‹ Précis de littérature françaiseChapitre 17 sur 276 · IV. — I^ Chanson de Roland · texte numérisé non relu

IV. — I^ Chanson de Roland

1. L'Histoire et la Légende. — L'Histoire. — Ëgiuhard ou Einhard nouf a laissé le récit très succinct des événements historiques transformés en légende dans la Chanson de Roland, Charleroagne revenait d'une expédition contre les Sarrazins dans le nord de l'Espagne. Son arrière-garde, commandée par le comte de la marche de Bretagne (Bretagne firançaise), Roland ou Hroland, fut surprise dans la vallée de Roncevaux par les montagnards basques. Les Francs furent cernés, écrasés ; et Charlemagne ne put tirer aucune vengeance de cet affront (778).

La Légende. — De Roland, on fit le neveu de Charlemagne et l'un des douze pairs de France. A ses côtés, dans l 'arrière-garde, on plaça Olivier (dont la sœur, Aude, est fiancée à Roland), l'archevêque Turpin, et les autres pairs de France. Cette arrière-garde se composa donc de l'élite des barons chrétiens, au nombre de vingt mille.

Il fallait leur donner des adversaires dignes d'eux. Les Francs revenant d'Espagne seront donc attaqués à Roncevaux par cent mille Sarrazins, bien armés et très braves.

Une modification en amène une autre. Dans toutes les littératures la mort des héros est attribuée à l'intervention d'un traître. Charlemagne, qui vient de traiter avec le roi sarrazin Marsile, quitte le pays en toute sécurité; mais Ganelon a préparé, comme une vengeance personnelle* la mort de Roland.

D n'est pas possible enfin que pareil affront soit resté sans représailles. Et tandis que, dans la réalité, Charlemagne n'avait jamais pu châtier les Basques, on le verra, dans la légende, revenir en Espagne, pour exterminer les Sarrazins et, d'autre part, punir le traître Ganelon.

2. Plan et Analyse critique. — Simplicité et clarté du plan. — L'exposition est formée par les préparatifs du départ de Charlemagne et de la trahison de Ganelon ; — le nœud, c'est l'épisode où Roland refuse d'appeler Charles à son secours, et engage une bataille inégale; — le dénouement, c'est d'abord la mort de Roland!, puis la punition des Sarrazins et du traître. Aucun épisode étranger à l'action ne rompt la suite du- développement.

Analyse de la Chanson de Roland. — Depuis sept ans, Charlemagne est en Espagne; il ne lui reste plus à triompher que de Saragosse et du roi Marsile. Or, celui-ci demande la paix et c'est à ce moment précis que le poème commence. Pour discuter les propositions du Sarrazin, Charlemagne convoque ses barons. Après une délibération à laquelle prennent partie vieux duc Natmes, Roland, Olivier, Tarcheyêque Turpin, Ganelon, le traité de paix est accepté en principe ; mais il s'agit de désigner un ambassadeur, qui partira avec les envoyés musulmans et traitera directement avec Marsile., La mission est dangereuse : Roland la réclame avec impétno- 6ité. Charlemagne refuse de la lui confier ; il ne veut pas davantage de Turpin, ni d'Olivier. C'est alors que, sur Pavis de Roland, l'Empereur choisit Ganelon; et

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D'ajirù uiu rainlaJuri dt la fn du xiw tileië, tiri4 d'un ntaniucril d* Renaud de Uontaubui.

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Cbarlemagne, après le retotu de Qaaelon, set parti pour la Franoe, Rolahd aveg l'urière-fude TiBot de piaétrer dam \e» ii&Ug dei PTrfuéeg, quand il se aent enlonré par l'eimemi. Oliviet loi ooiueille de sonner eon oor, pour rappeler Charlabbcbb; par trois tais Roland refuse (l],«t la bataille l'antAge. Apriadeiexploiti

(1) Momou* lAfùli, I- (Tcle, p. It.

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hftrolquM, tovi Uê hêtom (rançalt inoeombent. Seuls, mrviTeiit Olhitr, Tnrpte •t Roland. Celiii-«i m décide à eoimer son olifant. Sont Teffoit de la Toto, tes tempee se brisent, mais le son arrive aux oreilles de rBmpereur, qui revient en grande hâte« après avoir fait enohatner Ganelon, dont il comprend trop tard la félonie (1). A Roncevaux, Olivier meurt ; apjès lui, Turpin ; enfin Roland essaye de briser sa Durandal contre le rocher, et ne pouvant y parvenir, il met sous lui son épée et son olifant, et menrt, la tête tournée vers TEspagne, et tendant à Dieu le gant de la main droite (2).

Cependant, Cbarlemagne est revenu. Il poursuit les Sarrazins, qu'il extermine, tandis que Dieu prolonge pour lui le jour. Puis 11 rend les derniers honneurs aux barons étendus dans la plaine, et il emporte duis' des peaux de cerf les corps de Roland, d'Olivier et de Turpin. De retour à Âix-la-Ghapelle, TEmpereur annonce à Aude, sœur d'Olivier, la mort de son fiancé Roland ; iude tombe morte (3). — Un conseil se réunit pour juger Ganelon ; celui-ci est défendu en champ clos par son parent Pinabel, contre Thierry, champion de Roland. Pinabel est Vaincu ; et Ganelon, condamné à mort, est écartelé. Le poème se termine par un songe de Char* lemagne, à qui apparaît un ange qui lui ordonne de se préparer à une nouvelle expédition.

3. Les penonnages. — On a voulu établir une comparaison suivie entre les personnages de V Iliade et ceux de la Chanson de Roland. Cette comparaison n*est légitime que si Ton tient à constater certaines analogies curieuses. Sans doute, Roland ressemble à Achille, en ce sens que tous deux ils incarnent la vaillance excessive ; et Olivier peut être rapproché du Troyen Hector, parce que, comme lui, il fait contraste, par son courage raisonné et par sa prudence sans faiblesse, avec la bravoure téméraire et inconsciente. Mais, poussé plus loin, le parallèle devient artificiel jusqu'au ridicule.

Ho/and. -^Roland a pour lui la beauté ; une force physique prodigieuse ; son courage égale sa force ; il est fidèle à son roi ; mais il est orgueilleux, et par sa démesure il est responsable du désastre. Ni cette bravoure, ni cet orgueil n'excluent la pitié; il aime Olivier ; il sait pleurer et soupirer ; il est pieux, et n'oublie pas, en mourant, de battre sa coulpe. Ce caractère n'est donc pas tout d'une pièce ; ce n'est pas de lui qu'on peut dire : « Et rien d'humain ne bat sous cette b()nne armure. > Il n'est « ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant », comme Aristote l'exige du héros tragique.

Olivier, — « Roland est pretuc, mais Olivier est sage. » Le caractère d'Olivier se soutient d'un bout à l'autre du poème. Sage, il l'est dans le conseil de Cbarlemagne, avant la bataille, quand il demande à Roland de sonner du cor et quand il raille Roland qui se décide trop tard à lui obéir ; son amitié est sincère et franche ; sa bravoure, dans le combat, égale celle de Roland.

(1) Morceau» ehoiiUt !•' cycle, p. 8.

(S) More$aux ehoiiiit %• cycle, p. 6.

(3) Morceaux c^oint, i* cycle, p. 16

littêràturb péodalb 21

Charkmagne, — Ghariemàgne, qui en 778 n'avait que trente-sept ans, nous est représenté, dans le Roland^ comme un ancÀre : c II a la barbe blanche et le chef tout fleuri.» Marsile a pour Gharlemagne une sorte de terreur superstitieuse, il le croit âgé de deux cents ans. Son souvenir est sans cesse présent à l'esprit des combattants de Roncevaux, et surtout il est invoqué par les mourants (mort de Roland). Gharlemagne les aime autant qu*il en est aimé ; voyez son angoisse quand il entend le cor de Roland, sa douleur quand il retrouve le corps de ses barons,' son indignation quand on lui propose de faire grâce au traître Ganelon.

Turpin. — Prêtre et soldat, son originalité consiste à ne jamais oublier qu'il est à la fois l'un et l'autre. Après avoir donné aux Français sa bénédiction, il se bat en preux ; quand il entend la dispute de Roland et d'Olivier, il les sépare, et prononce des paroles sensées ; il est blessé à mort et frappe toujours ; le dernier, il combat aux côtés de Roland. Sa mort est celle d'un prêtre : il bénit les corps rassemblés par Roland, il essaye de secourir Roland qui se pâme, et meurt de cet effort de charité.

Ganelon. — Ganelon n'est point une figure banale. Il nous est représenté au début comme un beau et brave chevalier ; devant Marsile, il défend les prétentions de Gharlemagne, au risque de sa vie ; et, même quand il paraît devant le conseil qui doit juger sa trahison, il a belle mine et bonne tenue. Mais on nous le représente comme vindicatif et jaloux : ainsi s'explique sa trahison.

Afide. — Aude est la sœur d'Olivier, fiancée de Roland (voyez Girard de Vienne) ; il faut louer le poète de lui avoir donné une douleur si noble et si discrète. Elle meurt, elle aussi, comme elle doit mourir.

4. Le merveilleux. — Le merveilleux de la Chanson de Roland est tout chrétien, sans aucun mélange de superstitions populaires ou de magie : c'est plutôt du surnaturel. Le poète nous dit que Dieu combat avec la France ; que le diable, avec Apollon et Tervagant, est du côté des Sarrazins. Mais ni Dieu ni le diable ne sortent du surnaturel subjectif ^om iouer un rôle direct dans la bataille. Les seules apparitions sont celles de saint Gabriel et de saint Michel, quand ils viennent recueillir l'âme de Roland ; à deux reprises encore, saint Gabriel descend du ciel vers Gharlemagne, mais c'est en rêve qu'il lui apparaît. On voit quelle est la discrétion de ce merveilleux.

5. La langue et le style. — Le meilleur texte que nous possédions de la Chanson de Roland est celui d'Oxford, œuvre d'un scribe anglo-normand, dont Léon Gautier place l'exécution entre 1150 et 1160. C'est une mauvaise copie, aussi mal corrigée que mal écrite ; le manuscrit original devait être rédigé en dialecte normand. — La syntaxe en est raide et peu variée * là est l'insuffisance réelle de cette langue, dont le vocabulaire n'est pas aussi pauvre que Taffirment les ignorants. Les formules reviennent fréquemment dans les récits et dans les descriptions ; elles^ suppléent aux

imageSi qui sont très rares. Évidemment, la poésie de Roland est dam les situations et dans les sentiments, et presque point dans la forme.

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