétrant et la beauté morale. Le style en est exquis.

Les Contes de Perrault — Enlin,ondoif faire une place dans la littérature française aux Contes que publia Charles Perrault en 1697. — Ce Perrault est le dernier de quatre frères, dont le second, Claude, est le célèbre architecte de la colonnade du Louvre (i). C'est Charles Perrault qui souleva, à l'Académie française, le fameux débat sur les anciens et les m(H dernes. Il publia d'abord des vers dans différents recueils à la mode, et donna ainsi les Souhaits ridicules et Peau d'âne. Il laissa la poésie pour la prose, et fit paraître séparément, puis réunit en 1697 les Contes. sous le nom de son fils âgé de dix ans. Qui ne connaît le Petit Chaperon rougey la BeU-e au bois dormant j etc.? — Ces contes n'ont pas été inventés par Perrault. Ils couraient de bouche en bouche, et font partie du «folklore» universel. Mais c'est une singulière fortune pour Perrault que de les avoir pour ainsi dire fixés dans ime forme définitive, et d'y avoir pour toujours attaché son nom.

1) Claude Perrault était d*abord médecin. Boilaau a conté son histoire au début du quatrième chant de VArt poétique : c ... De mauvais médecin devint bon architecte ». — Voir notre édition de BoiUau (Hatier, 1913), p. 429.

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