I. — La poésie Ijrrique aux XII® et XIII® siècles
Les genres d'origine française. — Il faut signaler tout d'abord plusieurs genres qui semblent s'être développés dans la région françatse^BKm aucune
iilflnence méridionale, ou qui, du moins, étaient entièrement constitués avant que cette influence les ait altérés.
La chanson d^histoire a un caractère narratif ; on peut la comparer à nos romanuê modernes, qui exposent, nouent et dénouent un petit drame, en plusieurs strophes terminées chacune par le même refrain. — On appelle aussi ces chansons d'histoire éhanaons de toile^ parce que les femmes les chantaient en âlant ou en tissant. Signalons comme type : Délie Doette (1). — Vaube (ou chanson du point du jour, àlba) a pour thème ordinaire la séparation au cha* t de l'alouette. — Le rondeau est une chanson à danser, non divisée en strophes, mais dont on répète deux fois la partie, initiale, comme dans le triolet. — Le lai (ne pas confondre avec le lai narratif, cf. p. 24) est une chanson, à strophes dissemblables, sur un sujet d'amour. — Le otreZt (devenu vireZat) est plutôt an log e &m rondeau. — La pastoureUe^ dont le thème ordinaire so trouve développé dans la pièce célèbre d'Adam de la Halle, Robin et Marion, — La chanson de croisade se présente sous trois formes : tantôt c'est une chanson de guerre, à refrain, exhortation lyrique à combattre les infidèles ; tantôt une chanson d'amour, plainte d'une femme ou d'une fiaûcée, dont le chevalier est à la croisade ; parfois, enfin, c'est un chevalier qui regrette la dame laissée au pays (2).
Les genres d'origine provençale. — Une poésie lyrique plus savante et plus rafFuiée s'était développée, dès la fin du xi* siècle, dans le Midi de la France. Le centre en était à Toulouse, dont les comtes étaient protecteurs du gai savoir ^Qt souvent poètes eux-mêmes. La guerre des Albigeois vint brusquement ruiner cette civilisation brillante.
Los genres propres au Midi étaient :
Le sàlui d'amour^ sorte d'épître, sans règles fixes. — La tençon, dispute entre deux poètes sur une question galante, dont une variété est le jeu-parti. — La sirvente, chanso ^ satirique ou guerrière. — La ballade, en trois couplets suivis d'un refrain, plus un envoi. — La chanson courtoise, dans laquelle le poète exprime ses propres sei.timents, composée de trois couplets, dont deux seulement dins la même forme. — La sotte chanson, parodie de la précédente.
Pans toutes ces poésies se retrouve Vamour courtois^ sentiment conventionnel que nous avons déjà signalé dans les romans de la Table ronde Le poète chante son amour, discret et patient, pour une dame qui accepte cet hommage mais avec une fierté toujours en éveil, et qui exige du soupirant tous les sacrifices. Cet amour est considéré comme la source de toutes les vertus, il ne peut s'adresser qu'à un objet digne de lui.
Or la poésie provençale, dès la seconde moitié du xii® siècle, exerça une très profonde influence sur la poésie du Nord, grâce surtout à Marie de Champagne, fille d'Aliéner de Guienne.
Principaux poètes lyriques. — Les Troubadours. -> Nommons d'abord quelques
(1) Morceaux choisie, 2« cycle, p 57.
(S) Morceaux choîM, J*' cycle, p. 24.
POÉSIE LYniguE 41
troubadours, pooi ia plupart plus anciens que^ nos trouvères : Guiîlctume f X, e mte de Poitiers et duo d'Aquitaine (mort en 1127) ; — Jofroy Rudel, prince de Blaye ; — Bernard de Ventadour, qui prit le nom de son protecteur, le vicomte de Ventadour. Il passait au xn<> siècle pour le premier des troubadours. — Cependant on connaît mieux Bertrand de Bom (1145-1215), seigneur de Hautefort en Limousin, qui célébra Tamour et la guerre.
Les Trouvères. — Parmi les trouvères du Nord, il faut retenir les noms suivants : Vonon de Béthune (*{* 1220) fréquenta la cour de Champagne, et fit partie du ^oupe de poètes courtois inspirés par Marie, fille d'Aliônor. — Oui 11^ châtelain de Coud (*f-1204), compagnon d'armes de Conon dans, la quatrième croisade, a moins de force et plus de grâce. — Blonde! de NesU (fin du xii* siècle) est celui dont la Jégende a fait le fidèle ami de Richard Cœur-de-Lion. — Gace BruU (*{* commencement du xin« siècle), chevalier champenois, a de Télégance et d'heureux rythmes ; — Thibaut IV de Champagne (*f*12ô3) est aussi célèbre par ses exploits que par ses vers. D prit part à la croisade contre les Albigeois, à la coalition de la noblesse contre Blanche de Castille, régente pendant la minorité de Louis IX. Celle-ci, d'un regard, avait obtenu sa soumission ; et Thibaut la chanta dans des vers d'une délicatesse courtoise jusqu'à la préciosité. Il fit également des chansons de croisade^ des iençona, des pastourelles. — Rutebeuft déjà étudié, prend rang parmi les poètes lyriques u xm^ siècle par un granl nombre de fièces d'un accent personnel, et qui font de lui, nous l'avons dit, un ancêtre direct de Villon . — Colin Muset (fin du xni« siècle) est le type du pauvre trouvère, obligé de faire appel à la générosité de ses pri^tecteurs ; par sa situation comme par la grâce aimable et spirituelle de ses chansons, il est comparable à Marot (1).
Au début du xrv^ siècle, le règne de ia poésie courtoise semble passé ; déjà Rutebeuf et Colin Muset, Tun par sa verve et par sa gravité, l'autre par sa grâce facile et sa clarté, tous deux par leur inspiration plus personnelle et plus franche, marquent la transition