‹ Précis de littérature françaiseChapitre 178 sur 276 · LA TRAGÉDIE. — LA COMÉDIE. -« LE DRAME · texte numérisé non relu

LA TRAGÉDIE. — LA COMÉDIE. -« LE DRAME

1» Crébillon (1675-1762) fait jouer Àtrée et Thyeste (1707), Rhadamiste a Zénohie (1711), etc.. Il a un talent vigoureux ; mais il aime les sujets à la fois romanesques et horribles.

2^ Voltaire, de 1718 à 1778, ne cesse de composer pour le théâtre. Ses principales pièces sont Œdipe (1718), Bruius (1730), Zaïre (1732), Ahire (1736), Mirope (1743), etc. — Il reste classique par la forme, et il imite Corneille et Baoine. Mus il étend le domaine tragique, par les sujets^ par le lieu de Vaction, par la mise en scène,

30 Parmi les contemporains de Voltaire : La Mothe, de Belloy, Lemierre, Dueis qui donne les premières adaptations de Shakespeare, de 1769 à 1792.

4° Dans la comédie, les continuateurs de Molière sont Begnaid (1655-1790), auteur du Joueur (1696), du Légataire universel (1708), etc. Il n'est pas médiocrement gai ; sa versification est charmante ; — Dancourt fait un spirituel tableau des mœurs de son temps ; — Dufresny est habile à mener une intrigue ; ^ Le Sage fait jouer en 1709 son Turearet, vive satire des financiers ; — Piron (la Méiro' monte, 1738) ; Gresset (le Méchant, 1747).

6^ Marivaux (1688-1763) renouvelle la comédie par la peinture de l'amour timide ou inconscient. Il attribue la première place aux caractères de femmes. Ses analyses sont délicates, mais claire8,^dramatiques ; et il a le sens du comique. Ses chefs-d'œuvre sont 2a Surprise de Vamour (1727), le Jtu de VAmow et du hasard (1730), etc.

6° Beaumarchais (1732-1799), intrigant plein de talent, débute par un dnune larmoyant j et laisse dans 2e Barbier de Séville (1775) et 2e Mariage de Figaro (1784) deux chefs-d'œuvre de la comédie de mœurs. Le personnage de Figaro incarne U peuple à la veille de la Révolution.

70 La comédie se fait sérieuse avec Destouches (2e Glorieux, 1732), lormoyartlf avec La Chaussée (2e Préjugé à la mode, 1730) ; Diderot donne la théorie du dromc bourgeois, et demande que l'on substitue les conditions aux eoroe^ères. Son plus illustre disciple est Sedaine.

l. — La Tragédie.

Crébillon (1675-1762). — On attribue à Crébillon ce mot : 1 Corneille a pris la terre ; Racine, le ciel; il me reste Venfer, • Son but e»t d'exciter

LB THfiATRB 295

non pins Tadmiration on la pijtié, mais la teneur. E( son tort est de chercher à y parvenir au moyen d'artifices plus romanesques et plus mélodra^ matiqtiea que vraiment tragiques.

Ses principales pièces sont Atrée et Thyeste (1707), Electre {ilOS){i)f Rhadamiste et Zénobie (171 i), où l'on trouve une très belle scène de recofip naissance (2). ^

Grébillon a vraiment le sens de Thorreur tragique. Les sttuaiions sont d'une grandeur farouche, qui rappelle le cinquième acte de Rodogune. Son style, souvent lourd et obscur, est remarquable par sa fermeté et par sa violence.

Voltaire. — De 1718 à 1778, Voltaire ne cesse, à travers les occupations et les vicissitudes d'une existence fiévreuse, de composer des tragédies et même des comédies. Son œuvre dramatique, très considérable. Ta fait placer par ses contemporains tout à côté de Corneille et de Racine. Aujourd'hui, les tragédies de Voltaire sont trop sévèrement jugées, sinon par les critiques, du moins par le public, qui ne supporte plus guère que Za^.

Prineipalfli tragédies de Voltaire. — Œdipe (1718) fut an heureux début. VoltA>re reprenait le sujet traité déjà par Oomeille en 1859, d'après Sophocle. Il n'eut oi le courage, ni peut-être l'ambition de revenir à la simplicité du poète grec. — Bratu (1730) est la première pièce de Voltaire où l'on sente l'influence de Shakespeare. Il y a un progrès de mise en scène. Le style a de la force. C'est du meilleur Voltaire (3). — Zabe (1732). Le sujet est tiré de l'histoire des croisades, et la scène se passe à Jérusalem. Le Soudan Orosmanc aime une de ses captives, Zaïre, qui partage cet amour. Leur mariage est décidé. Mais, ce jour-là même, revient un jeune chevalier chrétien, Nérestan, qui rapporte la rançon de plusieurs captifs chrétiens, parmi les* quels se trouve le vieux Lusignan, descendant des rois de Jérusalem. Zaïre, qui ignore sa naissance, mais qui sait qu'elle est née de parents chrétiens et français, reconnaît son père en Lusignan et son frère en Nérestan. Elle leur promet de recevoir le baptême et de renoncer à l'amour dX)ro6mane. Celui-ci, troublé par les hésitations de Zaïre qui n'ose lui apprendre la vérité, se croit trahi par elle en faveur de Nérestan. Il poignarde Zaïre. Revenu de son erreur, il se tue lui-même. L'influence de Shakespeare se fait encore sentir ici, à la fois par des imitations à.*OtheHo et par le choix d'un sujet national (4). — La Mort de César (1732) est une sorte de tragédie de ccHUge^ inspirée par Shakespeare {Juies César). Elle ne comprend pas de rôle de femme. — Alsire (1736) nous ramène à la tragédie passionnelle. L'action se passe au P^u, dont le gouverneur Gusman aime une jeune Péruvienne, Alzire, qu'il dispute à Zamore, souverain du Potoze. Zamore poignarde son rival, qui lui pardonne en mourant. Deux beaux caractères de vieillards, Hontèze, père d'Alzire, et Alvarez, père de Gusman, donnent de la grandeur et de la variété au sujet. Le ton û.* Alzire est en général < forcené • ; une chaleur factice anime la plupart des person-

(1) Morceaux cAoww, 1*' cycle, p. 348.

(2) Moreeatuc tSInoint^ S« cycle, p. 765.

(3) Morceauj; àio\»i»^ <• cycle, p. 769.

(4) Morc«mx eAoùù, S* cycle, p. 781.

296 DIX-MUITIÊMB SiftCLB

nages (1). — Mérope (1743) a passé long^temps pour la pièoe la plus ré^liàro de Voltaire ; elle faisait partie du Théâtre classique. Mérope, veuve de Cresphonte, roi de Messène.Qst recherchée en mariage par Polyphonte qui s*est emparé du trdnetOtque Ton soupçonne d'avoir fait périr Cresphonte. Mais Mérope a un fils, £glsthe, qu'elle a éloigné pour le soustraire aux coups de l'usurpateur, etdont elle attend le retour. .Trompée par de fausses apparences, elle est sur le point de confondre ce fils avec «m des émissaires envoyés pour le tuer, et va le frapper : elle le reconnaît à temps. Mais Polyphonte (cf. Pyrrhus dans Andromaque) ne veut laisser vivre Bgisthe que si Mérope l'épouse. La reine y consent. Cependant, Egisthe se précipite au temple. tue le tyran, et est proclamé roi. — Citons encore Mahomet (1742), l'Orphelin de la Chine (1755) et Tancrède (1760).

Originalité de Voltaire poète tragique. — Voltaire est un imitateur de Corneille et de P(acino ; il ne possède évideipment ni la grandeur morale de l'un, ni la vérité psychologique et la vraisemblance de l'autre. Mais il a préparé l'évolution do la tragcilie vers un genre plus libre, par quelques innovations : — Il use fréquemment des coups de théâtre et des reconnaissances ; — il choisit des sujets nationaux, sociaux, philosophiques ; — il varie le lieu de la scène, et place son action en Orient, en Amérique, etc.; — il améliore les conditions matérielles de la représentation. — Il est donc dans une certaine mesure un précurseur du romantisme, sauf pour le'styUî.

Contemporains de Voltaire. — Parmi eux, il faut faire une place à fiart à Ducis (1733-1816), qui donna au Théâtre-Français les premières adaptations de Shakespeare. Ducis ne savait pas l'anglais. Il tira des drames de. Shakespeare de singulières tragédies, ni classiques, ni romantiques, d'une remarquable maladresse : HairUet (1769), Roméo et Jtdiette (1772), le Roi Lear (1783), Macbeth (1784), OtheUo (1792). Mais il fut un initiateur. La société française ne pouvait goûter que ces réductions de Shakespeare, et après 1820 olle f<'y plaisait cncorp.

Page 1