‹ Précis de littérature françaiseChapitre 92 sur 276 · V. — La Satyre Mënippée · texte numérisé non relu

V. — La Satyre Mënippée

Parmi tant de pamphlets que fit naître la Li^e, on seul est demeuré célèbre, la Satyre Ménippét (1). Il est sans doute très exagéré de dire que ce pamphlet, publié en 1594, ouvrit à Henri IV les portes de Paris. Mais ^ il représente l'état d'esprit du parti modéré, composé à Ta fois des gens de robe et des bourgeois, — les craintes qu'inspiraient ceux qui, sous prétexte de religion, ne travaillaient qu'à leur fortune propre, — la clairvoyance des Parisiens qui reconnaissaient en Henri IV le prince intelligent et brave capable de ramener la paix et la prospérité.

Les auteurs. — C'est, dit ')n, dans une petite chambre du qu€Û dtos Orfèvres (où, quarante ans plus tard, devait naître Doikau), chez Jacques Cillot, chanoine de la Sainte-Chapelle et conseiller au Parlement do Paris, que se réunirent les auteurs de la Ménippée : — Pierre Le Roy, ehanoîne ^ de Rouen ; — Pierre Piihou, célèbre jurisconsulte et érudit» converti au catholicisme depuis 1573, et devenu procureur général au Pari^ment de Paris sous Henri IV ; — Gilles Dwrand, un avocat poète ; — Jeanf P^ms9^ rat, professeur au collège du Plessis, successeur de Ramus au collège 09 France en 1572 ; — Florent ChresHen, converti, lui aussi, au catholicisme, élève d'Henri Ëstienneetprécepteur'de Henri IV; — Nicolas Rafpin,Teeiê surtout célèbre par ses relations littéraires avec Régnier, qui luinlédia sm neuvième satire contre Malherbe. — Quelle est la part de chacun de ces auteurs? — On croit pouvoir attribuer à Jacques Gillot la harangue de M. le Légat ; à Pierre Leroy, le préambule : la vertu du eatholiam d* Espagne ; à Nicolas Rapin, les harangues de M. de Lyon et du docteur Rose, sas» compter quelques épigrammes ajoutées à la fin ; à Florent Chrestien, to discours du cardinal de Pelevé ; à Gilles Durand, la complainte de l'âne ligueur ; à Pierre Pithou, enfin, l'éloquente narangue de Daubraj, représentant du Tiers Ëtat.

Le plan. — Cette œuvre, exécutée en plusieurs fois, et par sept coUa-^ borateurs, offre cependant. une certaine unité. On l'a comparée, dans son* ensemble, à une libre composition dramatique, dans le style du moyen' âge ; la première partie serait analogue au cry des Mystères ; la seconde* ressemble à la nunUre qui précédait la représentation ; et la pièce elle* même serait fournie par les harangues.

NouB sommes d**bord dans la oour du Lcnvre, le 10 lévrier 1593, le jour où Font

(1) Ce nom de Ménippée était douié, ebex lei anciens, k dei satires mêlées de prostt et de vers, genre inventé, disait-on, par le philosophe grec Ménippt ( 1 •' siècle av. J.-G«|( et imité à Rome par T. Varron, contemporain de Gicéron. Ainsi le Ûtre indique simplement le genn : 0 dut y avoir à la même époque une foule ie Ménippétt, dont une seule ••! restée céUbre.

HiétlAir tet ÉUti Mnvoqaéi par le liétiteaa&t finirai, le dbe de Mayettne, pour l*IIeotio& d'un roi. Deux ehariatans, Tun espagnol (le cardinal de PlaUianoe), l'autre tonaiti (le eardlnal de P^evé), offrent an publie leur catholicon, drogue universelle (1). Le ÈoihoUean de TSepagnol a des vertus merveilleuses et ironiques : il dispense de tontes les vertos réelles, il efiaee toutes les vilenies. Celui du Lorrain est éventé, « manquAnI de l'ingrédient le plus nécessaire, qui est Tor ». ~ Ainsi sont représentés les deux partis qui voulaient imposer un roi étranger à la France, et faire exelure Henri IV. — Vient ensuite la processfdn des députés : en tête, marche H. Rose, recteur de l'Université ; puis les curés de Paris, les moires mendiants, les prévôts des marehands et échevins ; le cardinal de Pelevé, M. le Légat, M"^« de Nemours (mère de Mayenne) ; plusieurs dames de la cour, dont la duchesse de Mayenne, etc. Les curés, les moines, les échevins, sont, par-dessus leur robe, ridiculement accoutrés d'armures, et tous porteurs d'épées et de pertuisanes. — On est entré dans la salle des États. lei, description des tapisseries qui ornent cette salle, et qui représentent des sujets anciens ou modernes, dont les auteurs tirent des allusions piquantes aux personnages contemporains. — Après que chacun a pris place, et que Ton a anété l'ordre des séances, oommenoe la série des harangues : Af . le Lieutenant (Mayenne) prend le premier la pftrole ; puis M. U Légat ^ le cardifial de Pelevé^ M, de Lyon, U rec' tewr Rose, M. de Rieux, et M, Dauhray. — La séance est levée. Il y a une nouvelle description de tableaux t qui étaient étalés sur les degrés de Tescalier », et qui sont, comme les tapisseries, des sujets à allusions. — La Satire se termine sur quelques pièces de vers, en français et en latin, dont la dernière est intitulée : A Madëmoiêélle ma eommèrSt sur le trépas de son asne.

Les harangues. — Sur les sept discours prononcés aux États, les six premiers sont composés selon un lùême procédé : l'orateur y dît tout le contraire de ce qu'il devrait dire. Il semble que Mayenne, le Recteur, M. de Rieux, etc., soient 1& jouet d'une fatalité qui les oblige à découvrir malgré eux les mobiles secrets de leur conduite. Le procédé, très spirituel, devient à la longue un peu fatigant. — A cotte série de discours transposés y succède la harangue de Daubray ; et cette fois, c'est la raison qui parle, avec autant de. sincérité que d'éloquence. Le député du Tiers fait un tableau saisissant des maux qui accablent les Parisiens ; il y oppose les avantages de la paix et le souvenir de la prospérité passée ; il croit que le seul remède est dans l'immédiate reconnaissance du seul roi légitime, Henri IV (2).

Le style. — Rien d'étonnant que le style de cet ouvrage soit des plus variés. On croirait lire tantôt Rabelais (parfois du plus joyeux), tantôt Agrippa d'Aubigné, Guillaume du Vair, ou Michel de l'Hospital. Les trois parties les plus remarquables sont : la harangue de Mayenne, — celle de M. de Rieux, — celle de Daubray, Parmi les vers, il suffit de retejoir la complainte finale (3).

'1) Pour bien comprendre la plaisanterie contenue dans l'usage de ce mot catholicùn, Q ne faut pas ouUier qu« l«s apothicaires débitaient une drogue de ce nom, remède qui convenait, selon son étymologie, à tous les maux.

(S) Morceaux choiei». S* cycle, p. 256.

rS) AferwotMc choitit. S* cycle, p. t59

lEAM LEPAirrtiE (16I8-I8SI,.

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