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III. — Les classes sociales

Quel était, au moyen âge, l'état de ces classes sociales qui fournissent à la littérature du moyen âge des modèles, des auditeurs, et plus tard des lecteurs?

10 L'Eglise et le clergé. — Si l'on examine l'Ëglise dans ses rapports avec la société, on devra en tenir le plus grand compte, parce que Vesprit public est toujours ou inspiré par elle, ou en réaction contre elle.

Pendant la période barbare du moyen âge, le clergé avait seul représenté l'autorité morale, et les couvents étaient les asiles respectés où se conservaient les traditions et les textes : les chevaliers faisaient la guerre ; les bourgeois s'occupaient de leurs intérêts matériels ; le peuple était illettré.

Le clergé séculier, évêques, curés, etc., se trouvait, beaucoup plus que de DOS jours, en contact quotidien avec tous les chrétiens. La vie sociale était en quelque sorte rythmée par la religion.

D'un autre côté, les moines (le clergé régulier), par leurs missions, leurs

Prédications, leurs travaux d'agriculture, d'architecture, de peinture, 'enseignement, d'érudition, agissent aussi sur la société. Gomment la poésie narrative et satirique représente-t-elle le clergé ? D'une façon générale, les chansons de geste ne parlent qu'avec révérence du pape, des évêques, des moines et c^es clercs, parce qu'elles ont à consi-

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dérer leur rôle dans des circonstances tragiques et soleimeiles, en particulier dans la mort. C'est surtout dans la littérature bourgeoise, narrative ou dramatique, que s'étale la satire contre le clergé et les moines {Roman de Renarty Roman de la Rose, fabliaux, farces^

D nous semble singulier que le clergés aJors si puissant, ait toléré, jusqueàansles fêtes qu'il organisait, ces satires dont la violence nous scandalise aujourd'hui. D faut arriver jusqu'au milieu du xvi* siècle, après Rabelais, pour que cette satire paraisse dangereuse à TÉglise elle-même

?9 L'aristocratie. — Quand on parle an chevalier du moyen âge, on simplifie à l'excès un type qui a évolué. La littérature nous peint deux types du chevalier : le féodal, celui de la Chanson de Roland, de Raoul d» Cambrai, etc., dont la psychologie ne peut s'expliquer que par les rapports de vassal à suzerain ; et le chevalier courtois, cdui qui, au xiii® siècle, sous l'influence des littératures provençale et bretonne, obéit à un code particulier de l'honneur et de l'amour. Ces doux types correspondent à une transformation réelle de la vie sociale entre les xi® et xiii® siècles.

A côté du chevalier tel que le peignent les poètes, celui dont les chrpmqueurs nous racontent les exploits véritables ne paraît pas moins épique. Les compagnons de Villehardouin dans la fabuleuse et réelle expédition de Gonstantinople, ceux de saint Louis dans sa première croisade, et ceux qui ont séduit Froissart, authentiquent en quelque sorte les prouesses des romans.

Voilà pour le chevalier considéré comme type littéraire. Si nous réfléchissons maintenant à l'influence de l'aristocratie comme protectrice des poètes et des chroniqueurs, nous remarquons deux choses :

a) Le trouvère, quand il écrit pour un auditoire aristocratique, dont il veut piquer la curiosité et flatter la vanité, est porté à exagérer et à renchérir.

b) C'est dans le château fort des x®, xi®, xii* siècles que se récitent ces fragments belliqueux. A partir de la fin du douzième, la société courtoise se constitue dans plusieurs centres. De là, soit dans les œ\ivres originales du xiii® siècle, soit dans les remaniements en prose des chansons antérieures, une conception nouvelle des convenances de ton et de style, et, dans le fond, une variété d'épisodes destinée à retenir l'attention des femmes, que les récits exclusivement guerriers pouvaient lasser. Alors finit la chanson de geste et triomphe le roman.

30 Les bourgeois et le peuple. — C'est une erreur singulière que dç considérer le bourgeois du moyen âge, et même le vilain, comme un être passif, toujours battu et content. Dès le xi^ siècle, soutenu par le roi et par le petit clergé, le peuple commence à obtenir, dans l'organisation des communes, des garanties sérieuses. Au point de vue littéraire, il y gagne une indépendance qui explique le grand développement du genre satirique du xii^ au xv® siècle.

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Gomment, d'autre part, la littérature représente-t-elle le bourgeois et le vilain? Elle ne les flatte pas. Le bourgeois est avare et intéressé ; U vilain est menteur et voleur.

Quant aux revendications sérieuses du peuple, on en trouve souvent uo redoutable écho, soit dans la deuxième partie du Roman de la Rose, soit chez les lyriques comme Rutebeuf et E. Deschamps.

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