V. — Diffusion et influence des Chansons de geste
La France semble avoir oublié, pendant plus de trois siècles, de Ronsard à "N^ctor Hugo, des poèmes qui ne devaient pas être sans valeur pour avoir rayonné sur l'Europe entière. Nos Chansons de geste, en effet, ont été traduites et imitées en Allemagne, er Italie, en Espagne, en Norvège. Aujourd'hui enfin, on peut parler des Chansons de geste comme d'œuvres classiques, sans se croire obligé d'aifecter un dédain de bon ton envers cette littérature essentiellement nationale. Mais gardons-nous de l'excès contraire, et ne laissons pas d'avouer deux choses ' la première, qu'il a manqué à l'inspiration de nos premiers trouvères ce sens de la mesure et de l'équilibre qui caractérise le véritable artiste (et c'est peut-être parce que la plupart de ces Chansons nous sont parvenues sous forme de remaniements maladroits), — la seconde, que leur langue, robuste et {précise, déjà bien française par la clarté, n'a pas encore acquis la souplesse nécessaire à l'expression des sentiments intimes ou à la description variée du monde extérieur.