‹ Précis de littérature françaiseChapitre 175 sur 276 · Le Roman · texte numérisé non relu

Le Roman

Le Sage (1668-1747). — Le Sage n'est pas seulement un poète comique de premier ordre par son Turcaret ; il reste un des maîtres du roman fran* çais, avec le Diable boiteux ( 1 707) et Gil Bios (1715-1735).

Le Diable boiteux est imité de l'espagnol. Le diable Asmodée transporte don Gléophas au-dessus de Ma(]rid,ôte aux maisous leur toit, et lui permet de voir tout ce qui se passe à rinlérieur, — Gclion commode pour la peinture de la société et des mœurs.

Dans Gil Dlas, qui se passe aussi en Espagne, il n*y a plus que des imi* tations de détail. L'ouvrage, quoi qu'en ait dit Voltaire, est en lui-même tout à fait original. Le héros est un jeune homme de dix-sept ans, appartenant à une très modeste famille d'Oviédo, et qui s*en va étudier à TUniversité do Salamanque. Il est arrêté en route par des voleurs, dont il reste six mois le prisonnier. Il s'évade, se fait laquais, sert différents personnages (dans lesquels Le Sage incarne des types très bien observés, depuis le petit-maître don Rafaël et le médecin Sangrado, jusqu'à rarcbeveque de Grenade) ; devient secrétaire, puis favori du duc de Lerme, premier ministre ; monte au comble de la puissance et de la richesse ; puis est disgracié ; reconquiert la fortune, rentre à la cour comme secrétaire du romlc d'Olivarès, et se retire dans son château, où il se marie et finit paisiblement une existence si agitée.

C'est un tableau très vivant et très piquant d'une société qui n'a d'espagnol que le nom; et sa variété est telle qu'on le lit sans fatigue, en dépit de sa longueur et de sa complexité.

Le style de Le Sage, dans Gil Blas^ est simple et varié. Il a aussi les qualités « dramatiques ». Chaque personnage y parle au naturel le langage de son caractère et de sa condition (l).

Marivaux (1688-1763). — C'est de 1731 à 1741 que Marivaux publie, tout en travaillant pour le théâtre, les diverses parties de Marianne et du Paysan parvenu. Ces deux romans sont incomplets, mais il ne reste qu'à y coudre un dénouement, facile à imaginer, r— Marianne eàt- un récit fait par l'hérome elle-même, devenue la comtesse de ***, et qui raconte sa première enfance, sa vie au couvent, son entrée dans le monde, etc; Les caractères en sont variés et vivants.

Quant au Paysan parvenu, c'est l'histoire d'un jeune paysan de Qbamt pagne, Jacob, qui arrive à la fortune par toutes sortes de moyens. L*ouvrarro, moins moral que Marianne, est d'un réalisme plus curieux (2).

vi; Morceaux choisi»^ i*' cycle, p. 288 ; 2' cycle, p. 743. (^) Morceaux choisis. S* cycle, p. 75|.

D aprtt rutanpi d* J.-B. Guttari.

L'abbé Prévost (1697-1763). — Prévost publia de 1728 à 1732 les Mé moires (Tun homme de qualité, en huit volumes^dont le septième contient son chef-d'œuvre, Manon Lescaut ; de 1732 à 1739, Cléveland, en huit volumes ; en 1735, le Doyen de KîUerine, etc. Il traduisit aussi les trois célèbres romans de Richardson : Paméla (1742), Clarisse HarUme (1751) et Grandisson (1775) et à ce titre, il a contribué encore à la tpansformalion du roman français.

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