‹ Précis de littérature françaiseChapitre 159 sur 276 · II. — Bayle. — La Motte'Houdard · texte numérisé non relu

II. — Bayle. — La Motte'Houdard

L'abbé de Saint-Pierre.

Pierre Bayle (1647-1706). — Né d'une famille protestante, converti au catholicisme, et redevenu plus tard protestant, Bayle quitte la France en 1670, se fait précepteur, puis professeur de philosophie et d'histoire. H occupe une chaire à Rotterdam. Là, dans cette Hollande qui était le pays de toutes les libertés, il est encore persécuté, et le ministre protestant Jurieu le fait destituer de sa chaire en 1693. Alors, il se plonge entièrement dans le travail, et il achève de publier son Dictionnaire en 1697.

I\ y a d'abord, en Bayle, un érudit, et un critique qui semble appartenir beaucoup moins au xvii* siècle finissant ou au prochain xviii* siècle, qu'à la Renaissance. Bayle, critique, doit être étudié dans ses Nouvelles de la république des lettres, qu'il fonda pour faire concurrence au Journal des Savants : c'est la première des Revues,

Mais l'œuvre de Bayle est surtout philosophique. Son Dictionncnre, entrepris seulement, selon lui, pour combler les lacimes des dictionnaires antérieurs, lui oiïre l'occasion de remettre en question ou de renouveler tous les problèmes de moraïe, de théologie, d'exégèse. Il canalise en quelque sorte et répand dans son siècle tout le libertinage du xvi* et du XVII* siècle, les objections et les railleries éparses dans Henri Estienne, Montaigne, Charron, Guy Patin, La Motte Le Vayer, Gassendi, etc. H

(i) Morceaux ehoisitt i** cycle, p. S80. (2) Morceaux cKoitit, 2« cycle, p. 035. (8) Monoaut ekoUit, 2« cycle, p. 830.

n'attaque pas directement le christianisme ; mais, par un habile système de renvois d'un article à l'autre, système qui sera repris par VEncydopédie^ il ruine peu à peu le dogme et l'autorité.

Au fond, il n'avait aucune théorie, aucun dessein, aucun but. C'est une intelligence critique très mordante, qui s'est occupée un peu de tout.

La Motte-Houdard (1662-1731). — Auteur tragique, il eut un grand succès de larmes avec son Inès de Castro (1723). H est surtout célèbre poui avoir abrégé, en douze chants, V Iliade d'Homère, d'après la traduction de M°^* Dacier : car il ignorait le grec. — Avec Fénelon, il échangea, en 1714, des Lettres sur les anciens ; ce fut de part et d'autre une lutte fort courtoise, et non sans ironie réciproque.

L'Abbé de Saint-Pierre (1658-1743), homme sensible et doux, mais très hardi dans ses idées politiques et économiques, se fît exclure de l'Académie en 1718 pour avoir sévèrement jugé Louis XIV. Son plus célèbre ouvrage est le Projet de paix perpétuelle (1713-1717). On lui attribue l'invention du mot bienfaisance^ qui caractérise son esprit et ses œuvres.

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