‹ Précis de littérature françaiseChapitre 133 sur 276 · III. — Les Mémoires · texte numérisé non relu

III. — Les Mémoires

H""^ de Mottevilie (1621-1689) nous a laissé des Mémoires sur Anne d'Autriche, à laquelle elle fut attachée de 1634 à 1666, et qui ne furent publiés qu'en 1723. C'est un récit très simple, animé par la sympathie et le dévouement, d'un style agréable, et qui vaut par son exactitude et son impartialité (3).

H*"* de la Fayette (1634-1693). — Nous ne possédons probablement

<t) Morceaux thoiii*, 2« cycle, p. 484.

(2) Morceaux ehoUit, 1» ctcU , p. f09 1 1« cyels, p, 499«

(8) Mvrçe^iu çlMiift l' oyci^i p- 4QQi

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que des fragments des Mémoires de M"^* de ta Fayette,8ur les années 16iB8 et 1689 (édités en 1731). L'auteur de la Princesse de Clèves est supérieure à M™* de Motteville. Elle reste psychologue en histoire ; et son analyse des sentiments et des actes de Louis XIV et de Jacques II nous fait regretter la brièveté de son ouvra^.

Mm« de Gaylus (1673-1729) est la nièce de Mm« de Maintenon, et l'une des plus brillantes élèves de Saint-Cyr. C'est pendant sa vieillesse qu'elle dicta à son fils des Souvenirs^ inachevés, sur la cour de France à la fin. du XVII® siècle (édités en 1770). Pour connaître M"* de Maintenon, le duc du Maine, la Dauphine, Saint-Cyr, la duchesse de Bourgogne, il n'est pas de plus aimable livre que^les Souvenirs de M™* de Caylus. Son style est, selon Sainte-Beuve, un modèle d*urbanité.

Le cardinal de Retz (1614-1679). — Paul de Gondi, cardinal de Retz» né en 1614r, fut nommé, en 1643, coadjuteur de l'archevêque de Paris, son oncle. H joua, pendant la Fronde, un rôle brillant et aventureux. Nommé cardinal, il s'assagit, et vécut dans une retraite studieuse, où il écrivit ses Mémoires, consacrés presque exclusivement à l'histoire de la Fronde. — H ne faut pas demander à Retz un récit fidèle des événements ; ce sont plutôt des « faits vus à travers un tempérament ». Ce tempérament excessif, violent, ^Iste, est aussi celui d'un écrivain vigoureux, qui annonce Saint-Simon par sa verve et par ses brusqueries ; qui, comme lui, excelle dans le portrait, mais surtout dans le portrait moral, et qui né-, glige le costume et l'attitude pour l'âme ; et qui est supérieur à Saint- Simon pour la clarté et le relief harmonieux du récit.

n faut lire, dans Retzja Journée des Barricades^comme modèle de narration historique, à la fois vivante et profonde; et, parmi les portraits, ceux du duc d'Orléans (Gaston), de M. le^Prince (Condé), de MM. de Beaufort, de La Rochefoucauld, de M™*" de Longueville, de Chevreuse, de Montbazon, etc. (1).

Saint-Simon (1675-1755). — Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, entra aux mousquetaires en 1691 ; il démissionna bientôt, parce qu'il se crut victime d'une injustice, mais il demeura à la cour et se maria. n se donnait une grande importance, briguait toutes les hautes charges, et se rapprochait, en mécontent, du duc d'Orléans et du duc de Bourgogne, dont la mort fut pour lui une cruelle déception. En 1715, Saint- Simon entre au conseil de régence ; en 1721, il est nommé ambassadeur d'Espagne. Mais la mort du régent (1723) met fin à sa carrière diploma* tique et politique. — Tout le reste de sa vie, plus de trente ans, Saint- Simon le consacrera à écrire ses Mémoires, H s'enferme tantôt dans son château de la Ferté, tantôt à Paris dans son hôtel de la rue des Saints- Pères, où il a une magnifique bibliothèque.

(1) Moracai» choitù, !•> cycle, p. 213 ; 2* cycle, p. 500.

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En 1730, il commence à lire le Journal de Dangeau, dont une copie lui avait été communiquée par le duc de Luynes. Dangeau avait, de 1684 à 1720, noté tous les événements, petits et grands, avec une exactitude de bon comptable. Saint-Simon le jugea « d'une fadeur à faire vomir » ; il le surchargea de notes, et le refit, {fUis le continua. — Gomment ajoutet-il à Dangeau? Il le transcrit, pour la suite des faits, et quand il rencontre UD nom ou une date de quelque importance, il s'arrête et développe. Il iait appel d'abord à ses souvenirs personnels : il y a des choses qu'il a vues, et des hommes qu'il a connus ; et il était un observateur prodigieusement attentif, « perçant de ses regards clandestins chaque visage, chaque maintien, chaque mouvement, et y délectant sa curiosité ». Et c'est toujours un témoin passionné. Mais si passionné qu'il soit, ce témoin ne laisse rien échapper ; il voit tout, avec un relief effrayant. — A ses qualités d'observation, Saint-Simon joint la manie des informations orales. Toutes lui sont bonnes, qu'elles viennent de grands seigneurs ou de grandes dames, ou de valets, de laquais et de servantes. Et c'est bien un peu ce qui nous gâte Saint-Simon ; il y a dans ses Mémoires trop de commérages, n y a aussi trop de rancîmes et trop de haines personnelles.

Ainsi, gardons-nous, en lisant ces Mémoires, de nous laisser séduire par la vertueiise indignation de Saint-Simon, qui est sincère, mais qui manque tout à fait d'impartialité.

Admirons, au contraire, presque sans réserve, son style et sa langue, n ne faut pas, certes, le prendre pour modèle ; mais il faut le louer d'avoir su trouver, pour rendre l'aspect extérieur des gens, l'ensemble d'un tableau, et pour analyser les sentiments des autres et les siens, des expressions à la fois imprévues et justes qui c assomment ». On ne se doute pas, avant de le lire, de tout ce que notre vocabulaire contient d'expressions pittoresques et colorées. — Sa syntaxe est un singulier mélange de tours archaïques, embarrassés, dans lesquels il s'embourbe, — et de vivacité rapide, entraînante, vertigineuse (1).

A la mort de Saint-Simon, tous ses papiers furent saisis et transportés au ministère des Affaires étrangères, comme « concernant le service de l'État et du Roi ». Les Mémoires furent consultés par quelques privilégiés ; Voltaire put en tirer quelques anecdotes pour son Siède de Louis XIV, La première édition véritable des Mémoires de Saint-Simon parut en 1829, par les soins d'un de ses arrière-neveux, le marquis de Saint-Simon (21 vol.).

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