‹ Précis de littérature françaiseChapitre 179 sur 276 · lAà Comédie · texte numérisé non relu

lAà Comédie

1° Les disciples de Mdière. — On peut grouper sous cette étiquette les écrivains dont les noms suivent : Rognard, Dancourt, Dufresny. Le Sage, Piron, Gresset.

Regnard (1655-1709). — Par ses dates, par son talent mime, Regnard se rattacherait plutôt au xvii® siècle ; il est d'usage de le placer au xviii® Né à Paris, il fit d'excellentes études ; puis il commença vers dix-sept ans une série de voyages, à Constantinoplc, en Italie, en Algérie (un peu malgré lui, car il fut pris par des corsaires, et retenu prisonnier ; il a raconté cette aventure dans un court roman, la Provençale), puis en Hol-

(1) Morceaux chnitis, ۥ cycle, p. 774.

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lande, en Suède et en Laponie (Voyage en Laponie). Il mena ensuite une vie d'épicurien aimable, en son château de Grillon, près de Dourdan ; il y mourut d'une indigestion.

Regnard débuta au Théâtre-Français par un charmant petit acte en prose : Attendez-moi sous Vorme (1694) ; puis il donna la Sérénade, en prose (1695), et le Bal (1696), en vers. De cette même année date son premier grand ouvrage, le Joueur. Vinrent ensuite le Distrait (1697), le Retour imprévu (1700) (1), les Folies amoureuses (1704), tes Ménechmes (1705), le Légataire universel (1708).

Le Joueur est presque une comédie de caractère ; c'est aussi et surtout une comédie de mœurs. Le jeu était devenu la plaie vive de la société française. Mais il y a peu de profondeur et de moralité dans cette pièce, oiK la passion de Valère, le joueur, n'a d'autre conséquence que de l'empêcher d'épouser Angélique, qu'il n'aime guère. Eegnard, cependant, a bien saisi les traits essentiels d'un caractère de joueur, absorbé et incorrigible, marqué d'une sorte de fatalité. Les personnages épisodiques sont amusants : Hector, le valet ; le marquis sauteur ; la marchande à la toilette, M"" La Ressource, etc.

Le Légataire universel est la plus gaie dos comédies de Regnard, et justifie le mot attribué à Boileau : • D n'est pas médiocrement plaisuit. » — On y voit comment un valet, Crispin, se déguise afin de dicter un faux testament en faveur de son maître Eraste, et comment aussi il profite de l'occasion pour s'avantager lui-même (2). — D faut considérer cette pièce comme un vaudeville bouffon, genre Labiche. Soulever, à propos du Légataire, comme l'a fait Rousseau, une question de moralité, et critiquer de sang-froid les friponneries de Grispin, c'est prouve^ une singulière naïveté.

Regnard est surtout un écrivain délicieux. Variée, pittoresque, endiablée, sa versification est d'une facture supérieure à celle de Molière, — mais coDune le style de La Bruyère l'emporte sur celui de Bossuet. L'art y est exquis ; on l'y sent trop.

Dancourt (1661-1725) fut d'abord comédien ; puis, de 1685 à 1718, il composa un grand nombre de pièces en prose, presque toutes d'actualité. Le Chevalier à la mode (1687) est la critique piquante et vraie d'une société où le désir de faire fortune, et surtout d en jouir, provoquait toutes sortes de manèges à la fois coupables et ridicules ; — les Bourgeoises de qualité (1700) complètent la comédie précédente, et contiennent d'excellents types de parvenues qui se ruinent pour paraître (3) ; — la Maison de campagne (1688) est une spirituelle satire des parasites, et a ét4 comparée à Nos intimes, de Victorien Sardou.

(1) Morcf-jux choiMit, 2« cycle, p. 785.

(2) Morc€av2 eftowM, !•> cyclt, p. 861 ; 1« cyela. p. 78i.

(3) Xîorceaux ehaitiM. V cycU. p. 798.

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Dotnnj (I648-17U) est intiressant p&r les ritturtûnu toujoun origi-

Dsles qu^ sait inveoter, et par la vtrvt de son dialogue. Ses plus jolies

piices sont : l'E»prit dt eontradiaion (IIOO), h Double Veuvage (1702), la

BéameUiatim normande (1719). H a pu donner à Montesquieu l'idée et le

IToprit wt diMin Ou XVII' êOcU. IHhofraphU au âtlmt du XIX'.

cadre des Lettre* perianet, par ses Atnuaemenla s&ieux et amiiqua d'un Siamoii.

LeSage(fG68-1747), resté célèbre surtout parson roman de Gtjfito, a écrit la plus forte peut-être des comédies du xviii* siècle, Turooret (i70S)i, La pièce, en prose, est dir^ée contie les flnaocien, 1m partûani, qui t'en-

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richissaient aux dépens du pays et du Trésor public. Turcaret, le héros, est à la fois un sot etun roué. Cette comédie vaut moins par l'intrigue que par le réalisme des situations, des sentiments et du style. Bile est une des premières où la question d'argent soit abordée et traitée pour elle-même. Le Sage est le véritable héritier de Molière contemplateur et moraliste ; Turcaret peut prendre place immédiatement après l* Avare et le Bourgeois gentilhomme (1).

Piron (1689-1773). — On a oublié les nombreuses et spirituelles comédies que Piron a composées pour le Théâtre de la foire ; et Ton continue à lire, surtout pour son style aisé et piquant, la Màromanie (1738).

Gresset (1709-1777). — Plus connu comme auteur du charmant badinage de Vert- Vert, Gresset remporta un grand succès avec le Méchant (1747). Le héros de cette comédie, Cléon, le m^échant, mérite ce nom par sa sécheresse d'âme, son scepticisme moral, et son art de brouiller les gens « pour le*plaisir ». On a surtout retenu de cette pièce un vers devenu proverbe : « Uesprit qu*on veut avoir gâte celui qu'on a ».

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