POÉSIE LYRIQUE
V Automne : Salut, bds couronnés d'un reste de verdure... ;--U Valhn : Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d*un jour... etc.). 2^ La mélancoUei/\e décovragement^ le désespoir envahissent l'âme du poète (V Isolement : Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières... Un seul être vous manque et tout est dépeuplé... ; le Vallon : L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne...). S^' Mais, par degrés, l'espoir en Dieu, le calme de la nature agissent sur cette mélancolie {y Isolement .".Mais, peut-être, au delà des bornes de sa sphère... Sur la Terre d'exil pourquoi resté-je encore...? ; — le Vallon : Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime...). Et le poète souhaite de mourir pour s'absorber en Dieu (le Passé : Saluons la splendeur divine Qui se lève dans le lointain... Ami, pour y voler plus vite. Prenons les ailes de la mort).
Or, ce genre de lyrisme est celui qui convenait à la société de 1820, encore. tout émue des catastrophes de la veille, saturée de mélancolie et de religiosité par la lecture de Chateaubriand, et attendant un poète qui chômerait ses états d*âme.
Jamais poète, donc, ne parut plus à propos que Lamartine, et il devait survivre à son succès d'actualité, «parce qu'il répondait moins à une mode qu'à un besoin profond et étemel de l'âme humaine, particulièrement vif à cette époque.
Ajoutons que, précisément, ce lyrisme n'est jamais, des Méditations aux Harmonies, une poésie de virtuose. Lamartine n'est pas poète de profession ; il s'en est toujours défendu, même avec un peu de fatuité (1). n ne chante que pour exhaler, à de certaines heures, l'émotion ou l'enthousiasme qui l'oppressent. De là, sans doute, une certaine négligence d'expression et des inexpériences de métier qui gâtent ses vers, aux yeux des grammainens et des Parnassiens. Mais de là, aussi, dans quelques pièces, une sincérité d'accent, une puissance d'inspiration, qui font, oublier absolument le poète, pour céder toute la place à la poésie.
Vietor Hugo (1802-1885)
Vie. — Vietor-Marie Hugo est né à Besançon, en lâ02, « d'un sang breton et lorrain à la fois ». Son père, le commandant Léopold-Sigisb^rt Hugo, était de Nancy ; sa mère Sophie Trébuchet, était de Nantes.
Le jeune Hugo suivit son père en Italie, en Ck)rse, à l'ile d'Elbe ; puis en Espagne (1811), où il resta pendant un an, avec son frère Eugène, au OollègÎB dos Nobles de Madrid. En 1812, retour à Paris, séjour dans la maison de la rue des Feuillantines, où les deux frères lisent un peu à tort et à travers, et où ils ont pour maîtres « un vieux prêtre, un jardin et leur mère ». En 1815, ^ctor est élève de la pension Clordier, d'où il suit lef
(1) Voir, tu particuUf r, m tottrt à M. Bniyi d'OniUy tn Uta des RâcuêUimiMnt» (1888)f
S40 DIX-NBUYlftlIB flÈGLB
eonn da lycéo Louii-le«Grand ; il a un accessit de physique au eoneours général, et son père le destine à l'École polytechnique. Mais, en 1817, il envoie des vers à l'Académie française ; en 1819, il est lauréat des jeux floraux, et, cette même année, il fonde avec son frère, Abel, et en collaboration avec Soumet et "N^gny, le Conservateur littéraire^ qui ne dura quNm an : il y écrit pour sa part 272 articles. Il se marie en 1822. En 1823, il collabore à la Muse française, qui est l'organe du premier Cénade et où U fait encore de la critique.
Cependant, il réunit les pièces de vers qu'il a composées depuis 1818, et publie, en 1823, les Odes (augmentées, en 1826, des Ballades). Cromvfell et sa Préfacé paraissent en 1827 : puis, en 1829, les Orientales, Hemani en 1830, Notre-Dame de Paris en 1831. Laissons les drames, dont il sera question plus loin (1), pour ne citer que les recueils lyriques ou éjMques. De 1831 à 1840, Hugo donne ses quatre plus beaux volumes de vers : les Feuilles d^automne, les Chants du crépuscule^ les Voix intérieures, les Bayons et les Ombres. En 1841, il entre à l'Académie française.
Il avait chanté avec conviction les Bourbons ; mais après les ordonr nanees et la révolution de Juillet, il s'était rallié à la monarchie de Louis- Philippe ; celui-ci le nomma pair de France en 1845. £n 1848, Hugo est élu député à l'Assemblée Constituante. C'est l'époque où il commence les Misérables, et où il écrit certaines pièces des Con^fimplatians, Au coup d'État de décembre 1851, il se met dans l'opposition, est porté sur la liste des proscrits, et exilé. De Bruxelles, il se rend à Jersey, puis à Guernesey. D publie alors les Châtiments (1853), pamphlet contre l'Empire, les Contemplations (1856), la première série de (a Légende des siicles(\è59), les Misérables (1862), William Shakespeare, etc. Après le 4 septembre 1870, il rentre à Paris. Il donne V Année terrible, l*Ari d'être grand-père, et surtout les deux dernières séries de la Légende des sièdes (1877-1883). Élu député de Paris, puis sénateur inamovible, il ne cesse de produire ; et le Pape, la Pitié suprême, VAne, les Quatre Vents de V Esprit viennent augmenter, sans beaucoup renrichir, son œuvre déjà si considérable. 0 meurt le 23 mai 1885. La France lui fait des funérailles nationales.
Ii*Qiuvcf lyrique. - Les Odes et JBallades (1822-1826), Il faut signaler dans les Odes : Quiberon, Louis XV Jl, la Naissance du due de Bordeaux, Buanaparte, A mon pnet U Sacre de Charles X, les Deux Iles^ etc.. toutes pièces d'actualité. Hais on y trouve aussi des morceaux d'un Isnrisme plus intime ; dans le livre cinquième : 4u vaUon de Chérisy, U Voyage, la Promenade, Pluie d*éié, Rêves..., la plupart inspirés par sa flanoée et par sa jeune femme. — Les Ballades nous révèlent en lui déjà la reehereh* du pittoresque 6t de Tantithàse. 81 le poète dos FeuÛks d^auhmm et dss OùnUmphiions l'annonce danf les Odes, dans les BaUaâss os serait piaf et eelai, maie oombisQ timide onooro , de la Uisnde des itéclti, A signaler pannl Ifs Ballaéses
(t) Ql. p. Kâ.
a.hie d'Aliiat Dtvma (1800 ia571.
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I0 Sylphe, U Qéant, la Fiancée du timbalier^ et des < plaisanteries > de viitaose : la Chasse du Burgrave^ le Pas d*armes du roi Jean.
Les Orientales (1829). — Un vent à*orientàlisme passait sni la France depuis 1824. 7oute l'Europe avait les yeux fixés sur la lutte entre la Grèce et la Turquie. Tous lei poètes de l'époque étaient phUheUènes. Victor Hugo saisit habilement cette actua* lité, et, sans avoir jamais vu l'Orient, il le chante ; à rOrient,il rattache l'Espace, si fortement marquée par la civilisation arabe. Les Têtes du séraû^ Canaris, Navarin, la Bataille perdue^ V Enfant grec (1), sont autant de morceaux qui se rapportent à la guerre gréco-turque. D'autres sont d'un orientalisme plus général : le Feu du ciel, la Caj;>tive, Clair de lune, les Djinns. Sur l'Espagne : Grenade, Enfin, le poète aurait pu insérer partout ailleurs des pièces comme Mazeppa et Lui (sur Napoléon).
Les Feuilles d'automne (1831), les Chants du orépuscnle (1835), les Voix intôrieurei (1837), les Bayons et les Ombres (1840). — De ces quatre recueils, on peut citer. Napoléon II, A la Colonne, A VAre de Triomphe, A des oiseaux enmlés^ A Eugène vicomte O.,, Ce gui se passait aux Feuillantines vers 1813, Tristfsse d*Olympio, etc., il n'est guère de thème lyrique que Victor-Hugo n^ait to\iché dans cette période de dix ans pendant laquelle il écrit encore presque tous ses drames, des romans, etc. C'est là qu'il faut le chercher, dans la plénitude et la periection de son génie, sans qu'il arrive encore au lyrisme peut-être plus grandiose, mais démesuré, des Cof»iemplatwns (2).
Les Ch&timents (1853). C'est une satire lyrique en sept livres, un peu fatigante dans son ensemble, et que l'abus des personnalités gâtera de plus en plus. Mais le poète y atteint fréquemment à un degré de force et d'éloquence que rien n'égale dans notre littérature. A signaler, parmi les plus belles pièces : A un martyr, A Vobéistance passive, le Manteau impérial, VExpiation (qui contient le récit poétique de Waterloo, à comparer avec la narration de la même bataille dans les Misérables) ; UUima Verba (... Et, s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là) (8).
Les Contemplaticns (J856) se composent de deux parties: Autrefois, AK,^«ard'hui, ■ Un abîme les sépare, le tombeau », dit le poète dans sa préface. Ce tombeau est celui où reposent, à Villequier, près de Caudcbec, sa flUe Léopoldine et son gendre Ch. Vacquerie, morts tous deux d'un accident en Seine. On peut donner la préférence dans ce trop vaste recueil, au livre intitulé Pauca meœ (le livre IV), dans lequel Hugo chante l'enfance et la mort de sa fille. Le chef-d'œuvre est la pièce intitulée : A ViOequier, où la profondeur et la sincérité de l'inspiration s'unissent à la plus solide facture. H faut y joindre la pièce finale : A celle qui est restée en France, Quant au livre VI, intitulé : Au bord de Vlnfmi, il se compose de morceaux apoea^ lyptiques souvent obscurs ; mais quelques-uns, tels que les Mages, Ce que dit la Bouche d'ombre, sont d'un lyrisme qui échappe, par sa puissance, à toute définition (4).
La Légende des siôcles. — Ce recueil, qui forme aujourd'hui quatre tomes dans l'œuvre complète, parut, nous l'avons dit, en trois fois, 1859, 1877, 1883. Le soustitre de la première série était significatif : Petites Épopées. — Il y a deux ehoses à eonsidérer dans la Légende des siècles: les Petites Épopées, prises en elles-mêmes ; et
(1) Morceaux choisis, £• cycle, p. 946.
(2) Morceaux choisit, 1*' cycle, p. 434 ; 2* cycle, p. 954.
(3) Morceaux choisis, i«* cycle, p. 442 ; 2* cycle, p. 948.
(4) Mofceaux choisis, S* cycle, p. 950.
POÉSIE LYRigUB 343^
Vegprii du poème, la théorie da progrès indéfini du genre humain, depuis la Terre et le Sacre de la femme, jusqu'à la Trompette du Jugement. On peut dire que tout oe qui est récit historique ou légendaire, œuvre de reconstitution du passé biblique, du moyen flge, du zyi* siècle, des temps modernes est, sauf quelques longueurs et quelques singulières fautes de goût, d'une beauté tout à fait originale. Au oontrairej les pièces à thèee^ philosophiques, religieuses, politiques, utopiques, sont pénibles, confuses, souvent d'une obscurité qui va jusqu'aa galimatias. — Les perles de ce trop large écrin sont : la Conecience, Booe endormi, le Romancero du Cid, le Mariage de Rokind, AymeriOot (1), le Petit Roi de Gfoliee, Eviradnue, le Travail des captifs, V Aigle du casque, la Rose de VInfante, le Retour dé VBmpereur, Après la bataÛle, U Cimetière Jf^Eyleài, les Pauvres Qens, Voilà, peut-être, à quoi se réduiront no Jour ces c petites épopées • ; et, dégagées de tout le fatras qui les alourdit, elles seront une des merveilles de la poésie épique hu xix* siècle.
Dans les autres recueils : V Armée terrible, VArt d*être grand^phe, les CHansçns des rues et des bois, etc., il y aura encore beaucoup à glaner (2). Mais on peut affirmer que rien n'y révèle de nouvelles beautés. Avec la Légende des siècles, Victor Hugo a vraiment atteint aux limites extrêmes de ses qualités et de ses défauts.
La lyrisme de Victor Hagd. — Si l'on veut essayer de définir le lyrisme de Victor Hugo, pour Topposer à celui de Lamartine, il faut constater avant tout ceci : Lamartine représente en perfection une des formes du lyrisme moderne, Texpression spontanée des sentiments intimes, en particulier de l'amour, de la mélancolie et de l'espérance ; il y mêle le sentiment de la nature. Victor Hugo est moins spontané, moins intime, mais plus varié, n s'est défini lui-même une « âme de cristal • et un « écho sonore ». C'est dire qu'il a reflété, répercuté, multiplié, « orchestré » toua les thèmes lyriques. D'abord, il a chanté successivement toutes les impressions du siècle où il a vécu, depuis la Naissance du duc de Bordeaux jusqu'à r Année terrible ; c'est comme l'âme poétique du xix^ siècle qui revit dans ses vers. Puis, tous les sentiments ordinaires et normaux ; l'amour légitime, la faunille, les enfants, la patrie. Il y a ajouté le tourment philosophique, l'évolution religieuse, l'énigme de la mort et de l'in^ connu, la foi dans un avenir de liberté et de progrès. Qref, il est comme l'encyclopédie lyrique de son temps. Voilà pour le fond.
Pour la forme, Victor Hugo n'a pas, comme Lamartine, donné d'un premier jet ses plus beaux chefs-d'œuvre. Son génie s'est dégagé lentement, et il y entre autant de volonté que d'inspiration. D se perfectionne de jour en jour dans son métier. Semblable à un artiste qui devient peu à peu maître de son pinceau^ et de sa palette, et qui a le souci d'enrichir et de renouveler sa manière, Hugo, d'année en année, est de plus en plus on voyant et un peintre. Voyant, il l'est par la structure même de son gb&.
(1) Morceaux ehoisit. S* cycle, p. 957.
01) Moroimic dioitii, !•« cycle, p. 441 ( S* cycle, p. Wi.
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qui loi fidt distinguer, jusque dans les choses bannies, des contonn, des profondeurs, des nuances. Son imagination s'empaie de ee que son onl hn a révélé ; ^le le précise, le met au point, et le revêt, pour le j^etndre, de figures splendides. Par ces figtirest aie donne au réd la profondeur et le mystère de la vision ; elle donne au rêve et à l'abstrait la solidité et l'édat du réel. Souvent aussi, cette imagination grossit, enfle, et dénature les choses, au point de fatiguer et de rebuter le lecteur. Victor Hugo n'a manqué que de sobriété et de mesure. Voilà pourquoi la postérité fna nécessairement un choix dans cette œuvre géniale et immense (1).
Alfred de Vigny (1797*1863)
Tie et oravies. — Le comte Al£red de Vigny (dont nous parlons aflleurs comme dramaturge et comme romancier (1) occupe uaeidaceàpaitduis la poésie romantique. Entré' dans l'armée au moment où l'épopée impériale était close, il ne pouvait avoir, comme officier» que des déceptions. Aussi démissionna-t-il, en 1827, pour se retirer dans sa c tour d'ivoire». Depuis 1820, il s'était mêlé au mouvement romantique ; il avait collaboré au Conservateur littéraire de Victor Hugo. En 1822, il publie son premier recueil. En 1826, il en donne une édition augmentée, sous le titre de Poèmes antiques et modernes. Cet ouvrage comprend trois parties : — I. Le Livre mystiçt^^ composé de Moïse (3), E^a, le Déluge. Dans MoCse, Vigny exprimait la théorie de la fatalité qui s'attache au poète (voir, au chapitre du Drame, Chatterton). Eloa, ou la soeur des anges^ mystère^ est un court poème en trois chants. Un ange, né d'une larme du Christ, Éloa, aime par pitié Satan, et est entraîné par lui dans l'abîme. Poésie sereine et faautsdne, mais froide. — II. Le Livre antique se subdivise en Antiquité biblique et Antiquité homérique. Pour nous qui connaissons la Légende des siècles et les Poèmes antiques de Leconte de Lisle, fl nous semble que la FiUe de Jephté, la Dryade, etc. sont d'une poésie bien abstraite. — III. Le Livre moderne. Là se trouvent le Cor (4) et la Frégate la Sérieuse. — Vigny, après cette publication, se tourna vers le roman et vers le théâtiB. n ne donna plus, comme poèmes, que le Mont des Oliviers et la Maison du berger (5) (insérés dans la Revue des Deux-Mondes). Après sa mort seulement parut le livre intitulé les Destinées, et qui comprend, avec les deux pièces que nous venons de nommer, ses plus beaux poèmes : la Co^
<1) Sur Victor Hugo dnunatuiVB, cf. p. 351 ; lur Victor Hugo ronoAnoior, cf. p.
(2) Cf. p. 356 et 395.
(9) Morceaux eftoim, fi* cycle, p. 905
(4) Morceaux dunsit, l*i cycle, p. 449.
(6) Morceaux choitie. t* eydo, p. 968.
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lère de Samson^ la Mort du loup (1), la BouteiOe à la m^, l^Espnt put (2).
La philosophie de Tigny. — Cette philosophie est un pessinnsme hautain, qui mène le poète non pas au désespoir ou à la foi, mais au stoïcisme et à la pitié. Le point de départ de ce pessimisme est l'isolement douloureux et humiliant, dans lequel se sent Thomme supérieur ; l'humanité, dont pourtant il est le g^uide, ne le comprend pas et ne l'aime pas (Mobe), Or, ce n^est pas Tamour qui le consolera : l'amour n'est que traldson (la Cdère de Samson). Ge n'est pas non plus la Nature, si accueillante pour Lamartine i la Nature n'est pas une mère, mais une tombe (la Maison du berger). Au moins, l'homme peut-il tourner les yeux vers le ciel? A ses angoisses la Divinité donne-t-elle une solution? Non» Dieu est mcSilérent, et l'homme ne répandra plus que par un froid silenee, au sQenee àemd de la DivinUé (le Mont des Oliviers), Que l'homme donc se renferme dans un stoïcisme farouche. Ck)mme le loup acculé par les chasseurs, qu'il c meure sans parler • (la Mort du Loup). Cependant il peut trouver une diversion à son malheur dans la pitié et dans l^amour pour ses semblables ; il peut aimer la majesté des souffrances humaines (la Maison du berger) ; fl peut lutter avec la nature et en triompher (la Sixuvage) ; il peut surtout préparer le procès pour l'humanité future : qu'il travaille à son œuvre, sans en attendre la récompense actuelle ou le résultat immédiat ; si cette OMivre est vraiment grande, quelque jour die sera comprise et féconde (fa Bouteille à la mer).
n y a de la beauté dans ce pessimisme, et Vigny a su présenter ses idées dans des • symboles » bien choisis, saisissants par leur simplicité et par leur puissance. Mais cette indifférence superbe à l'égard de la nature puive les sujets de décor, de profondeur, et de ce que les paysagistes et les pâatres en général appellent de Vair. Voilà pourquoi Vigny fait plutOt des ba8-ielie& que des statues, et des dessins que des tableaux.
Alfred de Masset (1810-1857).
Via H œuvres. — Né et mort k Paris, Alfred de Musset appartenait à ont famille qui s'était déjà iistinguée dans les lettres. Tout jeune, il firéquenta le Cénacle de l'Ar-e/ia], où il fut accueilli comme une sorte d'efifasA terrible du romantisme. Sans le vouloir peut-être, il en parodia spirituellement les excès dans ses premiers vers : Contes d^Espagne et d^ Italie (1830). Vint ensuite le Spectada dans un fauteuil (1832), comprenant la Coupe et les Lèvres^ A quoi rêvent les jeunes fiUes^ Namouna, — Tous les ▼ers écrits de 1829 à 1835 formèrent le recueil des Premières Poésies
(i) Bâêrcmux ehoitii, 2* eyclt, p. 969. t) JtftfCMMX dMfif. f •' cycU. p. 45a.
846 DIX-NBUVIÊMB SIÊGLB
A partir de 1835, Musset publie dans la htitmt dei Deua^Mcnde» ses plus beaux morceaux : les Stances à la Malibran^ les Nuits, la Lettre à Lamartine, V Espoir en Dieu, etc., qui forment le recueil des Poésies nouvdles (1836-1852). Il donnait en même temps des nouvelles, des comédies, un roman autobiographique : la Confession d*un enfant du siècle. Reçu à l'Académie française en 1852, il mourut prématurément en 1857.
Les chefs'd'ceuvre de Musset, dans les différents genree lyriques, sont : — Rolla (1833), poème sans composition précise, mais qui contient des morceaux éloquents, quoique un peu gâtés par l'abus de la rhétorique ; — les Nuits : la Nuit de mai (1835), la Nuit de décembre (1835), la Nuit d'août (1836), la Nuit d'octobre (1837) ; les plus belles sont la première et la dernière (1). La Lettre à Lamartine (1836) est une magnifiquo profession de foi spiritualiste (2) elle se complète par l* Espoir en Dieu (1838) (3) et le Souvenir (1841). — Dans les Stances à la Malibran (183^, Musset pleure la mort d'une grande artiste, qui a donné sa vie pour son art. — Dans le délicieux badinage intitulé : 5ttr trois marches de marbre rose (1840) (4), il est étourdissant d'esprit et de virtuosité. — Citons encore : Une Soirée perdue (1840) (5), qui contient un éloge de Molière devenu si justement célèbre ; le Saule (6) ; Silvia (7), etc.
Musset n'est qu'à demi romantique. Sans doute, il a écrit les Contes d'Espagne et d'Italie, les Marrons du feu, etc. ; mais son romantisme est d'un espiègle plein de talent, qui s'amuse à ramasser l'instrument d'autrui, et à^n jouer pour mystifier le public. Peut-être, d'ailleurs, Musset se laissait-il prendre à son propre jeu ; peut-être la Ballade A la lune, la Coupe et les Lèvres, RoUa, lui paraissaient-ils des chefs-d'œuvre, quand une crise terrible vint le secouer. Alors, adieu la c couleur locale », le pastiche, l'amour de mélodrame, la déclamation. • Ahl frappe^ le cœur, c*est là qu'est le génie I » Musset ne pense plus qu'à chanter son désespoir, ses douleurs, ses souvenirs. Il est devenu le plus grand poète de l'amour sincère et trompé. La crise passée, il n'est plus romantique du tout, pas même comme Lamartine, dont il se rapprochait dans les Nuits, V Espoir en Dieu et le Souvenir, Il devient un poète presque classique, avant tout spirituel, d'une sensibilité discrète, un héritier de La Fontaine (8) et de Marivaux. D écrit sur le romantisme les ironiques et cruelles lettres de Dupuis et Cotonet. Les critiques dassiques, comme Nisard, le tirent à eux
(I) Montaia cAoiiif, S* cycle, p. 970 et p. 974. (î) Morceaux choisis, !•> cycle, p. 447.
(8) Mortsaux ehoisist S* cycle, p. 976.
(5) Morceaux dkoim. S* cycle, p. 978.
(6) Morceaux dtoisis, !•' cycle, p. 446.
(7) Morceaux c4oûû, !•> cycle, p. 448.
(9) Morceaux c*0Mw,l«icyele, p. 448.
POfiSIB LYRIQUE 947
et il est possible qu'un jour on le place à part, comme un poète tout à fait indépendant (i).
Les poètes secondaires. — On peut encore citer quelques poètes lyriques de cette période (1815-1850). — Casimié Delavigne (1793-1843). Nous signalons ailleurs ses drames et ses comédies. Poète lyrique, il acquit une grande réputation par ses Mesrénisnnes (1815-1822), odes politiques inspirées par des actualités (Waterïtio^ la D^jastation du Musée) ou par l'histoire (Jeanne d*Arc), Cette poésie, toujours sincère et généreuse, nous paraît aujourd'hui manquer d'envolée et de style. Mais les contemporains plaçaient G. Delavigne à côté de Lamartine. — Béranger (1780- 1857) dut à des chansons la popularité et la gloire. Libéral sous la Restauration, il chanta les soldats de l'Empire avec émotion et persifla le pouvoir avec esprit. Ses chansons, qui paraissaient dans les journaux, et couraient les salons et les cafés, formèrent successivement trois recueils, en 1815, 1821 et en 1833. Bien qu'elles aient beaucoup perdu, puisque Vallnsion en faisait presque tout le prix, quelques-unes survivent à leur succès d'actualité : la Sainte-Alliance, le Vieux Drapeau^ la Bonne Vieille (2), les Hirondelles, le Vieux Sergent (3), etc. — Emile Deschamps (1791-1871) a réuni ses principales poésies dans ses Études françaises et étrangères (1828), dont la préface est un excellent document pour l'histoire critique du romantisme.
Auguste Brizeux (1806-1858), le plus distingué de nos «poètesdu terroir », a chanté la Bretagne en vers harmonieux dans Marie (1836). — A.UGUSTE Barbier (1805-1882) publia en 1830 plusieurs pièces satiriques inspirées par la Révolution de juillet : la Curée, le Lion, Quatrevingt-treize, la Popularité, Napoléon, etc. ; il les réunit en un volume sous le litre de ïambes. Le succès fut immédiat et retentissant; mais ses œuvres suivantes n'eurent pas de succès (4).
Victor de Laprade (1812-1883). — Laprade est le plus distingué des imitateurs de Lamartine. S'il n'a pas le même génie, son idéalisme est plus pur et sa morale est plus ferme. Mais il manque de variété, et, dans son œuvre considérable, on retiendra surtout quelques pièces d'un mouvement heureux, et d'une forte pensée, telles que la Mort d*un chêne, les Hautes cimes, etc. Ses principaux recueils sont : Psyché (1841), Poèmes évangéliques (1852), les Symphonies (1855), etc.
(1) Sur le théâtre de Musset, cf. p. 358. (S) Morceaux choisis, i" cycle, p. 458. (3) Morceaux choisis, £• cycle, p. 991 « <4) Morceaux choisit. S* cycle, p. 993.
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