‹ Précis de littérature françaiseChapitre 148 sur 276 · FÉNELON · texte numérisé non relu

FÉNELON

«eux oonâuli «nz mères de famille ; il eat modéré, eenaé, et deTutee ivr plvaiMUf pointe notre pédagogie moderne.

3« PféupUur d*un enfant trws difficile, Fénelou réussit à le dompter et à l'iostraire. Il compose poor lui des Fables^ des Diàhgitss des morts, et le THémaçm (1699), où il résume l'antiquité grecque. — Les contemporains trouvèrent dans cet ouvrage une satire de Louis XIV et de son gouvernement.

40 Le Traité de Vexistence de Dieu (1712-1718) est une œuvre de jeunesse, dont la preofiière partie est consacrée au développement de la preuve par les causes /Inales, et la seconde à une démonstration cartésienne de la Divinité.

50 Pans les Dialogues sur V éloquence (1680?), Fénelon oritique avec sévérité les orateurs de son temps. II fut lui-même un prédicateur remarquable par sa faoi* Uté et son onction ; mais nous ne possédons de lui que deux discours officiels.

6<> La JMtre à V Académie fut écrite en 1713 à H. Dacier, et publiée en 1718. Fénelon s*y montre sur certains points (éloquence, histoire) un critique très clailvoyant. Il trahit sa préférence pour les anciens.

1^ Le quiétisme est la doctrine du pur amour de Dieu, propagée en France nar M"^ Guyon. Bossnet la fit condamner ; Fénelon, après une résistance habUe, «e •onmit.

8« Le xvm* siècle a aimé dans Fébelon le prélat toléranl et disgraeU, et U miliqus.

9<> âerivain, Fénelon est aristocratique et attique.

Vi0. — François de Salignac de la Mothe- Fénelon est né au château de Fénelon, dans le Périgord, en 1651. Il appartenait à une noble famillo. vt il eut toujours, d'un très grand seigneur, les manières et les sentimenti, — Entré de bonne heure au séminaire de Saint-Su! pice, où le poussait la plus sincère vocation, il voulait d'abord se consacrer aux missions du Levant. Mais la faiblesse de sa santé l'obligea d'y renoncer ; et il fut nommé directeur des t Nouvelles Catholique» », maison où l'on catéchisait les jeunes ûiles protestantes converties au catholicisme. Il remplit cas délicates fonctions de 1678 à 1689, avec toute l'intelligence et tout le tact qu'il y fallait apporter. C'est alors qu'il composa son premier ouvrage, le Traité de Védueaiion des fiUes.

Fénelon- fut ensuite chargé d'une mission auprès des protestants de l'Aunis et de la Saintonge, après la révocation de l'édit de Nantes. Il usa de persuasion et de douceur.

C'est en 1689 que le duc de Beauvilliers, gouverneur du jeune duc de Bourgogne, choisit Fénelon comme précepteur du petit-fils de Louis XIV. Bossuet, qui avait Fénelon en grande estime, approuva hautement ce ehoix. Nous verrons comment le maître réussit avec son élève, et quels ouvrages sont sortis plus tard de ces six années de préceptorat.

En 1693, Fénelon fut reçu à l'Académie française. Deux ans après, i! était nommé archevêque de Cambrai et sacré par Bossuet dans la chapelle de Saint-Cyr. Tout .semblait lui assurer l'existence la plus calme, quand i'ai^aire du gui^ûme vint tout gâter. Bientôt, la publication du THé*

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moque (1699), où chacun vit» avec une malice compromettante pour Tauteur, une satire de Louis XIV et de son gouvemementyaehova la disgrâce de Fénelon, qui resta jusqu'à la fin de sa vie renfermé et comme exilé dans son archevêché de Gsunbrai.

Fénelon mettait toutes ses espérances dans le duc de Bourgogne, et rêvait de devenir quelque jour, sinon son ministre, au moins son directeur à la fois spirituel et politique. La mort du prince (1712) vint ruiner cet espoir de revanche. Fénelon consacra ses dernières années à l'administration vigilante et paternelle de son diocèse, et à une lutte assez vive o(mtre le jansénisme. Il mourut à Cambrai, le 7 janvier 1715.

Son caractère. — L'impression qui se dégage du portrait de Féneloa par Saint-Simon, peut tenir dans le mot de corUrastes. Fénelon n'a pu laisser personne indifférent, parce qu'il avait en lui un singulier mélange de séduction et de hauteur, de tendresse et d'autorité, d'intelligence supérieure et d'entêtement étroit dans ses idées.

Ceux qu'il a d'abord charmés, comme Bossuet et Louis XIV, il les a déçus et révoltés. Ceux qu'il étonne aujourd'hui par la profondeur et la générosité de certaines de ses vues politiques, il les trompe bientôt par des utopies et par cet espnt chtménque si justement aperçu de Louis XIV. n n'en reste pas moins vrai qu'à le prendre dans son ensemble, il est des plus intéressants par cette complexité même, qui est nuans encore celle d'un homme que celle d'une époque.

Le traité de rédacation des filles (1689). - C'est à la prière de U^ de Beauvilliers, mère de huit filles, que Féneloo rédigea oe charmant pe^t livre. Fénelon est d'accord (ch. 1) avec M°'* de Main tenon, qui a senti, comme lui, qu'il fallait réagir contre l'instruction superficielle donnée aux femmes (1). — Fénelon demande ensuite que l'on s'occupe des filles dès leur plus bas âge. Comme Rousseau, il veut que les premières études soient proportionnées à la faiblesse de l'enfant (ohap. m, IV, v). Il faut répondre promptement et nettement aux questions dea enfants ; les provoquer, par la vue des objets dont on leur explique la nature et l'utilité (leçons de choses) ; choisir, pour leur suggérer les idées, des imagée propres à se graver en eux ; et leur rendre toujours l'étude agréable. — Fénelon veut que l'enfant joue, souvent, et à des jeux simples. Il n'est pas ennemi des moyens qui peuvent exciter l'enfant, comme l'émulation, les louanges bien placées, les récompenses (chap. vi). — Les chapitres vn et vm sont consacrés à l'étude de la religion. Il exige une religion raisonnable, sensée. Au chapitre ix, nous avons d'ingénieuses Remcarçpiôs sw plusieurs défauts des fiUes : il faut les habituer à parierd'une façon brève et précise, à évitet lu finesse. Un spirituel chapitre, le x*, est oonaaoré à la Vanité de la beauté et des ajustements (2). Il recommande la simplicité dei Grecs, mais dans la limite de ce qu'impose à chacun sa condition. — Avec le eha* pitre XI, nous avons des préceptes pratiques sur les devoirs des femmes. La femme doit être prête à faire l'éducation de ses enfants, à surveiller et à tenir sa maison;

(1) Morceaux choiiitt 2* cycle, p. 614. 00 Mm-esaux choisia, 2« cycle, p. 6161.

fui M dernior point, Fénelon dit très justement : t C'est le bon ordre, et non eertaines épargnes sordides, qui fait les grands profits. • — C'est aussi nne soienoe que de se faire servir. Et là que d'observations piquantes sur les domesliçuesf (obap. zd) (l).Dans ce m6me chapitre, Fénelon demande i qu'on apprenne à une fille à lire et à écrire correctement • ; qu'elle sache la grammaire, l'orthographe, les quatre règles d'arithmétique ; un peu de droit usuel et eoutumier pour l'administration de sa fortune et de ses terres ; de l'histoire grecque et romaine, colle de la France et des pays voisins. C'était la mode pour les jeunes filles d'apprendre l'italien et l'espagnol ; Fénelon n'y tient pas, il préférerait le latin. Une observation générale termine ce long chapitre, et le domine : t On doit considérer, pour l'édueatlon d'une jeune fille, sa condition, les lieux où elle doit passer sa vie, et la ^irofession qu'elle embrassera selon les apparences. • — Enfin, dans le zm^ et dernier chapitre, Fénelon ajoute de judicieuses remarques sur les gouvernante s.

Fénelon préceptenr du duc de Bourgogne. — Fénelon eut pour élèvesles trois fils du Grand Dauphin : le duc de Bourgogne, héritier présomptif, le duc d'Anjou (qui devint roi d'Espagne), et le duc de Berry. On a surtout retenu le nom du premier, d'abord parce qu'il prend de bonne heure une plus grande imporlance politique, ensuite parce que ses frères semblent avoir été plus dociles et moins intelligents. Selon Saint-Simon, le jeune duc « était né terrible, dur et colère jusqu'aux derniers emportements... impétueux avec fureur... opiniâtre à l'excès... naturellement porté à la cruauté, barbare en railleries... > Et Fénelon lui-même a, dans ses Fables, dans ses Dialogues des morts, dans son Télémaque, plusieurs fois représenté le duc de Bourgogne avec ses caprices, son orgueil insolent, et ses retours pleins de franchise (2).

A cette nature excessive et riche, Fénelon et le duc de Beauvilliers appliquèrent un régime approprié. Les études étaient surtout pratiques ; et si l'on en excepte le latin, considéré comme une méthode de discipline pour l'esprit, on y voit que la plus grande part est faite à l'histoire et à la politique. La religion est répandue siw le tout; elle est stricte et profonde, mais ferme et dégagée de toute dévotion mystique. Enfin, des exercices physiques de tout genre, et qui conviennent à un homme qui doit commander les armées, viennent compléter le programme.

En tout cela, la vraie part de Fcnclon est l'éducation morale du prince. \vec une admirable patience, au moyen de leçons tirées des circonstances, d'artifices pédagogiques sans cesse renouvelés, et aussi en faisant appel à l'honneur, à la religion et à l'affection de l'enfant, il parvint à le dompter (3). n y réussit trop peut-être. Car le duc de Bourgogne, devenu homme, fut un peu hésitant et timide. Mais il était loyal, pénétré de ses

(1) Morceaux ehoUiSt S* cycle, p. ^7.

(2) Morceaux ohoitiit !•* cycle, p. S74.

(3) Morceaux choisie, !•' cycle, p. S73.

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devoirs, et si une maladie prématurée ne Teût enlevé aux espérances de la nation, il nous eût du moins évité le règne déplorable de Louis XV.

Onyragef composés pour le duc de Bourgogne. — 1<^ Les Fables. — Il no faut voir, dans 008 aimabUs fictions composées en vue de la moràliUf que des écrits pédagogiques, et destinés à un enfant (1).

2^ Les Dialogues des morts. — Renouvelant un procédé illustré par Lucien cbes les Grecs, Fénelon suppose que deux personnages célèbres se rencontrent aux Snf ers, dans les Champs Élysées, et échangent leurs idées, leurs impressions, leurs théories. — Tantôt ce sont d'illustres écrivains, comme Virgile et Horace, qui Fe complimentent et qui avouent mutuellement leurs défauts, avec une eandeur d'outre-tombe (2) ; ou Démosthène et Cicéron, qui se définissent et s*opposent (ce dialogue est excellent). Ou bien c'est le brillant et caprioieujc Aloibiade qui cause avec Socrate, ou avec Périclès, de philosophie et de politique. (Alcibiade a quelque chose de l*élève, et Fénelon est bien persuadé qu'il unit la sagesse de Soj^rate au génie politique de Périclès.) Puis, ce sont des dialogues sur le vrai patriotisme : Bayard mourant reproche au connétable de Bourbon sa trahison (3) ; Commines apprend à Louis XI qu'un roi est justiciable de la postérité, etc. Tous les grands rois, Louis XII, François I®^ Henri IV, et les grands ministres comme Richelieu, sont appelés à donner ou à recevoir des leçons, dont le successeur de Louis XIV doit tirer profit.

30 Le Télémaqoe. — C'est de tous les ouvrages de Fénelon le plus connu. Sa réputation est même européenne, et il n'est pas de peuple qui n'en possède la traduction. — Comment le Télémogue fut-il composé? Fénelon, qui ne séparait jamais, dans son système pédagogique, la formation littéraire de ses élèves de leur éducation politique, entreprend de leur faire connaître la poésie grecque, tout en leur appre nant leur métier de roi. II Imagine de continuer le quatrième livre de VOdyssie, celui où l'on voit le jeune Télémaque partant à la recherche de son père Ulysse. Tandis qu'Homère mène Télémaque seulement à Pylos et à Sparte, et le fait revenir à Ithaque, où Ulysse lui-même vient de rentrer, Fénelon prolonge les voyages du l)rince, qu'il mène successivement chez les Phéniciens, en Egypte, à Chypre, en Crète, aux Enfers, — et dans 111e de Calypso, où Télémaque raconte lui-même une partie de ses aventures. Fénelon enchâsse dans ce voyage tous les épisodes qu'il peut emprunter aux poètes et aux historiens grecs. Si bien que, peur des élèves, la lecture attentive du Télémaque, dans une édition où les sources sont indiquées, est des plus instructives (4).

La Politique et la Satire dans le Télémaque. — Mais on peut dire que le véritable objet de Fénelon n'est pas là. Il s'agit surtout, à propos de chaque épisode, de donner au futur roi une leçon de morale ou de gouvernement. Et voilà par où le Télémaque fut considéré, à son apparition, comme une véritable satire du caractère et de la politique de Louis XIV.

(1) Moreêavx ehoisiât 2* cycle, p. 618.

(2) Morceaux ehoiêit, 2* cycle, p. 621.

(3) Morceaux choûic, !•> cycle, p. 269.

(4) Morceaux ekoisia, %• eyelt, p. 618.

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n est bien évident que les livres X et XI, dans lesquels le sage Mentor donne une constitution à Salente, contiennent les idées de Fénelon : et comme Fénelon n'aime ni la guerre, ni le luxe» ni Tabsolutisme royal, Texposé même de son programme semble dirigé contre la façon dont Louis XIV a vécu et gouverné. D'ailleurs, ces théories énoncées dans un roman, Fénelon les confirme dans sa Lettre à Louis X/F(l),dans V Examen de conscience sur les devoirs de la royauté^ dans les Mémoires concernant la guerre de la succession d'Espagne,

Fénelon s'est défendu d'avoir voulu faire la satire de Louis XIV. Mais l'opinion publique voyait le portrait du Roi lui-même dans Idoménée, qui aime à l'excès la guerre, le luxe et le plaisir, — celui du duc de Bourgogne dans Télémaqae^ — celui de Fénelon dans Mentor, — celui do Louvois dans Protésilas, etc. Et il est certain que Fénelon eut en cela, comme Qourdaloue, un succès qu'il ne prévoyait pefùt-être pas. Car il lui fallait bien prévenir ses élèves contre le faste et la guerre. Il fallait bien leur inspirer la défiance des ministres durs jusqu'à la cruauté. Et encore, il fallait, sans biaiser, les avertir des dangers de l'amour. Alors pouvaiton empêcher que ces portraits théoriques et poétiques ne fussent, par la force même des choses, ceux d'un Louis XIV, d'un Louvois, d'une M°^ de Montespan?

Le mérite littéraire de l'ouvrage lui a assuré un succès qui survit à l'actualité. Bien que cette « prose poétique » paraisse à la longue un peu monotone et d'une élégance trop continue, elle n'en a pas moins une souplesse élégante et distinguée, une saveur d'antiquité rajeunie, qui sont uniques di^ns notre littérature.

Fénelon écrivit encore, probablement pour le duc de Bourgogne, le Traiié de Vexistence de Dieu.

Fénelon prédicateur. — Gomme prédicateur, il n'a laissé que deux sermons : sur r Epiphanie (1685) (2), sur le sacre de V archevêque 4e Cologne (1707). Mais nous avons ses théories sur l'éloquence de la chaire dans ses Dialogues sur l* Éloquence. Nous savons qu'il prêchait lui-môme^avec beaucoup de simplicité et d'onction.

La Lettre à rAoadémie. ->- M. Dacier, secrétaire perpétuel de rAoadémie française, avait prié les membres de la Compagnie de donner leur avis sur les oceupationa qui leur semblaient le plus utiles (17i3). Fénelon, de Cambrai, répondit par un Mémoire qui parut assez intéressant pour qu'on en votât Timpression. Alors, Fénelon demanda la permission de revoir son manuscrit, et rédigea la Lettre à VAcadémie^qui fut publiée seulement un an après sa mort (1716).

La Lettre à V Académie se divise en 10 chapitres : — I. Le Dictûmnavre ; IL La Orammaire ; III. Projet d'enrichir la langue ; IV. Rhétorique ; V. Poétique ; VI. La

(1) Morceaux choisis^ 2« cycle, p. 632. (S) Morceaux choisis^ 2« cycle, p. 629.

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Tragédie ; VIII. La OmêâU ; VII. L'HùMre ; DC. Réfuiaiùm de pui^ues objeetiona; X. Les Anùiena et le$ Modernes, U ne faut pas eheroher dans chacun de ces paragraphes on traité méthodique sur la question ; c'est plutôt nne causerie aisée, une suite d'ohseryations que Fénplon tire de la lecture des anciens» de son expérience et de son goût. On y trouve à la fois des opûûons critiques très justes et très suggestives (sur la rhétoriquet où Fénelon revient à ses idées des Dialogues, — sur Vhistoire), et d*autres plus discutables, quoique mêlées de traits excellents (la poHiçue, la tragédie, la comédie, et surtout le projet d*enrichir la langue). Appelé à se prononcer, dans le dernier chapitre, sur la quereUe des anciens et des modernes, il se dérobe avec la politesse d*un grand seigneur qui craindrait de désobliger ses adversaires. Mais son hésitation môme est une réponse ; et comme il choisit parmi les anciens tous les exemples qu'il oppose, comme autant de modèles et de leçons, aux écrivains de son temps (Sophocle à Racine, Térenoe à Molière, Démosthène et les Pères aux orateurs modernes, etc.), on peut conclure que la Lettre à V Académie est un plaidoyer en faveur des anciens (1).

Le Quiétisme. — Un religieux espagnol, Molinos, a^ait inventé une sort» de mysticisme religieux et moral. C'était le pur amour de Dieu, qui dispenserait de tous les actes de foi et de piété ; le fidèle n'aurait plus qu'à se laisser vivre dans le repos complet, le quiàisme (du latin quies). Ces théories avaient étS répandues en France par W^* Guyon, et Tesprit subtil de Fénelon s'y était laissé prendre. Bossuet fit nommer une commission ecclésiastique pour examiner les livres de M°^® Guyon et pour l'interroger elle-même. Il écrivit alors ses Instructions sur les éttOs d*oraison (1697). Fénelon, de son côté, et malgré la lettre où il protestait de sa soumission, publia les Maximes des saints, où il exposait, sur chaque point du mysticisme, Topinion vraie et Topinion fausse, Bossuet jugea ce livre hérétique. La cause fut portée en cour de Rome. Le 12 mars 1699, le livre des Maximes des saints fut condamné à Rome. Fénelon se soumit alors avec une abnégation complète. On raconte que, montant en chaire au moment où il apprit sa condamnation, il prêcha sur l'obéissance.

Ne nous y trompons pas, encore cette fois. Sous ces querelles théologiques, de graves questions philosophiques et humaines sont r3nfermées. Il n'importait pas seulement à l'orthodoxie catholique que Fénelon fût vaincu par Bossuet ; celui-ci représentait encore la lutte du bon sens contre une dangereuse utopie.

Pourquoi le XVIII« siècle a aimé Fénelon. — Le xviiie siècle, peu suspect de tendresse pour les hou.mes d'Église, sévère pour Bossuet, a été enthousiaste de Fénelon. Quelles sont les raisons de cette préférence?

lo Fénelon est un disgracié politique et religieux ;

2^ S'il a été disgracié,. c'est qu'il avait des opinions à /ut, en politique {Télémaque\ en rdigion (quiétisme).

(i) Morceaux choint, £• cycle, p. 6S7.

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29 Malgré cette disgrâce et cette condamnation par Rome,il a été vertueux et bienfaisant : il ne le fut donc pas seulement par christianisme^ mais par « amour de l'humanité •

ifi II est, en critique, une sorte de novateur, dans sa Lettre à r Académie.

Le XVIII* siècle a mal compris Fénelon et a dénaturé son caractère. D Ta fait beaucoup plus tolérant qu'il ne le fut et ne pouvait l'être en son siècle ; et il a regardé comme une victime du despotisme un des esprits les plus absolus, mais aussi les plus habiles. Cependant, en politique et en critique, il a eu raison de le considérer comme un précurseur.

Fénelon écrivain. — Le style de Fénelon est aussi difficile à définir que sa personne. Il a par dessus tout un caractère d'aisance aristocratique ; c'est le ton de la plus exquise conversation. Il est aitiqtie, par son élégance sobre et souple. Il est imagé et poétique, sans hardiesse et sans artifice; on dirait que d'involontaires souvenirs d'Homère et de Platon viennent le fleurir et le parfumer. Le défaut est une certaine fluidité un peu molle, qui pourtant a encore son charme.

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