RACINE ET LA TRAGÉDIE DB 1660 A
voir, menace Néron de soutenir les prétentions dn fils de Claude ; et voilà le monsir» naissant qui s'éveille, et qui, résistant aux conseils de Thonnête Burrhus, pour suivre ceux du perfide Narcisse, songe à se débarrasser de Britannicus, son rival en politique et en amour. Après quelques alternatives, qui font l'intérêt psychologique de la tragédie, Néron se décide 1 faire empoisonner Britannicus. Junie se réfugie chez les Vestales, et Agrippine prévoit sa propre disgr&ce. — Malgré certaines résistances, BHtanniais s'imposa, et resta, selon l'expression de Voltaire, « la pièce des connaisseurs (1} ».
1670. Bérénioe. — Bérérttce est tirée de deux lignes de l'historien latin Suétone ^ Titus reginam Berenicem... eui eiiam nwptias pdtticitus ferebalur,.. siatim ab Urbf dimisit invitus inviiam, — Cette tragédie échappe à l'analyse ; elle est faite tout entière des hésitations de Titus, des espérances et des craintes de Bérénice, et, par nn mouvement harmonieux, elle aboutit à une séparation librement consentie. Racine, pour rompre et renforcer une intrigue trop simple, a inventé le personnage d'Anttochus qui, amoureux de la reine Bérénice, l'a suivie à Rome, et qui espère profiter de sa rupture avec Titus. Mais Bérénice, qui veut bien renoncer à Titus, vivra de son souvenir ; et Antiochus, lui aussi, se résigne à la quitter.
1672. Baja^t. — C'était un sujet tout contemporain. M. de Cézy, ambassadeur à Constantinople, avùt raconté à Paris les circonstances qui accompagnèrent la mort de Bajazet, frère du sultan Amurat. — Le sultan Amurat a un frère, Bajazet : en partant pour une expédition, Amurat donne à Roxane, la sultane, l'ordre de faire périr Bajazet. Mais Roxane aime le jeune prince ; elle lui offre de le sauver, s'il veut l'épouser. liC grand-vizir Acomat est du complot. Bajazet étonne Roxane par ses hésitatiofts, et celle-ci découvre son secret : il aime la princesse Atalide, à laquelle il veut rester fidèle. Alors elle le met en demeure de choisir entre la mort d' Atalide et la sienne propre. Bajazet s'indigne : elle le fait tuer, puis elle se tue elle-même. Atalide ne veut pas non plus survivre à Bajazet ; et Acomat meurt en combattant contre les soldats d 'Amurat. — Racine ne s'est point embarrassé, dans Bajazet, de la couleur locale exténeure^ si chère aux romantiques ; il a plutôt cherché une couleur locale intime, si l'on peut ainsi parler : l'action, dans ses péripéties et dans son dénouement, ne saurait s'être passée ailleurs que dans cet Orient où les passions prennent une intensité particulière : ni Acomat, ni Roxane, qui en sont les protagonistes, ne pourraient être des Grecs, dos Romains ou des Français (2).
1873. Mithridate. — Racine revient à la tragédie historique. Pour Mithridate, il n'a pas non plus de devancier à imiter ; et c'est dans Plutarque, dans Bien Cassius et dans Appien qu'il prend son sujet. — Mithridate, roi de Pont, a deux fils : Xipharès et Pharnace. Le premier lui est tout dévoué ; le second est un traître, vendu aux Romains. Mais tous deux, ils sont amoureux de la princesse Monime, fiancée à Mithridate. Le roi expose à ses fils un plan de guerre contre les Romains ; eomme il fait arrêter Pharnace, qu'il soupçonne, celui-ci dénonce à son père l'amour de Xipharès pour Monime. Mithridate, feignant de renoncer à Monime, arrache à la princesse l'aveu de son amour pour Xipharès. Cependant les Romains ont attaqué la ville. Mithridate est vainqueur, mais mortellement blessé ; en moarant, il unit Xipharès et Monime (3).
(1) Morceaux ehoitiê, !•' cycle, p. 142. et) Mareeata ehoiiis, t* cycle, p. 550. (Si Morceaux choisis, 3« cycle, p. 554.
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1674. Iphigénie en Anlide. — Les ehefo grées, coalisés pour aller mettrs le siègB devant Troie, sont retenus par un oalme plat ; les vents ne soufflent pas : la flotte ne peut pas partir. On oonsulte les dieux ; le devin Calchas répond que pour obtenii des vents favorables, il faut sacrifier Iphigénie. Or, Agamemnon, roi des rois, a une fille, Iphigénie, qu'il a laissée à Argos; il consent à la faire venir aueamp,à Aulia, et à la sacrifier. Mais au moment où la pièce commence, il se repent d'avoir eédé, et il envoie un nouveau message à sa femme Clytemnestre pour la prier de rester à Argos. Ce message ne parvient pas à son adresse, et au second acte on voit arriver la mère et la fille. Iphigénie croit venir au camp pour épouser Achille, & qui elle est fiancée. Bientôt la mère découvre la vérité, et refuse de laisser immoler sa fille ; Achille, furieux qu^on ait abusé de son nom, menace Agamemnon ; Iphigénie, au eontraire,^e résigne à son sort, et elle part pour Tautel. Mais, au moment du sacrifice, Calohas annonee que les dieux désignent une autre Iphigénie qui porte le nom d'EIriphile, et qui, aimant Achille, se réjouissait d'avance de voir périr la fille d' Agamemnon. Briphile se tue elle-même sur l'autel : les dieux sont satisfaits; les vents soufflent et le flotte peut partir. — La pièce, une des mieux écrites de Racine, eut, d'abord à Versailles le 18 août 1674, puis à Paris en janvier 1675, un très grand succès : elle répondait à lamanière fastueuse et galante dont on entendait ftlon l'antiquité (1).
1677. Phèdre. — C'est à Vllippolyie d'Euripide et quelquefois & celui de Sénèque que Racine emprunte sa Phkire, Euripide ne lui fournit qu'une donn^ et un dénouement ; les motif B d*action sont de Racine. — Racine suppose que Phèdre, femme de Thésée, eroitson époux mort. Elle vient recommander ses jeunes enfantQ^)Bon beaufils Hippolyte, qu'elle aime ; troublée par sa présence, elle lui déclaren passion. A ce moment même, on lui annonee que Thésée est de retour. Prise de remords, elle avouerait à son époux sa démarche imprudente si elle n'apprenait que Hippolyte aime Aricie. Sa jalousie la torture, et elle laisse sa nourrice (Bnone accuser Hippolyte auprès de son père. Thésée maudit son fils, et le dévoue à la oolère de Neptune. Le dieu envoie contre le jeune homme un monstre marin qui épouvante •es chevaux, et cause sa mort. Phèdre, désespérée d'avoir provoqué cette catastrophe, absorbe du poison, et vient mourir devant Thésée après avoir confessé son- «rime. ~ On a pu soutenir, avec le grand Arnauld,que Phèdre était une éhrétienn$ àquiîa grâce avait manqué,^ Afin de fairetomber la pièce de Racine, ses ennemis, en particulier la duchesse de Bouillon et le duc de Nevers, soutinrent de leur influence et do leur argent le poète Pradon qui donnait au théâtre de la rue Guénégaud une tragédie intitulée Phèdre et Hippolyte; ils louèrent les deux salles pour les six premières représentations ; ils occupèrent les loges de Guénégaud et tirent le vide à l'Hôtel de Bourgogne. On échangea, entre lesdeux partis, des sonnets injurieux ; on promit à Racine do8 coups de bftton ; il fallut l'intervention du Grand Condé pour faire cesser la querelle. D'ailleurs, aussitôt que le publie ent accès dans l'un et l'autre iliéâtre, la Phèdre de Pradon tomba à plat, après la septième repréeentation, tandis que oelle de Racine se relevait et commençait sa triomphale earrière.
1689. Esther. — Ce sujet est emprunté à la Bible. Assuérus, roi de Perse, • épousé Esther, nièce du Juif Mardochée ; il ignore la nationalité d' Esther. Cependant le ministre d'Assuérus, Aman, lui a fait signer un ordre d'extenniper
(i) Morceaux choisist !•* "•••lii. o. 147.