S"" Lois concernant les idées subordonnées
Principe général. Non-seulement l'idée supérieure a plus d'extension et l'idée inférieure plus de compréhension que l'autre (40), mais en outre l'idée inférieure compte parmi ses notes toute la compréhension de l'idée supérieure. De là ces six
Lois particulières : a) Toute note qui appartient à l'idée supérieure appartient à l'idée inférieure.
6) Toute note qui est opposée à l'idée supérieure est opposée à l'idée inférieure.
c) Une note qui n'appartient pas à l'idée supérieure peut appartenir à l'inférieure.
d) Il se peut qu^une note qui appartient à l'idée inférieure n'appartienne pas à la supérieure.
e) Il se peut qu'une note qui est opposée à l'idée inférieure ne soit pas opposée à la supérieure.
f) Une note qui n'appartient pas à l'idée inférieure n'appartient pas non plus à la supérieure.
Ces six lois contiennent la raison de tous les raisonnements fondés sur un rapport de contenance.
58. IIIj Moyens d'acquérir des idées exactes et complètes : 1" Nous comptons parmi les meilleurs moyens pour acquérir
des idées directes aussi précises que possible l'expérience , l'observation et renseignement , aidés d'échantillons , de dessins ,
18 DE l'idée.
de descriptions etc. des objets à connaître. 2** Les idées réflexes ne se forment que par Texercice régulier des actes de la reflexion que nous avons expliqués (54). S*" Toutes les idées se perfectionnent par la méditation et par la discussion. L'écriture sert eflicacement à faciliter, à régulariser et à fortifier tous ces moyens et à s'assurer le résultat de leur emploi.
§ IV
Signes et expressions des idées.
Sî). On appelle en général signe ce qui par sa perception (ce qui étant aperçu) excite la perception d'une autre chose.
60. On distingue dans tout signe trois choses : ce qui signifie ou le signe même ^ ce qui est signifié ou ce que le signe indique, et le rapport ou liaison qui existe entre eux et en vertu duquel l'un fait apercevoir l'autre. A cause de chacune de ces trois choses le signe se divise de différentes manières. Nous ne parlerons que du signe logique.
ê\. Par signe logique on entend tout moyen de manifester ou d'exprimer nos idées et nos pensées de toute espèce.
G2. Chaque sorte d'idées a ses signes propres , quoiqu'on remplace souvent les uns par les autres , par suite de l'association ou de la confusion des idées , de conventions au moins implicites , de la grande facilité et de l'extrême fécondité de quelques-uns de ces signes , etc.
Ainsi nos perceptions sensibles (30) se manifestent naturellement au moyen de cris et de sons inarticulés , de mouvements instinctifs, de gestes libres; et nous les faisons connaître aux absents par le dessin j la peinture et les arts qui en dépendent. Mais les notions ou concepts ne s'expriment que par la parole soit parlée soit écrite soit gesticul-ée , ou bien par des signes établis au moyen de la parole.
63. Les mots exprimant ou représentant les idées et surtout les notions s'appellent en logique termes , parce qu'ils terminent notre discours intérieur et extérieur.
EXPRESSION DE L*IDÉE. i9
64. On distingue en général autant de sortes de termes que d'idées , en leur donnant les mêmes noms.
65. Comme la clarté du diseours dépend nécessairement des mots propres à préciser nos pensées , il ne sera pas inutile d'indiquer ici quelques règles concernant l'emploi des termes dans le langage scientifique. Ces règles ont pour but de faire exprimer nos pensées de la manière la plus claire , la plus brève et la plus exacte. Elles peuvent se résumer ainsi :
i"" Ne point se servir de mots auxquels on n'attache pas une idée précise.
2® S'abstenir des expressions vagues , équivoques , vieillies , ou qui sont d'ailleurs peu propres à préciser nos idées.
3* Ne pas employer un langage trop figuré.
àf^ Se servir de nouveaux mots seulement quand on a de nouvelles choses à faire connaître.
^** Attacher aux mots le sens conmiunément reçu.
6^ Dans la suite du discours ne jamais varier la signification d'un même terme , à moins d'en avertir.
7^ Ne pas supposer que les autres entendent toujours les mots dans le même sens que nous.
S"* L'emploi des termes techniques, qui doivent être exclus, autant que possible, du style oratoire, est souvent nécessaire dans le langage scientiâque.
Pour prévenir tout abus de langage , il importe donc de faire un choix exquis de mots ; et , si ce moyen ne suffit pas , il faut y suppléer par une division ou distinction exacte et une bonne définition de toutes les expressions qui sans cela ne seraient pas bien comprises (174—184).