I. — Le lyrisme au XIV* et au XV* siècle
Nous avons dit que le vrai moyen âge s'achève à la (in du xiii" siècle. Les poètes que nous allons nommer appartiennent à cette période intermédiaire, difficile à définir, qui s'étend entre l'avènement des Valois et les débuts de la Renaissance (1328 à 1500 environ).
Eustache Deschamps (1345-1405) occupa d'importantes fonctions à la cour. Il connut tous les grands hommes d'une des périodes les plus agitées de notre histoire : Charles V, Charles VI, Du Guesclin, le duc Louis d'Orléans ; il vit de près la guerre anglaise et l'insurrection parisienne. Aussi, dans son œuvre immense (de 80.000 vers), les pièces les plus intéressantes sont-elles les poésies historiques. La plus célèbre est la ballade Sur le trépas de Bertrarîd Du Guesclin {2). Il a composé également un grand
|1) Moruaux cJb«tm. t* cycl«, p. 59. (t) Moff ^UT LKoiiiâ V cycle, p. 6S.
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nombre de poésies satiriques et morales, où il attaque, à la façon de Rutebeuf, l'Ëijflise, TÉtat, les ^lanciers. On a de lui des ballades spirituelles (k Chat etla Souris) (i).
Poètes lyriques du XV '^ siècle. — Nous rencontrons d'abord Christine de Pisan (1363-1431). Fille de Thomas de Pisan, astrologue et médecin de Charles V, elle était née à BologTie. Sa principale œuvre poétique est It Poème de la Pucelie (Jeanne d'Arc). Cependant elle doit surtout sa réputation à de petites pièces, des dits morcAix^ écrits en forme de ballades, de rondeaux, etc. e1 au Lijre des faits et bonnes mceurs du roi Charles K, qui la classe parmi les historiens.
Alain Chartier (1386-1449) était frère de Guillaume Ghartier, évêque de Paris (f 1472). n entra à la cour comme secrétaire du Dauphin (plus tard Charles VII). Ses poésies, très nombreuses, sont dans le genre allégorique et leur prodigieux succès est fait pour nous étonner. On peut citer en particulier : le Livre des quatre dames (sorte de débat à la fois courtois et patriotique sur la bataille d'Azincourt). — Son meilleur ouvrage en prose est le Curial, satire puissante de Thomme de coun — Ses contemporains l'avaient surnommé le Pè'e (fe 2 V/oguence française. On raconte que Marguerite d'Ecosse, dauphine de France, déposa un baiser sur le front du vieux poète endormi.
Charles d'Orléans (1391-1465). — Fils de Louis d'Oriéans et de Valen* tine de Milan père de Louis XII, Charles fut mêlé dans sa jeunesse aux plus terribles catastrophes. Pris à Azincourt (1415), il fut mené en Angleterre, où il subit, pendant vingt-cinq ans, une stricte captivité. Délivré en 1440, il se retira à Blois, où il se composa une cour aimable et spirituelle. Le manu&crit de ses poésies ne fut retrouvé et publié qu'en 1734.
Avec Charles d'Orléans, nous revenons à la poésie courtoise d'un Thibaut de Champagne. Mais Charles d'Orléans y introduit une grâce nouvelle une discrétion mélancolique, une préciosité mondaine, qui font songer à Marot, à Voiture et aux poètes du xyiii® siècle (2).