‹ Précis de littérature françaiseChapitre 158 sur 276 · I. — FonteneUe · texte numérisé non relu

I. — FonteneUe

Biographie. — Bernard le Bovier de Fontenelle,né à Rouen en 1657, était neveu des Corneille par sa mère. Il vint à Paris, auprès de Thomas Corneille, qui encouragea sa vocation littéraire. Ses débuts ne furent pas brillants. Sa tragédie d^Aspar (1680) tomba (1), et il n'eut pas plus de succès avec quelques autres pièces du même genre. Mais ses ErUretiem 8ur la pluralité des mondes (1686) annonçaient déjà en lui un intelligent et délicat vulgarisateur scientifique.

Fontenelle fréquentait surtout dans sa jeunesse les salons à la mode, où sa conversation à la fois aisée et pleine d'idées le faisait rechercher. C'est alors qu'il est le Cydias peint par La Bruyère (chap. v des CaraO' tères). Le portrait est des plus jolis : il est exagéré. Nous sommes au plus fort de la querelle des anciens et des modernes^ et Fontenelle es,t surtout coupable, aux yeux de La Bruyère, d'être im moderne.

Enfin, le véritable Fontenelle se dégage lorsque, comme secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, il écrit les Eloges des académiciens (1708-1719). — A partir de ce moment, tout en restant un causeur charmant, dans les salons deM°>®de Lambert et de M°^^de Tencin, il exerce sur son siècle une influence philosophique. Son caractère est aimable et modéré. Sa devise est : a Tout est possible, et tout le monde a raison. » D parvint à une extrême et lucide vieillesse, et mourut centenaire en

Ses œuvres scientifiques. — Dans ks Entretiens sur la pluralité des mondes f Fontenelle suppose que, se trouvant à la campagne, chez la marquise de G..., il explique à cette dame le système des astres et les théories sur les mondes habités. Chaque soir, on va se promener dans le parc ; la nuit est magnifique ; la marquise a l'esprit curieux, et Fontenelle ne demande qu'à causer. Plus on avance dans cette lecture, plus le sérieux se dégage. On s'aperçoit que le bel esprit n'y est pas répandu pour masquer le vide du fond, mais pour orner la science (2).

Les Eloges des académiciens sont plw& franchement sérieux. Mais Fonte-

(1) Voir répigramme de Racine lur Vorigine dei iifflêtt. MoreeauK ehoitii. S* eyeJe, p. 561.

(2) Morceaux ehoisie, !•> cycle, p. S78.

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Dfllle s'adresse encore an monde, et son bnt est de faire comprendre a ceux qui n*ont pas une instruction scientifique spéciale, les travaux de Toumefort, de Leibniz, de Newton, de Du Fay, de Montmort, de Cassini (1). Partout, Fontanelle est clair et précis.

Sa phflosophie. — Fontenelle est déjà du xviii^ siècle par son scepticisme, et parce qiiB^ comme adversaire des anciens et partisan des modernes, il a contribué lentement et puissamment à développer l'idée de progrès. Il apparaît dans ses Dialogues, dans son Histoire des àrades t^), dans sa Digression star les anciens et sur les modernes, comme un véritable précurseur (3). D est trop prudent pour prendre le ton agressif ouimpertinent de Voltaire ; mais, par ses insinuations, il l'annonce. Il excelle déjà, comme l'auteur du DûAionruiire philosophique et de Candide, à conter une petite histoire, ancienne, orientale, sans aucun rapport apparent pour les naïfs avec nos croyances et nos mœurs, mais dont les malins saventtirer les conclusions. Fontenelle croit de moins en moins à Vautoriié et de plus en plus à la raison*

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