IV. «^ Les classes sociales
La cour. — C'est de François I^' que date réellement l'institution de la cour. Ce roi fut le premier qui groupa en un même centre toute la nobl6sse,'et qui créa la, vie de cour et le courtisan, La hiérarchie, l'étiquette, se substituèrent aux relations plus simples des règnes précédents.
Dans cette cour, il se forme un goût de convention. Le poète, pour plaire à la cour, se fera poèie-courtisan. Marot et Mellin de Saint-Gelais sauront comment on dit finement et galamment les choses, quand on parle au Roi ou aux damos. Ronsard, qui commence par protester contre la poésie de cour, se plie à son goût nouveau d'italianisme, et « pétrarquise ». D'ailleurs, François I^' sent tout le prix de Marot, qu'il arrache plusieurs fois à ses persécuteurs. Henri II applaudit la première tragédie de Jodelle, et prend Amyot pour précepteur de ses fils. Charles IX protège et encourage Ronsard. Henri III goûte Montaigne.
L'aristocratie. — Ainsi centralisée et disciplinée par la cour, l'aristocratie a moins de caractère et d'indépendance qu'au moyen âge. Elle se plaît surtout aux fêtes, aux réceptions. Mais c'est un honneur, pour ces riches seigneurs, de jouer aux Mécènes. Ils protègent et pensionnent des poètes ; ils leur font composer des mascarades, des madrigaux et des étrennes ; ils acceptent des dédicaces qui flattent leur vanité.
Le cleôrgé. — L'Eglise, un moment ébranlée par la Réforme, avait senti le besoin de se réformer elle-même. C'est à quoi travailla le Concise de Trente^ qui dura de 1545 à 1563, et d'où l'Eglise sortit, au point de vue de la hiérarchie et de la discipline, réorganisée et plus forte. D'autre part, de nombreux ordres religieux s'étaient créés. Le plus célèbre de ces ordres fut celui des J^tte^, fondé en 1534 par Ignace de Loyola. Au point de vue qui nous occupe, il faut surtout signaler, à Paris et en province, les nombreux collèges des Jésuites^ bientôt fréquentés par les enfants de la noblesse et de la haute bourgeoisie, que les jésuites cherchèrent surtout à rendre humanistes. — Le haut clergé prit l'habitude de fréquenter la cour et l'on vit beaucoup de cardinaux et d'évêqaes se faire les protecteurs des poètes et des érudits, et consacrer une large part de leurs revenus à pensionner des gens de lettres ou des savants.
La bourgeoisie et le peuple. — Au xvi* siècle, la grande bourgeoisie est formée de magistrats, d'avocats, de médecins, de savants. Elle remplit les Parlements, les tribunaux, les différents Conseils, la Cour des comptefr« la Cour des aides. Tous les emplois, sauf les hauts grades militaires, lui étaient accessibles. Et comme elle était travailleuse, patiente, ambitieuse;, elle les envahissait tous. Elle forme, dès cette époque, la partie vraiment solide et sérieuse de la nation. D faut tenir le plus grand compte de ce public moyen. On peut même dire que la bourgeoisie finit par faire dominer «zclusivement son goût mesuré, raisonnable, moins déformé par l'abu»
n SEIZIÈME SIÈCLE
de l'antiquité et HnAuence des littératures étrangères. Ronsard ne dut pas lui plaire ; mais elle put se reconnaître en Malherbe.