‹ Précis de littérature françaiseChapitre 29 sur 276 · I. — Les Fables · texte numérisé non relu

I. — Les Fables

Les fables au moyen âge. — Le moyen âge a manifesté un goût tout pardculior pour Tapologue 11 cherchait, en effet, dans les ouvrages de Pantiquité, des levons de morale pratique ; et Tapologu?, entre tous lea genres, lui ofrait la plus riche moisson d exemples.

Le premier recueil de fables écrites en français et en vers est celai de Marie de France, qui, au xii* siècle, traduisit un Bomulus anglais attribué au roi Alfred Ce recueil perte ie titre d'Ysopet (dérivé du mot Ésope), On possède plusieurs autres Ysopets.

En dehors des fables transmises par 1 antiquité, il en circulait une feule dans la tradition populaire.

] l. — Le Hoinan de iteuart.

Les sourees du Roman de Renart. — Les contes d'animaux, auxquels vinrent se joindre, en se débarrassant de leur morale, un certain nombre de fables ésopiques, formèrent par leur agglomération, probablement au xir siècle, une sorte d'épopée animale, o La grande innovation, dit Gaston Paris, est d'avoir individualisé les héros de ces récits et de leur avoir donne des noms propres. Autour de ces personnages, tous les épisodes se réunissent en un seul récit vraiment épique, qui va des premières querelles des deux compères à la mort d'Isengrin ouàla victoire de Renart.»

Les différentes branches du Roman de Renart. — Nous avons en français une série de branches composant Tensemble vulgairement appelé le Roman de Renart,

Ces multiples branches françaises peuvent se grouper en deux cycles : 10 le cycle primitif (xii« et Xîii® siècles), comprenant 30 à 40 branches, d'un total de 34.000 vers. Pierre de Saint-Cloud doit être Pauteur des deux premières ; 2^ au xiv* siècle, on a Renart le Nouvel (dont Pauteur est Jakemars Giélée), et Renart le Contrefait (c'est-à-dire refait d'après Pancion poème), et qui compte 50.000 vers. A la fin du xiV' siècle, Eustache De ch imps y a ajouté un dernier poème de 3.000 vers. — Le tout di'pas. e lOO.O'K) vers.

Les penonnageB. — Les principaux héros de cette « ample comédie & cent actes divers •, h^s qui, à travers les différentes bVanches, restent toujours conformes à eux-mcmS^, sont : le goupil (latin viUpeculum) sur* nommé RenarU nom propre devenu si célèbre que, de très bonne heure, on a délaissé le mot goupil, pour désigner exclusivement l'animal par son sobriquet ; le loup, Isengrin ; la goupille, Ripheut ou Hermdme ; la louve^ Hersent ; Tours, Bruno ; Tâne, Bernard ; le blaireau, OrimbeH ; le chat, Tihert ; le corbeau, Tiécelin ; le moineau, Brouin ; etc. Ce sont là noms propres désignant l'animal, non pas d'après un de ses caractères naturels, mais comme une personne. Tous les noms de ce premier groupe sont d'ongine germanique.

Un second groupe porte des noms français et symboliques, tirés de la nature ou du physique des animaux : le lion. Noble ; la lionne, Fhhre oa Orgueilleuse ; le coq, Chanlecler ; le lièvre, Couart ; le taureau, Bruiant ; le mouton, Bdin ; le rat, Pdé ; le limaçon, Tardif ; les poules, Blantf '««, Notre, Roussotte ; etc.

Analyse de « Renaît ». — Renart s'en prend d*abord à des animaux plus faibles que lui, mais U est dupé : Tiécelin, le corbeau, abaiwl4»nne le fromage qu'il tenait eutre ses pattes, mais échappe lui-même à une nouvelle ruse du goupil (1) ; Tibert, le chat, fait tomber Renart dans un piège où celui-ci comptait le prendre.

L'e«pfi< du roman est bien la revanche des petits sur les puissants ; car si Renart est vaincu par le corbeau et par le chat, il va triompher lui-même du loup, de l'ours^ du lion, etc.

Les principaux épisodes de la lutte entre Renart et Isengrin sont les suivants : — Renart apercevant une charrette chargée de poissons, en particulier d'anguilles, se couche au bord de la route et contrefait le mort ; le conducteur de la charrette le ramasse pour vendre sa peau, et le dépose sîir les paniers. Renart, tout doucement, se passe au cou plusieurs œlliera d'anguilles, sauteàterre,ets'enfuit(l).—. Pendant que Renart fait rôtir ses anguilles en son chftteau àeMaupertuis {pertuis signifie trou: cf. perluisane)f Isengrin vient à passer ; le parfum du rôti le grise, et il demande à Renart de quelle façon il a pu se procurer un mets si excellent. C'est alors que Renart l'emmenant, le soir, sur un étang glacé, lui dit de laisser pendre sa queue dans Teau, à travers un trou de la glace ; à la queue d'Isengrin , Renart a attaché un^ seau, où les poissons doivent s^entasser ; quand le loup sentira que le seau est devenu très lourd, il n'aura qu'à tirer à lui. Bientôt Isengrin ne peut plus faire un mouvement, car il est pris dans la glace. Arrivent des chiens et des chasseurs ; un de ceuxci, qui veut tuer le loup, dirige maladroitement son arme ; la queue d'Isengrin est ^upée au ras de la glace, et le malheureux s'échappe. — Renart est au fond d'un %uits et ne sait comment en sortir ; arrive Isengrin, auquel Renart persuade de se (placer dans l'autre seau pour venir le rejoindre en paradis ; le poids d'Isengrin fait remonter Renart, et le loup reste à senteur au fond du puits, d'où il n'est tiré que pour être à demi assommé.

Le Jugement de Benart est peut-être la partie la plus célèbre de tout cet ensemble^

(I) Morceaux choùii, 1*' cycle, p. 2Q.

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36 LE MOYBN AGE

Noble tient cour plénière. Arrive un cortège composé de Chantecler et do sas poules. Pinte, Blanche, Noire et Roussette, qui escortent le cadavre d*une autre i>ouIe, Coupée, fraîchement tuée par Renart. Les plaintes de dame Pinte et de Chantecler, la colère de Noble, rensevelissement de danie Coupée, sont d'admirables parodies des discours et des procédés des chansons de geste: c'est là que VesprU gatdois ou bourgeois se manifeste de la façon la plus piquante (1). On envoie chercher Renart par Bruno, puis par Tibert. Ceux-ci tombent dans les pièges que leur tend le goupil. et reviennent tout ensanglantée rendre compte au roi do leur vaine mission. Enfin, Renart, payant d'audace, se présente. Il confesse humblement ses fautes et demande, pour les expier, à faire un pèlerinage sn Terre Ssdnte (2).

Le premier groupe, ou le premier cycle de Renurt, s'achève par le Ck>iiroiixiement de lUnart. Là, Renart est entré dans un couvent de Jacobins. Vêtu en moine, il va prédire à Noble sa fin prochaine, et lui fait sentir la nécessité de désigner son successeur. Noble, dans sa confession, avoue que Renart seul est capable de porter la couronne. Renart est enfin couronné ; il persécute les faibles et flatte les puissants.

Au XTV* siècle, les suites de Renart seront, de plus en plus, animées d'un esprit de raillerie systématique et virulente. Cet esprit se donne libre carrière dans Renart le Ncavean, et dans B nart le Contrefait, poème immense, décousu, et qui doit son succès aux allusions malignes et au pédantismé dont il est plein. Mais Renart y personnifie d'autant mieux l'esprit d'habileté, de fourberie, de résistance aux autorités, de libertinage dans tous les sens du mot; il annonce Pathelin, Panurge et Figaro.

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