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III. — Le noman réaliste et naturaliste

A la poésie, aux utopies, à la fausse couleur locale, à la psycbologrie lyrique ou absurde du roman historique, devaient s'opposer la simplicité voulue, l'exactitude minutieuse, le pessimisime scientiûque du roman réaliste.

Stendhal (1783-1842). — Ce pseudonyme désigne Henry Beyle, fils d'un avocat au Parlement de Grenoble, successivement soldat, auditeur au Conseil d'État, consul de France à Civita Vecchia, etc. Stendhal était doué d'un sens d'observation très aigu. U sut regarder et pénétrer les hommes, et son réalisme est tout psychologique. C'est à démêler et à noter les secrets motifs de nos actions qu'il s'applique ; il en saisit les nuances avec une sûreté qui fait l'admiration des philosophes.

C'est en 1831 qu'il donne son premier roman, le Rouge et le Noir,^ chronique de 1830. Le titre en est énigmatique, et paraît désigner la lutte ou le conflit entre l'esprit révolutionnaire et militaire (le rouge), et l'esprit ecclésiastique (le noir). Le héros du roman, Julien Sorel, est fils d'un paysan, charpentier de son état. L'enfant a été élevé pour devenir prêtre ; mais sa vocation n'a rien de réel ; il est ambitieux, et par le noir il espère arriver au rouge. L'analyse minutieuse des caractères, en un style ferme et précis, ironique et cruel dans sa froideur, fait tout le prix de ce roman, dont l'intrigue est peu cohérente.

En 1839, parait la Chartreuse de Parme, dont l'action se passe dans cette Italie qui était devenue la patrie d'adoption de Stendhad. C'est la peinture d'une petite cour italienne en 1815. Le héros, Fabrice^ va plutôt cette fois du rouge au noir, car il commence par être soldat, et il assiste à la bataille de Waterloo (1) ; puis il revient en Italie, se mêle à toutes sortes d'intrigues et de plaisirs, et finit par entrer dans les- ordres.

Stendhal avait écrit : « J'aurai du succès vers 1880. » Il ne s'est pas trompé, et il a eu une grande influence sur le roman et sur la critique de la fin du siècle.

(i) Morctaux choitit.V cycle, p. 1S99.

ROMAN 39d

Honoré de Balzac (1799-1850). — Laissons de côté ses nombreux romans de début, pour ne nous occuper que de la série considéraUe composée en 1829 à 1850, qu'il a intitulée lui-même : la Comédie humaine^ et qu'il a subdivisée en Scènes de la vie privée^ Scènes de la vie de province^ Scènes de la vie parisienney Études philosophiques, etc. Les œuvres les plus remarquables sont : Eugénie Grandet, le Lys dans la vallée, le Père Goriot, le Cousin Pons, les Paysans, la Peau de chagrin, la Recherche de Vabsolu. Bien que ces romans ne soient pas les épisodes d'une seule histoire, Balzac y fait cependant revenir souvent les mêmes types. Parmi ses plus belles créations, il faut citer Grandet, l'avare; le cousin Pons, le collectionneur fanatique ; Goriot, type renouvelé du père faible qui s'est dépouillé de tout pour ses enfants, et qui meurt sur un grabat t César Birotteau, parfiûneur, type du grand négociant de 1840 ; l'illustre Gaudissart, le commis voyageur ; Balthazar Qaës, llnventeur ; M^^ de Mortsauf, la femme héroique ; W^^ de Nucingen, la grande dame vaniteuse et dépensière..., etc. (1). /

Tous ces personnages,Balzacsemblelesavoirvus,dans leur milieu propre, hôtel princier ou bouge infect, boulevard mondain ou ruelle sinistre, avec leur costume, leurs gestes ; ce n'est même pas du portrait, c'est de la photographie animée et colorée. D les a entendus parler, chacun avec son style, ce style, qui est « de l'homme même », ses locutions et images caractéristiques, son accent provincial ou étranger. B nous reste, de la lecture de ses romans, le souvenir précis et comme l'obsession d'un certain nombre d'individus avec lesquels nous avons vécu ; et nous ne les oublierons pas.

Quand Balzac décrit, analyse, ou fait parler, il est excellent écrivain i on voit, on entend, ce n'est pas du Balzac, c'est la vie. Où il est moins bon, c'est lorsqu'il développe ses idées sociales, morales, littéraîrés, eo son propre nom. Alors il s'embarrasse, il reste pris dans ses phrases, fl fait de l'esprit ou de l'éloquence.

Mérimée (1803-1870). — À l'œuvre grandiose et touffue de Balzac, il faut opposer celle de Mérimée, qui se distingue, en plein romantisme, par une recherche excessive de la concision et de la froide réalité. Prosper Mérimée commença par mystifier les romantiques en publiant son Théâtre de Clara Gœsul (1825), et la Guzla, prétendu choix de poésies iUyriques (1827). n avait ensuite c travaillé » dans le genre du roman historique à la Vigny, et donné sa Chronique du règne de Charles IX (1829), qui n'est pas le meilleur de ses ouvrages. Puis il publie (de 1829 à 1840), à la Revue des Deux-Mondes et à la Revue de Paris, une série de nouvdles dont les plus célèbres sont : VEnièvement de la redouté^ la ParHê de trieitaCt

II) Menmu» rhniâia. «'» <<w»»»» p Vtl % f» eynU p. fY>1

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I0 VéMu érnUf Matteo Faieone. On peut considérer aussi comme des ffOMveiles, mais de plus longue haleine, Cohmba (1840) et Carmen (1847) (1).

Colomba réunit toutes les qualités de précision et de sobriété de Mérimée avec quelque chose de plus, que cet écrivain obtient rarement, parce qu'A révite de parti pris : un certain degré de chaleur et de passion, qui sort du sujet lui-même. C'est une histoire de vendetta corse. Ce court roman est un véritable chef-d'œuvre de composition, d'analyse morale et de style .

Gustave Flaubert (1821-1880). — Madaime Bovary , publiée dans Ui Remte de Paris en 1857, est l'histoire très simple et très navrante d'une femme incomprise, sentimentale et criminelle, qui finit par s empoisonner. Tous les personnages appartiennent à ce réalisme bourgeois qui a par lui-même peu de relief, mais qui s'édaire, chez Flaubert, d'une puissante •psychologie (2).

Flaubert, qui s'était montré réaliste absolu dans Madanhé Bovary, écrivit ensuite un roman historique, archéologique et exotique, Salammbô (1862). Le cadre, magnifique, est formé par la (3arthage des guerres puniques et par le pays environnant, où se déroule la révàte des m«cenaires d'Hamilcar. Ce roman, d'une intense et éblouissante eicactitude archéologique, enchante d'abord, et fatigue vite (3). Danslegeafe descriptif et romantique, Flaubert a encore donné La TeniaHon de Saùii- Antoine (1874), — et dans le genre réaliste : VEéucaiion Senêîmenr Ude (1869) et Boavard et Pécuchet (1881).

Flaubert vivra surtout comme grand écrivain, au sens technique du mot. n a laborieusement construit d'impeccables phrases.

Alphonse Daudet 1840-1897) est aussi un réaliste ; mais il a l'imagination romanesqise et il crée d'amusantes intrigues. Son œil, contrairement à celui de Flaubert, aperçoit de préférence le pittoresque, la couleur, la vibration des lumières, les silhouettes originales ; et surtout il possède à la fois une exquise sensibilité et un esprit vif et (Equant. Ce sont des chefs-d'œuvre d'observation et de poésie que U Petit Chose (1868), Jack (1876), le Nabab (1879). Daudet a créé le type de Tartarin^ dont Numa Roumestan (1880) est l'héritier. Nul n'a su, comme lui, en&rmer dans de courtes nouvelles, un tableau, une situation, un sei^imeni ; il a donné à la prose l'édat et la solidité de la poésie, dans ces riens qui s'in« titulent : la Chèvre de M. Seguin, les Vieux, le Sous-Préfa autt dmmps, l'Elixir du P. Gaucher. Il est moins réaliste qu'inipraifieiUMfti. Q'ert notre Dickens (4).

(1) Morceaux ehoiiit, !•< eyel«, p. 549| 1« eyeto, p. iSlO^ (S) Morceaux choititt 2* cycle, p. 1390. (S) Morceaux ehoitit, !•« cycle, p. 563 ; !• cycle, p. iSSB. (4) MoretcMc dboMi, i** «yek» p. 676 1 1* «yele, p. iKfj

ROMAN AOï

Émila Zola (1840-1902), — Dans sds meillenn romans : V Assommoir (1877), Germinal (1885), Zola est un artiste d'un talent vigoureux et brutal. S'il n'avait, comme Rabelais, « semé l'ordure dans ses écrits », on serait plus à l'aise pour louer la poésie vraiment saisissante en son robuste épanouissement, qui anime telle page de son œuvre. Ce naturaliste a Jià visions de romantique. La grève de Germinal, Vacddent de chemin de fer delà BUte humaine^ la duxrge de cavalerie, de la DébâcleylA procession de Lourdes, unissent à la précision des détails une rare puissance de mouvement et de la vie.

Guy de Maupassant (1850-1893) est rem^quable par un don d'observation qui en foit l'égal de Flaubert, et par un style plus souple et plus ferme. Mais il est amoral jusqu'à l'inconscience, et il gâte ses meilleurs livres par un cynisme froid, indigne de son grand talent. Ses principaux romans sont : Pierre et Jean (1888), Fort comme la mort (1889). â a publié, en outre, une grande quantité de nouvelles.

rV. — Le Roman idéaliste et psyeliologiqae*

George Sand (1804-1876). — Geoigu Sand est le pseudonyme de Ludlo- Aurore Dupin. Elle passa la plus grande partie de son enfonce à Nohant, dans le Berry, qu'elle devait si bien chanter plus tard; elle joua avec les petits paysans ; elle eut à Nohant, comme Chateaubriand à Gombourg, ses heures de rêverie et de désespoir. Elle fit son premier livre. Rose et Blanche, en collaboration avec Jules Sandeau. En 1831, elle publia, en le signant du nom de George Sand, Indiana.

D faut distinguer quatre périodes dans la production de George Sand : — 10 De 1831 à 1840 environ, elle fit des romans romanesques et romantiques, où la passion est en lutte avec les lois et les préjugés : Indiana (1831), Valentine (1832), Ulia (1834), Mauprat (1837), etc. — 2© De 1840 à 1845 environ, c'est la période des romans socialistes et mystiques, écrits sous l'influence des idées de Lamennais et de Pierre Leroux : Spiridion (1840), le Compagrum du Tour de France (1 840), Consuelo (1842), '

le Meunier d^AngibauU (1845), etc. C'est la partie de son œuvre la plus démodée. — 3^ Les romans champêtres. Déjà, en 1844, George Sand ^

avait publié François Le Champi, Elle donna ensuite : la Mare au diable (1848), la Petite Fadette (1848), ks MaUres Sonneurs (1852). Elle aime la nature, sait la voir et la décrire, et elle a deviné la poésie souvent exquise qui se cache dans le cœur du paysan. — 4o Enfin, Geoige Sand revint au roman romanesque et mondain, mais allégé des théories passionuelles et féministes qui caractérisaient ses premiers ouvrages. Elle publia alora Us Beaux Messimm de Bois-Doré ^1858;, le Marquis de VtUemer (1800),

,402 DIX-NBUVIÊMB SiftCLB, ,f

des CmXm^ et sa biographie un peu complaisante. Histoire de ma vie (1). Nommons encore Octave Feuillet^ Jtdes Sandeau, André Theuriet,

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