II. — Le Roman historique
Le roman historique est celui dont les héros, tantôt empruntés à l'histoire, tantôt conventionnels et imaginés de toutes pièces par l'auteur, sont placés dans un cadre historique. Le décor du roman est la description d'une époque particulière, reconstituée d'après les mémoires, les chroniques, les lettres, etc. La couleur locale, comme au théâtre, y domine. C'est donc un genre essentiellement romantique, et qui nous est venu, renouvelé et mis au point, de l'Angleterre, avec Walter Scott.
Alfred de Vigny publie, en 1826, Cinq-Mars ou une Conjuration sous Louis XIIL Vigny invente, beaucoup plus qu'il ne peint ses personnages. Ce roman romantique continuera à être lu, pour son style ferme, coloré, tout ensemble pittoresque et sobre.
En 1832, Vigny donne Stello ou les Diables bleus, dans lequel l'histoire n'intervient qu'à titre d^exemples. Il s'agit, pour l'auteur, de démontrer une thèse, à savoir que le poète, ou plus généralement Vhomme de lettres est un incompris, quelle que soit la forme politique de la société où il essaye de vivre : monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république. Les trois exemples sont : Gilbert, Chatterton et André Chénier. Du second de ces épisodes, Vigny fit en 1835 un beau drame ; le troisième est le plus émouvant, mais Vigny attribue trop légèrement à Marie-Joseph Chénier un rôle odieux. — Le dernier roman d'A. de Vigny,. Grandeur et Servitude militaire (1835), est encore une t démonstration », très noble d'ailleurs, et qui fait honneur au soldat-poète. L'histoire n'y apparaît que comme fond de tableau dans les nouvelles destinées à illustrer le livre : Laurette ou le Cachet rouge, la Veillée de Vincennes, la Vie et la Mort du capitaine Renaud ou la Canne de jonc. C'est, à tous les points de vue, la meilleure œuvre en prose d'A. de Vigny.
(1) Mofctawr dMtif, l«v cycle, p. ISO.
(S) Morceaux choititt V cyel«, p. Odl.
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Victor Hugo, séduit à la fois par tous les genres, écrivit, tout jeune encore, des romans terribles^ dont la lecture fait aujourd'hui sourire : Bug-Jargal et Han d* Islande,
Son premier roman digne d'estime est Notre-Dame de Pom (1831). L'intrigue, établie 'entre des personnages violemment antithétiques, est pénible et peu intéressante en elle-même. Mais si l'invention et la pychologie de cej'oman sont très faibles, Victor Hugo prend sa revanche dans la partie descriptive, où il faut louer beaucoup moins d'ailleurs son exactitude que sa puissance d'ima^nation.
Les Misérables, commencés avant 1^50, publiés seulement en 1862, sont une réunion de romans plutôt qu'un roman (histoire du forçat Vadjean et de l'évêque Myriel, histoire de Fantine. histoire de Closette, etc.) ; et d'autre part, c'est une thèse. Hugo plaide la cause de tous ceux que la société méprise, et dont on pourrait lui imputer à elle tous les crimes. C'est, au fond, du Balzac mêlé de George Sand, et souvent ce n'est plus que de l'Eugène Sue.
Signalons encore les Travailleurs de la mer (1866), où Hugo se retrouve grand poète descriptif, mais avec une exubérance qui gâte ses plus belles visions. — En 1869, V Homme qui rit, — en 1872, Quatre-vingt-treize, sont les derniers romans de .Victor Hugo. Il y a plus de simplicité et de sobriété dans Quatre-vingt-treize, et les caractères, un peu systématiques, y forment une opposition intéressante.
En résumé, Victor Hugo, dans tous ses romans, apparaît conune un poète qui, n'étant plus discipliné par la forme du vers, ou par les limites naturelles des genres, s'épand et se répand à l'aventure. H devient le jouet et la victime de sa prodigieuse imagination.
Alexandre Dumas père (1803-1870). — Il faudrait plusieurs pages pour énumérer les romans d'Alexandre Dumas, qui, d'ailleurs, est moins un romancier qu'un prodigieux conteur (1). Son ouvrage le plus populaire est : les Trois Mousquetaires (1844), où d'Artagnan, Athos, Pprthos et Aramis représentent, d'une façon assez sommaire mais assez juste, quatre tempéraments différents. — Dans Vingt Ans après (1845), Dumas nous promène avec les mêmes personnages, en Angleterre, où nous assistons à la mort de Charles I^'; puis il nous ramène à Paris, en pleine Fronde. — Le succès des Mousquetaires n'étant pas encore épuisé, Dumas en tire le Vicomte de Bragelonne (1847). — Citons encore MorUe-Christo (1845), le Chevalier de Maison-Rouge (1848), etc.
n faut aussi rattacher au roman histonque le CapUaine Fracasse, de Théophile Gautier (1863), histoire d'une troupe de comédiens de province. L'ouvrage vaut surtout par de célèbres descriptions : le château de la misère, etc.
(1) Morceaux choitii, !•' cyela, p. 553 ; f« eydt, p. 1S87.
D'aprti St porlratl pttnl pat LftuU Bm^angtr (1806-1807).
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Le Roman-feuilleton. — C'est vers 1840 ^e les journaux commencent à pu})lier par fragments quotidiens de grands romans, plus ou moins historiques, fantaisistes, socialistes et moraux. Jusqu*dors le feuiUeton du journal, ou « rez-de-chaussée » de la première feuille, était réservé à la critique dramatique, aux variétés littéraires, aux éphémérides, aux jeux d'esprit et charades, etc. En 1841, le Journal des Débats tenta le premier de donner un roman découpé en feuilletons : ce fut un ouvrage de Frédéric SouLiÉ, les Mémoires du diable ; — en 1842, parurent dans le même journal les Mystères de Panst d'Eugène Sue.