‹ Précis de littérature françaiseChapitre 59 sur 276 · III. — Le nouvel esprit littéraire · texte numérisé non relu

III. — Le nouvel esprit littéraire

L'Humanisme. — Le moyen âge français nlgnorait pas l'antiquité ; mais il l'avait ou mal comprise, ou mal étudiée. H lui manquait le sens historique.

Les Italiens, avec Pétrarque, pratiquèrent, dès le xiv* siècle, Vhumanisme, c'est-à-dire l'étude désintéressée, en même temps que critique et esthéfiqucy de l'antiquité. Vhumaniste^ dont Pétrarque est le type, est à la fois érudit et artiste. Il sait lire un manuscrit ; préparer une édition

une certaine date, sans se préoccuper d'une thèse à soutenir. Enfin, il est sensible à la beauté de la forme.

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A Rotterdam, Érasme (1467-1536), esprit libre, trarailleur in&tigable^ exerça à son tour une influence intellectuelle analogue à celle de Pétrarque. D entretenait une correspondance ininterrompue avec tous les savants et tous les érudits de l'Europ^. Et il se forme alors une sorte de r^^bliquê des lettres, où, par delà les frontières, et grâce à cette langue universelle et internationale qu*étaît le latin, tous les esprits supérieurs fraternisaient.

L'Humanisme en France. — L'humanisme devait se propager très vite en France, où le goût des choses littéraires et de la psychologie était inné. Mais les érudits étaient suspects à la Sorbonne, et c'est pour les grouper et pour leur permettre d'exercer une influence par l'enseignement, que François I«' fonda, sur le conseil de Budé, le Collège Royal, devenu plus tard Collège de France (1529). Les noms de Vatabley TWnéfre, Lambin, Ba$nus, etc., représentent alors le grand effort vers l'humanisme, encouragé par le Roi, en dépit de la Sorbonne. — Ce mouvement, d'ailleurs, se propageait très vite par Timprimerie, par les traductions, par la fabrication d'admirables instruments de travail, comme le Thesawrus lingua latin» de Robert Estienne et le Thésaurus lingtus grsecœ (THenri Estienne.

L'enseignement. — On verra, par les critiques de Rabelais contre les sorboniqueurs et contre les pédants, qu'il y eut au xvi* siècle une véritable crise de l'enseignement. Les Universités ont perdu leur prestige. La seolastique n'est plus qu'une machine qui tourne à vide. Mais il n'est pas de réformes plus lentes que celles de la pédagogie. Le latin doit rester encore presque exclusivement, pendant deux siècles, le fond de l'enseignement. Du moins commence-t-on à abandonner les compilations indigestes, raillées par Rabelais, pour étudier directement les textes.

La littérature. — Entraîné par ce mouvement d'idées, le goût littéraire a changé. Le moyen âge ne s'intéressait guère qu'au fond, aventures, morale, satire. De là son dédain pour le style ; de là, souvent, son impuissance à fixer un sujet, si heureux qu'il fût, et qui pouvait ainsi toujours passer d'une forme provisoire à une autre non moins éphémère. Au xvi* siècle, la pratique des anciens apprend la valeur du style. Delà, dans une certaine mesure, cette crise de formalisme ridicule que subit d'abord la poésie avec les grands rhâoriqueurs. Puis, les exagérations s'atténuent ; on voit un Marot donner à des riens ce tour élégant et précis qui en assure la durée ; on voit surtout Ronsard demander aux anciens et aux Italiens un style, et même une langue, tant il sent que la forme de l'œuvre d'art doit être solide et précieuse pour résister au temps. La prose, de son côté, se dégsjge du latin, clarifie son vocabulaire, régularise sa syntaxe, et vise à l'éloquence ou àl'esprit. On sent désormais que l'écrivain, quel qu'il soit, tient à ce que son œuvre, telle qu'il l'a conçue et écrite, passe à la postÔ*' rite sous son nom.

t'4BLBAU GÉNÉRAL DU XVI« SIÈCLE 77

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