‹ Précis de littérature françaiseChapitre 176 sur 276 · II. — Les Moralistes · texte numérisé non relu

II. — Les Moralistes

RoUin (1661-1741), recteur de l'Université de Paris et principal au collège de Beau vais, a publié, de 1726 à 1728, son Traité des études, qui le classe à la fois parmi les pédagogues et parmi les moralistes. Mais, chez lui, du moins, — et ne devrait-il pas en être toujours ainsi? — ces doux qualités se confondent, car Rollin « expose la manière d'enseigner et d'étudier les belles-lettres par rapport à l'esprit et au cœur ». Dans les huit livres de son -Tratie, il prend successivement les langues anciennes, la langue française, la poésie, la rhétorique, l'éloquence, l'histoire, la philosophie ; puis il donne des conseils pratiques aux maîtres et aux élèves.

Son Histoire ancienne et son Histoire romaine, qu'il écrivit dans ses dernières années, ne sont que d'honnêtes compilations des auteurs anciens.

Vauvenargues (1715-1747). — Officier du plus rare mérite, Vauvenargues prit part à la campagne d'Italie de 1734 et à la retraite de Bohême en 1742. Il dut quitter le service, à la suite d'infirmités contractées dans cette dernière campagne, et tenta vainement d'entrer dans la diplomatie (1). De plus en'plus, il se renferma dans l'étude, y cherchant une consolation contre ses maux physiques et contre son dégoût de l'existence* Il se lia avec quelques écrivains du temps, entre autres avec Voltaire, à qui il inspira une vive amitié, et qui pleura sincèrement sa mort prématurée*

Le fond de la philosophie et de la morale de Vauvenargues est un cortain stoïcisme ; mais ce stoïcisme n'a rien de la résignation farouche d'un Alfred de Vigny, qui, ayant passé comme Vauvenargues par « la servitude et la grandeur militaires », n'est pas sans analogie avec lui. Vauvenargues est un optimiste et un enthousiaste (2). Il croit à. la bonté de l'homme ; à l'excellence des passions, qu'il suffit de savoir diriger à la vertu, à la gloire. Il tente de réhabiliter le sentiment contre la raison, et l'homme contre La Rochefoucauld. Il a confiance dans la vertu ; il dit que les grandes pensées viennent du cœur ; et il proteste contre l'abus de la raison. Il est vraiment mort avant son heure. Sa perte nous a privés du seul philosophe capable de représenter au xviii* siècle, une morale digne

de ce nom.

(1) Morceaux choisis^ 2* cycle, p. 657.

(S) Morceau» cKoisis, !•' cycle, p. 342 ; 2* cycle, p. 758.

ftÔMANCIERS. — MOÎtAl.ISTES. CRltlQÙES âÔâ

Gomme peintre de caractères^ Vauvenargucs est ingénieux et fin, mais bien au-dessous de La Bruyère, qu'il imite et dont il n'a pas la pittoresque précision (1). Gomme critique, il est indépendant. Il sent,il aime, il éprouve des sympathies et des répulsions : il les exprime avec délicatesse. Il met ea pratique sa maxime : « Il faut avoir de Tâme pour avoir du goût. •

On peut citer encore parmi les moralistes r DucLOS (1704-1772), qui a écrit les Considérations sur les mœurs (1751) ; Ghamfort (1741-1794), esprit mordant et méchant, dont les pensées sont incisives et souvent très spirituelles (2) ; — Rivarol (1754-1801), dont on lira toujours avec profil le Discours sur V Université de la langus française (1784).

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