‹ Précis de littérature françaiseChapitre 216 sur 276 · I. — Les ËeriTains religieiiz · texte numérisé non relu

I. — Les ËeriTains religieiiz

Joseph de Maistre (1754-1821). — Né à Qiambéry, d'un père qui était président du Sénat de Savoie, et qui l'éleva de la façon la plus dure, Joseph de Maistre fut nommé régent de la Grande Chancellerie, en Sardaîgne, en 1799. Puis il alla en 1803, comme ministre plénipotentiaire du roi Victor-Emmanuel, en Russie, et vécut quatorze ans à Saint- Pétersbourg, loin de sa femme et de ses deux filles. C'est pendant cet exil qu'il écrivit ses principaux ouvrages, malgré les difficultés de sa situation et ses chagrins. Revenu à Turin en 1817, il n'a plus de santé ; il meurt en 1821.

Bien que J. de Maistre ait, en politique comme en religion, des idées trop absolues, son caractère personnel ne peut qu'ezeiter le plus vive sympathie. U a lutté noblement contre la pauvreté et supporté pendant quatorze ans la séparation d'avec une famille qu'il adorait. En butte aux tracasseries lointaines d'un roi qui n'appréciait ni sa dignité ni son mérite,

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il lui restait héroïquement fidèle, et conservait un inaltérable stoldsme aristocratique et chrétien. Ses lettres nous le révèlent aussi tendre et aussi enjoué que ses écrits nous le font imaginer autoritaire et tranchant.

Joseph de Maistre nous a laissé : les ConsidéraHons sur la France (1796), VEssai sur le principe générateur des constitutions politiques (1810* 1814), Du Pape (1819), VEglise gaUicane iiS2i)Jes Soirées de SaùrU- Pàersbourg (18S1). Tous ces ouvrages pourraient porter le même sous* titre que le dernier : Entretiens sur le gouvernement temporel de la PrO' ffidence. Son plaidoyer en faveur de la Providence est surtout développé avec une admirable vigueur dans les Soirées de Saint-P^ersbourg ; c'est là que J. de Maistre, reprenant le dogme du péché or^^inel qui pèse sur toute la descendance du premier homme, explique par la nécessité de l'expiation les sanglants sacrifices de la guerre et la persistance de la peine de mort ches les nations civilisées. Rien de plus célèbre que les passives, d'une horreur sublime, sur la guerre (7® entretien) et sur le bourreaa (1" entretien) (1).

Ce Savoisien est un écrivain français de grande race, comparable dans ses meilleures pages à Pascal et à Bossuet.

De Bonald (1754-1840) fut, sous l'Empire, conseiller de l'Université ; sous la Restauration, député, puis pair de France. Ses principales OBuvres sont : la Théorie du pouvoir politique et rdigieux dans la société civile (1706) et la Législation primitive (1802). Bonald a mis en formules abstraites et « lajpidaires » la théorie de la société divine^ c'est-à-dire organisée par Dieu lui-même et se développant, à la manière d'mi être vivant, selon des lois immuables.

Lamennais (1782-1854). — Félicité Robert de Lamennais est né & Saint-Malo, patrie de Chateaubriand. Enfant, il est déjà un révolté ; il a l'imagination troublée par des lectures précoces ; sa première communion est différée. Sous l'influence de son frère aîné, entré avant lui dans les ordres, il se fait prêtre à Tâge de trente-quatre ans.

En 1817, il écrivit le premier volume de VEssai sur Vindifférence en matière de religion^ qui fit, en son genre, une sensation aussi profonde que le Génie du Christianisme, Un certain nombre de jeunes catholiques, épris de libéralisme et de poésie, se réunissaient à la Ghesnaie, autour de Lamennais ; c'étaient Montalembert,rabbé Gezbet, Maurice de Guérin. — En 1830, Lamennais fonde le journal r Avenir, dont l'épigraphe était : Dieu et liberté. Ge journal, reçu avec une grande faveur par le parti catholique, est bientôt condamné à Rome. Lacôrdaire et Montalembert se séparent alors de Lamennais ; et celui-ci d'abord se soumet (1832) ; mais la publication des Paroles d^un croyant (1834) amène sa rupture définitive avec l'Erse. — A dater de cette époque, il consacre toutes ses forces

(1) MoKtamM dboffif, !•• Cfclt. p. 416 ; t* ofBlt. p. i07S.

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et tout 80D taleikt à soutenir ouvertement les doctrines politiques et religieuses qui l'ont fait condamner : dans le Livre du pmple (1837), VEsquisse d'une philosophie (1841), etc. — Il est député à TAssembléd nationale de 1848.

Son style est à la fois oratoire et poétique. D puise, lui aussi, à la source biblique ; et il est, après Bossuet, un de ceux qui ontje^mieux senti «t reconstitué l'incomparable poésie des livres saints (1).

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