‹ Précis de littérature françaiseChapitre 227 sur 276 · VI. — Critiques contemporains · texte numérisé non relu

VI. — Critiques contemporains

F. Brunetière (1849-1907). -- En 1875, Ferdinand Brunetière donna ses premiers articles à la Revu^ des Deux-Mondes ; il en resta toujours un des principaux collaborateurs et en devint le directeur. B fut nommé en 1886 maître de conférences à l'Ëcole normale supérieure. B a Téuni ses principaux articles dans les volumes suivants : le Roman naturaêiste (1880), Études critiques (8 séries de 1881 à 1906), Histoire et JJUéror ture (3 vol., 1882-1884), VÉvolution des genres (1889), etc.

Brunetière fut d'abord un érudit d'une extraordinaire puissance de travail, û avait approfondi les sources et les textes, et il excellidt à s'assimiler, pour en faire un usage original, les travaux de la critique contem«^ poraine. B a renoncé à Vindifférence scientifique d'un Sainte-Beuve ou d'un Taine. B veut et croit devoir non seulement classer, maisju^rer. Selon lui, il y a des ouvrages bons et des ouvrages mauvais ; et, parmi ces derniers, il range ceux qui ne se proposent d'autre objet que la mesquine individualité de l'auteur, ou la reproduction servile de la nature extérieure. H

(1) Morceaux choisit, 2* cycle, p. 1152. (t) Morceaux choitit, 1» eyele, p. 522.

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combat, au nom de la morale d'abord, mais aussi au nom des lettres, la doctrine de rari pour VofX, Il a voulu appliquer aux genres littéraires le système de VéwÀvXion^ et il a montré, par exemple, comment le lyrisme, banni de la poésie au xvn* siècle, se retrouve alors dans l'éloquence d'un Bosisuet.

. Pour défendre ses idées, qu'il transforme toujours en thèses ou en plaidoyers, il était doué du plus remarquable talent oratoire (1).

Jules Lemaître (1853-1914) a réuni ses articles de la Reme, bleue^ du Journal des Débats et de la Revue des Deux-Mondes, dans les sept volumes des Contemporains, et dans les dix volumes d^ Impressions de théâtre. Il y a ajouté des séries de conférences, dont le succès fut retentissait, sur J.-J. Rousseau (1906), sur Racine (1908), sur Fénelon (1910), sur Chateaubriand (1911).

Quoiqu'il expose ses idées avec une sorte de détachement, et seulement comme des impressions personnelles, J. Lemattre est un des critiques les plus assurés de ce qu'il veut, de ce qu'il aime et de ce qu'il hait. Il veut que l'œuvré littéraire soit désintéressée, honnête, claire, et qu'elle contienne de l'humanité générale. Aussi adore-t-il les classiques. Cependant, il est d'un esprit si ouvert et si curieux, si capable de s'assimiler les formes d'art les plus dissemblables, qu'il s'est vivement intéressé au théâtre d'Ibsen, et qu'il a été des premiers à le comprendre et à l'expliquer. Ajoutons qu'il écrit dans un style aussi pur qu'élégant, propre à insinuer plutôt qu'à imposer ses jugements (2).

£m. Faguet (1847-1916) fut, comme J. Lemaître, élève de l'Ëcole normale supérieure, professeur de l'Université, critique dramatique au Journal des Débats, collaborateur de la Revue des Deux-Mondes. Il a publié dés Etudes sur le xvi«, le xvii«, le xviii* et le xix« siècles, — des Notes sur le Théâtre (3 vol., recueil de feuilletons dramatiques au journal le Soleil, 1880-1883). — des Questions de théâtre (5 vol. 1890-1898). — des études sur les Politiques et Moralistes du xix* siède (3 vol., 1894- 1900), etc.. En outre, il a donné des ouvrages de sociologie et de philosophie politique. «

M. Em. Faguet présente les grand écrivains dans leur ensemble, et chei^he à réduire en de sobres, piquantes et puissantes formules, le génie d'un Montaigne, d'un J.-J. Rousseau, xi'un Victor Hugo, d'une M"»« de 5ta61. U procède par plans : vie, idées morales (il y insiste), idées littéraires, art, style, etc. Et chacun de ces paragraphes est un cadre où l'auteur apparaît dans une de ses poses essentielles. H use volontiers d'un style concis, antithétique, suggestif au plus haut point (3).

(1) Morcemtx choisit ,!•' cycle, p. 526 ; 2* cycle, p. 1154.

(t) Marteaux choiiii, 2* cycle, p. 1176.

(8) Morceaux choitii, 1" cycle, p. 533 ; 2* cycle, p. 1169.

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VU. — Les ËerivAins sefeaUfiqnc»*

CuAm (176d-183S) a fondé la paléoatologÎA et l'anatonie eomparé^. Sa méthode, il l'a surtout exposée dans le Discours sur ies révohU%9m ie la surffice du globe, qui $ert de Préfacé aux sept volumas cU ses tUiàer^teè sur les ossements fosstles (1812-1822). U écrit d'uo style po$é. ampit, asûmé et isputenu par une imagination scientifique vraiment grandiose

Ampère (1775-1836)» cœur ex^St intelligence prodigieuse, a laissé d'admirables ouvrages scientifiques, dont le principal est, an point de vue qui nous occupe, son Essai sur la philosophie des sciences (18^1^4). Qo a publié apr^ sa mort : Joumoi et Correspondance es A.-M, Ampéru œuvre qui révèle toute la délicatesse de son ftme.

Arayo (1786-1853) est encore un de ces savants chez qui le caractère (très (Ufférent d'ailleurs de celui d*Ampère) est à la hauteur de l*iatelh« gence. U fut aussi solide professeur qu'écrivain distingué , ses cours de l'Observatoire furent célèbres, et les Biographies qu'il écrivit en qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences peuvent encore servir d9 modèles.

Claude Bernard (1813-1878) fut professeur au Collège de France, à la Sorbonne, au Muséum, et publia en 1865 son InJbtodu&ion à la Médecine expérimentalctq})! est le plus important ouvrage scientifique et philosophique de la seconde moitié du xix* siècle. La méthode qu'il y expose dépasse l'objet propre du livre ; elle peut s'appliquer à Thistoire et à la critique, comme aux sciences expérimentales (1).

Pasteui (1822-1895). — On connaît les travaux do Pasteur. Mais Pasteur est aussi un écrivain très remarquable. Dans ses rapports, dans ses discours, il a une façon claire, méthodique, simple ot émue, de présenter ses découvertes ou les idées générales de la science. Ses (étires sont particulièrement séduisantes ; elles sont d'un homme à qui rien n'est étranger, qui sait être avec candeur fils, ami, époux, p^re, et qui n'a au bout de la plume aucune de ces phrases toutes faites,. qui se substituent si aisément, même che^i les plus sincères, à la transcription directe do l'émotion. Que dire de son Oraison funèbre de Saink-Qaire DmUe^ auprès de laqudle tous les éloges de ce genre seniblani conventionnels m froids (?)?

(1) MtffveaturfiAtf^fti, S*8ycla.p»ii8t^ (S) Morctaux cAoùif, S* «yi;)«, p, liSQ,

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