‹ Précis de logique élémentaireChapitre 2 sur 51 · DE LA PHILOSOPHIE EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE EN GENERAL

1 . Savoir une chose c'est en concevoir les propriétës caractéristiques et les principaux rapports.

Une science est un ensemble de vérités dont on conçoit les propriétés caractéristiques et les principaux rapports.

Nous distinguons i° les sciences formelles ou abstraites^ qui n'ont pas d'autre objet que nos idées , et les sciences réelles ou concrètes , qui s'occupent des choses représentées par nos idées ; S^ les sciences primitives, qui ont pour objet et pour base les premiers principes de la raison , et les sciences dérivées ou secondaires , dont l'objet est fondé sur les vérités démontrées par les premières.

On appelle premiers principes de la raison les vérités les plus générales, nécessaires, évidentes par elles-mêmes et nécessairement reconnues par tout homme sensé.

2. Philosopher c'est approfondir les premiers principes de la raison en eux-mêmes ou dans leurs rapports avec les objets de nos connaissances.

La Philosophie, prise objectivement, dans son acception la plus étendue, est l'ensemble de toutes les sciences ou, comme la définissaient les anciens, la science des choses divines et humaines; mais dans le sens propre du mot, c'est l'ensemble des sciences primitives, qu'on peut défmir la science des premiers prin-

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cipes de la raison et des choses auxquelles ils s'appliquent , ou bien en deux mots : la science de la raison.

5. Ainsi la philosophie , prise dans le premier sens , a pour objet toutes les choses sacrées et profanes qui peuvent être swes; dans le sens restreint, elle n'a d'autre objet que les premiers principes et ce qui s'en déduit.

4. Le but de la philosophie n'est donc pas d'acquérir ou de donner, soit la première connaissance des choses, soit la certitude naturelle et directe que nous avons d'une foule d'objets indépendamment de toute étude philosophique ; quoiqu'il arrive souvent qu'en s'appliquant à cette étude , on parvienne à connaître des choses antérieurement inconnues. Mais son but immédiat est , relativement à nos premières connaissances , de les perfectiotmer , en nous en procurant la conception personnelle et h certitude réflexe, les élevant ainsi au grade de sciences et montrant leur base dans les premiers principes ; par rapport aux sciences secondaires , c'est de nous faire apprécier la valeur et la portée de leurs principes et de leurs méthodes ; enfin c'est de nous aider à concevoir le système de coordination et de subordination de tout ce que notre esprit reconnaît être vrai.

La vérité étant ainsi connue plus clairement et dans ses rapports intimes et primitifs , on en jouit plus agréablement , on est plus disposé à suivre ses préceptes, et plus apte à la prouver, à l'expliquer et à la défendre contre les attaques de ses ennemis. C'est le but ultérieur de la philosophie.

5. Par conséquent, envisagée dans sa véritable nature^ la philosophie est un moyen d'appréciation, de vérification, de justification et de perfectionnement plutôt qu'un moyen d'invention. C'est l'exercice de la raison suffisamment développée, qui, en réfléchissant sur elle-même et sur ce qu'elle connaît déjà, approfondit, éclaircit, apprécie, vérifie , confirme et coordonne ses connaissances, pour saisir leurs rapports avec les premiers principes ; mais ce n'est point l'œuvre de la raison réduite à ses efforts individuels, et se créant, posant ou produisant d'ellemême l'objet de ses méditations.

ExN GÉNÉRAL. 5

6. Aussi, à rcxception des tout premiers principes de la raison , la philosophie n'a point d'ohjet qui lui soil exclusivement propre ; elle ne fait que s'occuper d'une manière spéciale des choses qui sont également l'objet d'autres sciences. Donc sous ce rapport déjà elle n'est pas une science tout-à-fait indépendante.

Cependant la véritable question concernant l'indépendance de la philosophie se réduit à celle de l'indépendance primordiale delà raison. Or, puisque la raison d'aucun homme ne se forme que sous l'influence de l'enseignement social , écho répété de la révélation primitive, la dépendance originaire de la raison est une vérité fondamentale en philosophie qu'il est dangereux de perdre de vue.

7. 11 suit de là que la philosophie, loin d'être isolée dans le domaine de l'intelligence, a des rapports intimes et nécessaires avec la religion , ainsi qu'avec toutes les autres connaissances et sciences humaines. Ces rapports peuvent se formuler ainsi :

i^ Quant à la religion : a) D'une part la philosophie sans la révélation ne peut nous enseigner tout ce que nous devons connaître pour pouvoir atteindre le but de notre création; elle a besoin du secours de la religion pour nous donner à tous et k tout âge un enseignement complet , uniforme , certain et exempt de toute erreur. D'autre part l'existence de la révélation peut être connue , il est vrai , sans l'intervention de la philosophie ; mais elle ne peut être démontrée , ni efficacement défendue sans elle. 6) La révélation et la raison ayant l'une et l'autre pour auteur un Dieu infiniment sage et infaillible, qui ne peut aucunement se contredire , les enseignements de la vraie religion ne peuvent jamais être opposés à ceux de la véritable philosophie , et réciproquement.

8. 2° Quant aux autres connaissances de l'homme : a) Celles-ci peuvent exister , être vraies et certaines , sans le secours ou le contrôle de la philosophie ; mais elles restent imparfaites, confuses, peu développées, incapables de se justifier, aussi longtemps qu'elles négligent cette puissante auxiliatricc. 6) Puisque

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