‹ Précis de logique élémentaireChapitre 45 sur 51 · SCEPTICISME PARTIEL · texte numérisé non relu

SCEPTICISME PARTIEL

576. La fausseté de ce système se prouve l"* par cela seul que tout homme sage reconnaît, outre le témoignage des sens, d'autres moyens de certitude , et 2° parce que tout le monde admet comme certainement vrais une foule de principes que la méthode sensualiste ne saurait atteindre (AnthropoL 259). Mais 5<' montrons brièvement , en quoi cette méthode est sceptique.

577. Les sens ne nous font connaître que des phénomènes physiques et purement individuels; seuls ils ne peuvent nous élever à la connaissance d'aucune vérité générale. Ils nous laissent dans une ignorance complète sur la cause et la fiu des êtres corporels y et surtout sur la nature de notre être pensant et voulant, sur le principe et le but de notre existence, sur nos devoirs et sur les moyens à employer pour réaliser notre destination; en un mot, sur toutes les vérités de Tordre moral, qu'il nous importe le plus de connaître, et qui constituent le plus bel apanage de rintelhgence. Ainsi le sensualisme égale d'abord l'homme à la brute. De plus, comme dans ce système on doit, pour être conséquent, ne tenir compte que du seul rapport de ses propres sens , on ne peut jamais ni convaincre un adversaire , ni même s'assurer complètement de la réalité objective de ce qu'attestent les organes.

578. Que fera donc le sensualiste conséquent? D'une part, il regardera comme incertaines la morale , la religion et presque toutes les idées constitutives de la raison; il tombera nécessairement dans le matérialisme. D'autre part, ou il n'admettra d'autre Dieu que l'essence de la matière, ou il doutera de la réalité de la matière elle-même; c'est-à-dire, que le panthéisme , l'athéisme ou le scepticisme sont l'inévitable écueil de son principe.

579. Le sensualisme est donc un système sceptique, 1*^ parce que les sens , qu'il tient pour le seul critérium , n'en sont pas un , de la manière qu'il les isole; 2^ parce que, rejetant les autres criteria qui tirent leur force de la nature raisonnable de l'homme aussi bien que les sens, il rejette implicitement ce fondement

de toute certitude, et par conséquent la certitude elle-même.

580. 11 est inutile de parler ici du sensualisme inconséquent, tel que celui de Locke et de Condillac. Adhérant aux vérités fondamentales du christianisme, ces hommes ont eu le tort de vouloir déduire de leur principe philosophique ce qu'il ne renferme pas. De cette façon on peut être homme probe, mais non sans manquer à la logique.

581 • II) Vidéalisme ne reconnaît d'autre principe de certitude que les idées , considérées comme formes subjectives de l'esprit, ni d'aulre méthode que l'intuition intellectuelle , ou l'analyse lo« gique de ces idées.

582. La fausseté de ce système se prouve, de la même manière que celle du sensualisme^ parce que tout homme sensé admet encore 1*> d'autres moyens de certitude et 2® d'autres vérités que celles qu'il est possible de justifier par l'idéalisme. Voici 5® à quel point ce système est sceptique.

585. Comme par son principe et sa méthode il est renfermé dans ses idées purement subjectives et personnelles^ l'idéalisteconséquent est obligé l"" de douter de la réalité objective de tout ce qui est extérieur ou non identique avec ces idées; 2® par là le monde des corps n'est pour lui qu'une fantasmagorie peutêtre complètement illusoire ; 5° Fexistencc des êtres spirituefs lui est également incertaine; ^'^les vérités morales et métaphysiques ne sont à ses yeux que des formes de sa pensée, des schèmes purement subjectifs, n'exprimant peut-être aucun rapport réel.; 5** renfermé dans la seule contemplation de sou moe, il ne peut rien prouver à autrui d'une manière incontestable, il ne peut pas même distinguer avec assurance la véritable évidence des iUi»sions de son esprit.

584. Dans la fausse position où il s'est placé par son principe, il sera forcé de se contenter de l'étude stérile de ses abstractions, de ses conceptions purement internes; et ainsi, ne pouvant se convaincre de l'existence réelle de rien que de son moi y il en fera l'unique être existant , son dieu ; ou bien ^ ne pouvant

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même s'assurer de Texistence réellement objective de son ntoi , il se défiera même de ses idées les plus évidentes, tout lui échappera; roulant de doute en doute, après avoir nié toute réalité externe, il se précipitera nécessairement dans le gouffre du panthéisme (du pan-égoïsme) ou du scepticisme le plus stupide, dernier terme de Tidéalismc conséquent.

385. L'idéalisme conduit donc au scepticisme, et est un système sceptique par les mêmes raisons que le sensualisme (576); seulement , pour arriver à son terme fatal , il prend une roule différente.

§ VI

Faux systèmes. — Scepticisme implicite.

586. Nous entendons par systèmes de scepticisme implicite ceux qui ne rejettent expressément aucun genre de vérités philosophiques, mais qui, méconnaissant les autres moyens de cei'litude excepté un , ébranlent par là le fondement sur lequel ils reposent tous , même le seul qu'ils admettent. Tels sont le rationalisme et les systèmes exclusifs de la raison générale et de la foi divine.

587. I) Le rationalisme consiste à prendre pour unique critérium la raison , entendant ordinairement par ce mot la raison pure ou la seule évidence interne soit immédiate soit médiate , et à la regarder comme indépendante de tout secours étranger et se suffisant à elle-même et aux besoins de l'homme.

588. Mais a) pour ce qui concerne le rationalisme qui admet comme unique critérium la raison pure, puisque dans cette hypothèse l'homme ne peut tenir pour certain que ce qu^il voit par une intuition immédiate ou médiate de son entendement , et que d'ailleurs l'homme ne voit de cette manière que ses seules pensées , le rationalisme ne peut atteindre avec certitude à aucune vérité réelle et externe , soit physique , soit historique, soit métaphysique ou morale; il a tous les inconvénients ( et pour les mêmes raisons ) que l'on rencontre dans

liO DES PRINCIPES FONDAHENTAUX DE LA CERTITUDE.

ridéâlisme (580) , dont il ne diffère que de nom et par sa prétention insoutenable à la connaissance de la vérité objective.

389. b) Il est également impossible de soutenir la suflSsance et l'indépendance de la raison , soit que Ton entende par ce mot uniquement la raison pure, soit que Ton entende Tensemble de nos facultés de connaître.

Car , pour ne parler ici que des vérités de l'ordre moral dont la connaissance est nécessaire à tout homme pour parvenir à la fin qu'il doit atteindre comme créature raisonnable, la raison ne saurait èlre regardée comme suflSsante d'ellemême , pour nous conduire à cette fin , que si elle pouvait seule et sans le secours de la révélation connaître exactement et certainement , et montrer à tous les hommes , en toul temps y h tout âge , d'une manière facile et à la portée de tous y avec certitude et sans mélange d'erreurs , au moins le» points suivants : Quelle est la fin de notre existence ^ et par quels moyens pouvons-nous la réaliser, et par conséquent quel est le principe de notre être , comment il nous a créé , librement ou nécessairement , et en quoi consistent nos relations avec lui ? en deux mots , quels sont précisément les devoirs* qui nous sont imposés ici-bas , par qui , envers qui et à quelles conditions ?

590. Mais 1° la raison de l'homme ne se développe qu'ik l'aide de l'enseignement social qui relève de la révélation primitive ; privée de toute instruction , elle ne parviendrait à connaître d'une manière certaine , nette et précise , aucune vérité de l'ordre moral (541). Elle ne peut donc se suffire.

2** Partout où la raison s'est crue indépendante , elle est tombée dans les plus graves erreurs. Ainsi les philosophes les plus sages d'ailleurs et les plus instruits du paganisme se soni trompés a) sur la nature de Dieu et de ses infinies perfections, 6) sur le véritable culte qui lui est dû , c) ainsi que sur nos autres devoirs envers lui, envers le prochain et envers nousmêmes , d) sur la nature des peines et des récompenses que

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nos actions doivent recevoir après cette vie. Or on peut hardiment afiirmer qu'il est impossible à la raison d'atteindre d'elle seule ce que la raison pénétrante et cultivée de tous ces philosophes n'a pu découvrir après un travail de tant de siècles.

Cet argument est péremptoire, surtout si l'on remarque que ces philosophes n'ont pas été entièrement privés de la lumière révélée j dont il s'est répandu des rayons plus ou moins purs sur toute la terre , mais qu'ils l'ont puisée dans une source altérée , et qu'ils ont méconnu ce qu'ils lui devaient.

5** La prétention à la suffisance de la raison , en tant qu'elle impliquerait la négation de la révélation divine , est incompatible avec ridée d'un Dieu infiniment sage, juste et bon envers tous les hommes. Car a) le rationalisme ou la philosophie indépendante n'a commencé que des milliers d'années après la création de Fhomme. 6) Dans toute hypothèse la connaissance du vrai par voie de raisonnement ne pourrait jamais être que du ressort d'un très-petit nombre de personnes, c) Et ce petit nombre ne saurait y parvenir qu'à un âge avancé, et après de longues et pénibles études, que peu d'hommes ont le courage de faire, d) L'enseignement de la raison, lorsqu'elle ne s'appuie que sur elle-même , est incomplet , incertain , mêlé d'erreurs et dépourvu de sanction. Il ne se peut donc pas que Dieu n'ait pas accordé à l'homme un autre moyen pour connaître la vérité et atteindre le but de sa création.

591. II) Le système de Vautorité exclusive de la raison géné^ raie , soutenu par Tauteur de V Essai sur Vindifférence en titatière de religion , consiste à prétendre que rien n'est certain que ce qui est attesté par le consentement universel des hommes, et qu'au fond la religion catholique n'est autre chose que l'ensemble des vérités reconnues par le sens ou plutôt le consentement commun, qui en est le fondement. Ce système est donc spécialement faux, sous le rapport philosophique, en ce qu'à l'exception de Ja foi humaine, de la foi historique, il ébranle tous les autres moyens de certitude , et , sous le rap-

port thëologique , en ce qu'il donne h la religion une base purement humaine.

592. III) Le système exclusif de la foi divine , dont l'auteor, M. Bautain , a adopté plus tard de plus sains principes^ admet d'une part , en dehors de la philosophie , la certitude de l'ëvidence interne et de l'expérience , et soutient que le témoignage humain ne peut produire que la probabilité; d'autre part il assigne pour unique fondement de la science métaphysique et de toute philosophie la révélation divine ^ prenant pour point de départ les Livres saints , conservés et interprétés par l'Église , qui , selon lui , renferment tout ce qui est vrai et sont l'unique règle de toute certitude métaphysique. Il soutient qu'indépendamment de cette règle la raison humaine , soit générale soit particulière , ne peut jamais avoir une certitude entière , et que les vérités , sur lesquelles on fonde généralement la démonstration de la religion, ne peuvent nous être certaines que par la foi divine inspirée par la grâce surnaturelle. Sous le premier rapport ce système contient le pyrrhonisme historique ; sous l'autre rapport ce n'est qu'un mysticisme outré , qui nie la distinction de la philosophie et de la théologie , et qui rend inutile et impossible toute démonstration philosophique ou raisonnée de la religion.

595. De ce que nous venons de voir dans les deux derniers §§ il résulte que chacun des systèmes signalés s'attache à un côté du vrai , en s'appuyant sur l'un de nos véritables moyens de connaître ; mais que leur défaut commun est d'être exclusifs , c'est-à-dire , de n'admettre qu'un critérium de vérité , en niant tous les autres. Cependant , comme les divers criterîa se prêtent naturellement un secours mutuel , qu'ils sont tous basés sur le même fondement , et que par conséquent ils sont tous également authentiques , il s'ensuit que chacun de ces systèmes exclusifs, en proscrivant le critérium proposé par les autres , ébranle , ordinairement malgré lui , le principe fondamental , et par là l'existence même de toute certi-

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