‹ Précis de logique élémentaireChapitre 6 sur 51 · CHAPITRE h · texte numérisé non relu

CHAPITRE h

DE l'idée.

Notion et division de l'idée,

23. L'idée est une simple représentation mentale d'un objet quelconque (2).

26. La logique distingue dans l'idée , outre la vérité , quatre choses , qui donnent lieu à autant de divisions différentes. Ces choses sont la manière dont les idées représentent leur objet , le contenu , la perfection subjective et les rapports mutuels de nos idées.

27. I) Eu égard à la manière dont les idées représentent leur objet , ou à ce qu'elles en représentent , elles se divisent en idées directes et en idées réflexes.

(1) Oq pourrait ajouter ici le principe de contradiction : Rien ne peut être et ne pas être en même temps , et le principe du tiers exclus : Entre deux contradictoires il n'y a point de milieu, l'un est et l'autre n'est pas ; mais ces principes sont évidemment contenus dans les deux premiers.

(2) Nous ne parlons ici que de l'idée actuelle , et nous réservons pour la psychologie tout ce qui concerne l'idée virtuelle , l'idée considérée comme principe essentiel de la raison.

NOTION ET DIVISION DE l'iDÉE. 9

28. L'idée directe représente à rimagination , plutôt qu'à la conception, ce qu'il y a de plus saillant et, pour ainsi dire, de sensible dans son objet; l'idée réflexe en représente ce qu'il y a de plus intime, d'intelligible. La première est une représentation mentale d'un objet par ses qualités les plus saisissables , extérieures en quelque sorte, et sans distinction des individuelles d'avec les universelles ; la seconde est une représentation mentale d'un objet par les propriétés intelligibles , essentielles et générales qui appartiennent à tous et aux seuls inferiora de cette idée.

29. L'idée directe s'appelle aussi idée vulgaire , idée primitive ^ image j et plus exactement perception; l'idée réflexe porte aussi les noms d'idée scientifique, d'aperceptioriy de œnception, de coticept et de notion.

30. On peut subdiviser les idées directes : a) en perceptions des sens extérieurs , ou sensations des objets corporels , 6) en perceptions du sens intime, ou sentiments de ce que nous éprouvons au dedans de notre moi , et c] en pures croyances des vérités ou des faits appris sans que nous les concevions.

51. Par rapport à leur objet, les idées réflexes peuvent se subdiviser : en concepts purs , en concepts réels empiriques et en concepts réels supérieurs ou rationnels , suivant qu'ils représentent ou les vérités les plus abstraites et en même temps les plus générales, ou les réalités contingentes et variables, sons leur forme générale, ou bien les réalités absolues et immuables.

52. Cependant, cette division appartenant plutôt à la métaphysique qu'à la logique, nous ne nous y arrêterons pas. Mais, comme les concepts ou notions sont seuls des idées parfaites et véritablement scientifiques, il importe beaucoup d'expliquer ici comment ils se forment.

55. Or ils se forment par l'exercice des actes de la réflexion sur les idées directes. Nous dirons d'abord quels sont ces actes, et ensuite comment ils concourent à la formation des concepts,

54. Ces actes de la réflexion sont l'attention, l'abstraction, l'analyse, la comparaison, la synthèse, la généralisation.

iO DE L^DÉE.

i " L'attention est l'acte de Tentendement , cominandc p«nr la volonté , par lequel on tient une idée en quelque sorte en demeure, pour l'examiner soigneusement.

2" Le nom d'abstraction désigne l'acte par lequel notre esprit sépare ou détache mentalement de l'objet de sa pensée une ou plusieurs qualités, lors même qu'elles en sont réellement inséparables^ aGn que prises à part elles puissent être plus distinctement connues.

Une qualité, considérée ainsi toute seule et séparée de son sujet, prend le nom d'abstrait^ et sa représentation mentale celui d'idée abstraite^ tandis qu'une qualité unie à son sujet reçoit le nom de concret^ et l'idée qui la représente celui d'idée concrète,

5*» Vanalyse ou la décomposition consiste à résoudre une idée dans ses notes, éléments ou caractères primordiaux, ceux-ci dans leurs éléments ultérieurs, et ainsi de suite, afin qu'on puisse l'examiner dans tous ses détails.

4** La comparaison y sorte de double attention , est un acte par lequel l'intelligence , s'occupant de plusieurs idées ou notes à la fois y porte son attention tantôt sur l'une , tantôt sur l'autre , tantôt sur toutes en même temps , afin de reconnaître ce qu'elles ont de commun , d'individuel ou de distinctif , de compatible , d'identique ou d'opposé, d'essentiel ou d'accidentel, etc.

5° La synthèse, ou composition, est l'acte mental par lequel l'esprit, en négligeant les autres notes ou qualités que l'analyse et la comparaison lui ont fait découvrir , réunit dans une seule représentation ces notes essentielles qu'il voit appartenir à tous et aux seuls êtres dont il veut se former le concept. C'est cet acte qui détermine la compréhension du concept (58).

6<* La généralisation est l'acte par lequel l'esprit étend le concept ainsi formé , c'est-à-dire, reconnaît à quel nombre d'objets il est applicable, et détermine par là l'extension du concept (58).

55. Par ces actes on peut former une notion ou concept, en les exerçant sur plusieurs idées directes à la fois , ou sur une seule. Voici de quelle manière ils concourent dans le premier cas :

Supposé qu'il s'agisse p. e. de former la notion de l'animaL

NOTION ET DIVISION DE l'iDÉE. 11

D'abord ayant plusieurs îdëes directes, ou connaissant par idées directes une foule d'animaux et même d'autres ètres^ on fixe làdessus son attention ; ensuite, au moyen de l'abstraction , de l'analyse et de la comparaison , on examine toutes les notes ou qualités qu'on y découvre, en distinguant soigneusement celles qui sont particulières à* quelques animaux, celles qui se trouvent dans tous les animaux et celles qui sont communes aux animaux et à d'autres êtres; puis on réunit dans un seul faisceau, pour en faire une représentation unique , celles-là seulement dont l'ensemble se rencontre dans tous les animaux et dans les animaux seuls (telles que celles d'être, corporel^ organisé, vivant, sensible ) ; enfin on étend ce type intellectuel à tout le règne animal , en se le représentant tout entier par un seul acte, par une seule forme idéale.

56. La formation du concept est plus difficile , lorsque la réflexion ne peut s'exercer que sur une seule idée directe, ou plutôt sur un seul objet connu par idée directe. Soit p. e. le concept du soleil à former par un bomme qui ne s'est jamais représenté que le soleil de notre système planétaire. La difficulté consistera à distinguer, parmi les notes ou qualités qu'il connaît, celles qui doivent «appartenir cà tous les soleils et à eux seuls, s'il y en a plus d'un , de colles qui sont purement individuelles au soleil connu; et cette difficulté est grande, parce que, un seul soleil étant connu , ses notes se présentent toutes en quelque sorte comme individuelles.

57. Par ce qui précède on voit que la notion se forme de la même manière que la définition; aussi la définition n'est autre cbose que l'expression la plus concise de la notion.

§ II- Continuation du § précédent.

58. II) Le contenu de l'idée signifie tantôt sa compréhension seule , tantôt , comme ici , sa compréhension et son extension ensemble. Or on entend par compréhension ou quantité inteti*

iS DE l'idée.

sive d'une idée la totalité des notes, éléments ou caractères dont elle est constituée, et par son extension ou quantité extenstve la totalité des inferiora ou êtres auxquels elle est applicable.

59. Voici ce qu'on appelle notes ou éléments d'une idée. De même qu'un objet est représenté dans son ensemble par l'idée , de même chacune des qualités ou propriétés de l'objet est représentée par une note ou un élément de l'idée ; les notes ou éléments sont donc de véritables représentations ou idées des qualités des objets à connaître. Et de même que dans ces qualités on peut, en les analysant , presque toujours découvrir d'autres qualités, de même encore ces notes se décomposent en d'autres notes.

40. L'extension d'une idée est toujours en raison inverse de sa compréhension, c'est-à-dire, plus l'idée embrasse à*inferiora^ moins elle contient de notes ou éléments , et vice versa.

4i . Les idées, soit directes soit réflexes, se divisent autrement à cause de leur compréhension et autrement à cause de leur extension.

42. A cause de sa compréhension y toute idée est simple ou composée. Elle est simple , si elle se constitue d'une seule note ; elle est composée , si elle contient plusieurs éléments.

43. Les notes d'une idée peuvent être : 1** internes ou externes, selon qu'elles représentent des qualités non relatives de l'objet ou des qualités qui indiquent un rapport de l'objet avec un autre objet. 2^ Affirmatives ou négatives, suivant qu'elles représentent quelque chose de positif ou de privatif de Tobjet. Z^ Distinctives ou communes , suivant qu'elles représentent des qualités qui différencient l'objet d'autres objets ou qui appartiennent également à d'autres objets. 4"* Essentielles ou accidentelksy selon qu'elles représentent des propriétés nécessaires ou fortuites de l'objet.

Il est à remarquer : a) que par une même qualité un objet peut différer d'un objet et être semblable à un autre, et qu'ainsi une même note peut être distinctive et commune à la fois. 6) Que des notes accidentelles peuvent être réunies à une idée , mais que les notes essentielles seules lui appartiennent.

NOTION ET DIVISION DE L*1DÉE. i3

Ai. A cause de son extension, toute idée est universelk, particulière ou singulière j suivant qu'elle est prise dans toute son extension , dans une partie indéterminée de son extension , ou pour représenter un seul individu entièrement déterminé. L'idée est générale , si elle représente la compréhension , en faisant en quelque sorte abstraction de l'extension. Des exemples de ces quatre sortes d'idées sont exprimés par les mots : tous les Aontmes, quelques hommes, cet homme, Phomm£.

45. L'idée est complètement ou incomplètement universelle , suivant qu'elle représente tous les êtres qui constituent son extension, sans ou avec exception de quelques-uns.

L'idée est prise collectivement, si elle représente tous mais non chacun des inferiora qui composent son extension ; et distributivement ^ si elle les représente tous et chacun.

L'idée complètement et distributivement universelle est seule véritablement universelle. L'idée incomplètement universelle cquivaut en logique à une idée particulière , et l'idée collectivement universelle à une idée singulière.

46. III) Par la perfection subjective de l'idée nous entendons son degré de développement dans notre esprit, ou la manière plus ou moins parfaite dont elle représente sou objet dans l'esprit de diverses personnes.

-47. Sous ce rapport , l'idée est 1" claire ou obscure, selon qu'elle suffit ou non pour distinguer son objet de tout autre objet. 2"* Elle est distincte ou confuse^ suivant que, non-seulement son objet , mais aussi les qualités de son objet nous sont assez nettement représentées ou non pour les différencier les unes des autres. 3" Elle est complète ou incomplète, parfaite ou imparfaite , selon qu'elle représente ou non toutes ces qualités de l'objet par lesquelles il se distingue nécessairement partout et toujours de tout autre objet , c'est-à-dire , ces notes qui ne se trouvent ensemble que dans tous et les seuls infe^ rtora de cette idée , ou en d'autres mots , toutes ces qualités qu'il faut exprimer pour donner une définition exacte de l'objet.

14 DB l'idée.

Il suit de là que toute idée parfaite , et l'idée parfaite seule , est un véritable concept ou notion*

L'idée est appelée compréhensive ou appréhensive , suivant que par elle on voit ou non toutes les divisions et subdivisions des subdivisions des qualités de l'objet , au point d'égaler celui-ci entièrement par l'esprit ou non. Il est évident que dans ce sens l'homme ne peut avoir que des idées appréhensives.

Les mots d'idée adéquate et inadéquate sont employés tantôt comme synonymes d'idée parfaite et imparfaite, tantôt comme équivalents à ceux d'idée compréhensive et appréhensive.

48. IV. Deux idées comparées entre elles peuvent avoir un rapport d'identité ou de diversité. L'identité peut être stricte ou une simple équivalence. La diversité est une opposition , ou une subordination , ou une disparité. De là les divisions suivantes des idées.

49. Deux idées sont identiques ou diverses ^ suivant qu'elles ont la même compréhension et la même extension ou non.

Deux idées identiques sont strictement identiques ou seulement équivakntes , selon que la même compréhension et la même extension sont représentées par elles d'une manière également ou inégalement explicite , ou bien selon que ces idées devraient être exprimées par les mêmes termes ou par des termes grammaticalement différents.

50. Deux idées diverses sont : a) opposées, si l'une d'elles exclut ( détruit ou nie) l'autre, 6) subordonnées, si Tune contient l'autre dans son extension, c) disparates j si l'une n'exclut ni ne contient l'autre.

51 . Deux idées opposées sont contradictoires , si l'une ne fait qu'exclure ou nier l'autre; mais elles sont contraires^ si Tune contient, outre la négation de l'autre, l'affirmation de quelque chose de plus.

52. Celle des deux idées subordonnées^ ou subalternes, qui contient l'autre dans son exlension s'appelle supérieure , et celle qui y est contenue, inférieure.

Toute idée supérieure est générique ou spécifique ; l'idée in-

NOTION ET DIVISION DE l'iDÉE. 1-*)

férienre peut être ou générique ou spécifique ou individuelle.

On appelle une idée générique , spécifique ou individuelle , suivant qu'elle représente ou un genre ou une espèce ou un individu.

On donne le nom d'individu à un être singulier entièrement déterminé , celui d'espèce à un ensemble d'individus ayant des qualités essentielles communes, celui de genre à un ensemble d'espèces qui ont des qualités essentielles communes.

On distingue le genre prochain ou inférieur , qui ne contient sous lui que des espèces, les genres intermédiaires, placés entre le genre inférieur et le genre suprême , et enfin le genre suprême , qui contient tous les autres.

Une même catégorie d'être est considérée , au point de vue logique^ tantôt comme genre et tantôt comme espèce. Dans l'histoire naturelle on range les espèces en genres , les genres en familles^ les familles en ordres, les ordres en classes, les classes en règnes. On y admet encore des divisions intermédiaires.

On nomme homogènes des êtres appartenant à un même genre, et hétérogènes des êtres de genre diflférent. Or il se peut que deux êtres soient h la fois homogènes par une de leurs propriétés et hétérogènes par une autre.

53. V) En logique on dislingue la vérité formelle et la vérité matérielle de l'idée. La première consiste dans l'accord de l'idée avec elle-même , la seconde dans l'accord de notre idée avec l'objet auquel nous la rapportons. Une idée est donc formellement vraie en tant qu'elle se constitue de notes qui se conviennent, et elle est matériellement vraie si nous nous représentons son objet tel qu'il est. De là il suit ce qu'il faut entendre par la fausseté matérielle ou formelle de l'idée (l).

(l) La division des idées d'après leur origine apparlient à la psychologie. On sait que les Cartésiens divisent sous ce rapport les idées en innées , adventices et factices.

Ifi DE l'idée.

Lois concernant la vérité formelle y ou plutôt concernant le contenu

et les rapports des idées.

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