‹ Précis de logique élémentaireChapitre 10 sur 51 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Notion du jugement.

66. Juger c'est aiBrmer qu'une chose a ou n'a pas telle propriété, ou bien c*est aflSrmer qu'un être appartient ou n'appartient pas à telle catégorie ou classe.

67. Tout jugement suppose quatre choses dans l'esprit qui juge : i*" la présence de deux idées , 2^ la comparaison de ces idées, 3<* la perception directe ou indirecte de leur rapport , 4° l'afiSrmation de ce rapport. Le jugement consiste proprement dans ce dernier acte, qui est tout-à-fait simple, quoique son objet se constitue de plusieurs éléments.

68. Envisagé au point de vue de la logique , le jugement est un ensemble de deux idées dont l'une est affirmée ou niée de l'autre.

61). Ainsi considéré, il se constitue de matière et de forme.

Par la matière du jugement on entend les deux idées, dont l'une porte le nom de sujet et Tautre celui d'attribut. Le sujet est l'idée dont on affirme ou dont on nie , Yattrihut celle qu'on affirme ou que l'on nie.

La forme du jugement est le lien ou copule qui unit le sujet à Tattribut. €e lien représente l'acte d'affirmer ou de nier, et s'exprime par le verbe est , qui est au moins sous-entendu dans tout jugement.

70. Par catégories on entend en logique les idées les plus générales qui peuvent être affirmées comme attributs du plus grand nombre de sujets.

Aristote réduit tous les attributs à dix classes , appelées catégO' ries ou prédicaments ; il distingue en outre cinq manières de concevoir les attributs, auxquelles il donne le nom de catégorèmes ou prédicables.

Les dix catégories d'Aristole sont la substance, la quantité, la qualité, la relation, V action, la passion, le temps, le lieu, la situation et Vhahitus. Les cinq catégorèmes , qu'on a aussi appelés les cinq universaux, sont fe genre , l' espèce j la différence, le propre et l'accident.

71. Kant reconnaît quatre catégories : la quantité, la qualité, la relation et la modalité, dont chacune en contient trois autres. Il donne à ces mots une signification nouvelle et en fait la base de sa classification des jugements. Nous prendrons de ces catégories ce qui nous semble utile et conforme à renseignement des logiciens les plus exacts.

Division du jugement.

72. Pour établir une division complète des jugements, on peut les considérer I) en eux-mêmes, II) comparés entre eux, III) exprimés par des propositions.

I) Division dés jugements considérés en eux-mêmes.

75. £n considérant un jugement en lui-même , on peut y distinguer d* la quantité ou extension du sujet, 2° la qualité de la forme , 5® la relation de l'attribut au sujet, 4^ la modalité ou la manière dont on conçoit l'existence de l'objet du jugement. Chacune de ces catégories donne lieu à des divisions différentes.

74. i<* D'après la qtuintité ou ]^\\ii6t l'extension du sujet , on divise le jugement en t/mverse/, en particulier et en singulier, suivant que son sujet est une idée universelle , particulière ou singulière. C'est également suivant son sujet que le jugement est collectif ou distributif ou même général (45).

75. â<* Selon la qualité de sa forme, le jugement est affirmatif ou négatif, suivant que l'attribut est affirmé ou nié du sujet.

Pour bien apprécier la portée d'un jugement, il est surtout nécessaire de connaître la compréhension et l'extension de l'attribut, lesquelles dépendent de la qualité du jugement, d'après ces règles :

a) Dans le jugement affirmatif Tattribut est affirmé dans toute sa compréhension , mais non dans toute son extension.

6) Dans le jugement négatif l'attribut est nié dans toute son extension , mais non dans toute sa compréhension*

D'où il suit c) qu'en vertu de la forme l'attribut du jugement affirmatif est particulier et que celui du jugement négatif est universel.

Mais vi materiœ l'attribut a la même extension que le sujet lorsqu'ils représentent des idées équivalentes.

76. S"" Quant à la relation du jugement, l'attribut peut être conçu comme ayant avec le sujet un rapport soit d'appartenance soit de conséquence soit d'altemation. De là la division du jugement en catégorique , hypothétique et disjonctif.

77. On nomme catégorique un jugement dans lequel on affirme simplement , sans condition et sans alternative , que tel attribut appartient ou n'appartient pas à tel sujet.

78. Un jugement hypothétique ou conditminel est celui dans lequel un attribut est affirmé ou nié d'un sujet, sous une condition déterminée. On distingue dans la matière de ce jugement deux membres qui , d'après leur signification et indépendamment de l'ordre dans lequel on les énonce , prennent le nom d'antécédent et de conséquent. L'antécédent renferme la condition, le conséquent le conditionné , ou ce que l'on infère de l'antécédent.

70. Le jugement disjonctif contient plusieurs attributs qui s'excluent mutuellement, et dont un est affirmé du sujet, sans que l'on détermine lequel.

Ce jugement est complètement disjonctif , quand il présente la division d'un tout logique dont tous les membres sont énumérés ; il n'est qu'incomplètement disjonctif , lorsqu'on a omis un ou plusieurs membres de la division (184).

80. Le jugement copulatif-négatif , qui énumère plusieurs attributs opposés qu'il déclare ne pas appartenir au sujet tous à la fois, n'est qu'un jugement disjonctif transforme, ou énoncé sous une forme négative.

81 . 4"" Pour ce qui concerne la modalité , le jugement peut énoncer son objet soit comme possible^ soit comme réd^ soit comme absolument nécessaire. Dans le premier cas le jugement est appelé problématique , dans le second assertoire , dans le troisième apodictique.

82, En effet dans le jugement problématique on affirme que le sujet peut avoir ou ne pas avoir l'attribut qu'on détermine, dans le jugement assertoire que le sujet a de fait cet attribut ou ne l'a pas, dans le iugement apodictique que le sujet a nécessairement ou ne peut nullement avoir cet attribut.

85. Les anciens distinguaient quatre modes de juger : le possible , le contingent j le nécessaire et l'impossible , et trois sortes de jugemens modaux : le premier énonçant ce qui peut être ou ne pas être , le second ce qui existe d'une manière contingente , le troisième ce qui est absolument nécessaire et ce qui ne peut pas être.

II) Division des jugements comparés entre eux*

84. Deux jugements comparés entre eux sont identiques s'ils ont la même forme et la même matière , et divers s'ils diffèrent de matière ou de forme.

85. Deux jugements sont strictement identiques ^ lorsqu'ils ne diffèrent ni quand au fond ni quant à la manière dont ils représentent leur objet; s'ils sont identiques au fond, mais différents dans la manière de représenter ce fond , ils sont proprement équivalents ou équipollents (49).

86. Deux jugements divers sont opposés y subalternes ou disparâtes,

87. On appelle opposés deux jugements, dont l'un détruit l'autre ou en implique la négation. Ils se subdivisent eu contradictoires^ si l'un ne fait que détruire ou nier l'autre, et en contraires j si l'un, outre la négation de l'autre, renferme une affirmation ultérieure (5i).

On a coutume d'ajouter ici les jugements sous-contraires. On entend par là deux jugements particuliers, de même matière mais de forme différente, contenus de part et d'autre sous deux

jugements universels contraires. Ils ne sont opposés qu'en apparence.

88. Deux jugements dont Tun contient Tautre, c'est-à-dire, qui ont la même matière et la même forme, mais dont Fun est universel et Tautre particulier , sont subcdtemes ou subordonnés.

On peut appeler le premier contenant et l'autre contenu.

89. Deux jugements dont l'un ne contient ni n'exclut l'autre se nomment disparates ou dissemblables.

90. Ici se placent naturellement les jugements convertis ^ qui participent à la fois à la nature des jugements identiques et à celle des jugements divers (1).

Sous ce nom on entend deux jugements dans lesquels le sujet du premier est devenu Tattribut du second, et l'attribut du premier le sujet du second. Le premier de ces jugements s'appelle convertible ^ le deuxième convers, La conversion des jugements consiste donc dans la permutation entre le sujet et l'attribut.

On distingue la conversion simple ou parfaite , dans laquelle les deux jugements conservent la même qualité et la même quantité, et la conversion par accident ou imparfaite , dans laquelle le premier jugement garde sa qualité, mais change ou diminue de quantité, c'est-à-dire, d'universel devient particulier. Car on n'admet point comme légitime la conversion par laquelle la quantité s'augmenterait. C'est ce qu'expriment ces

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