CHAPITRE III
!••• eansas et !•• effets. — La loi de eavsallté.
50. — L'expérience fait voir qu'un phénomène quelconque ne se manifeste jamais d'une manière indépendante et spontanée. Il est toujours précédé d'un autre phénomène qui le conditionne, c'est-à-dire dont les modes sont en relation nécessaire avec les siens propres^. Le phénomène antérieur ou conditionnant s'appelle cause, et le phénomène consécutif et conditionné^ effet. La loi générale des rapports dont il vient d'être ques-
* Quand on mêle, par exemple^ du vin à de l'eau, celle-ci prend une couleur rouge dont le vin est la cause ; et les éléments de cette couleur dans les deux liquides sont les modes communs de la cause et de l'effet.
yO LES CATÉGORIES LOGIQUES
tion s^énonce dans la formule axiomatique bien connue : il n'est pas de cause sans effet et pas d'effet sans cause.
L'expérience montre en outre que les causes identiques produisent des effets identiques.
La conséquence à tirer de la constance de ces rapports est que l'on peut induire avec certitude de la présence de telle cause la production de tel effet, et de la présence de tel effet l'existence antérieure de telle cause ; autrement dit, dans les cas suffisamment déterminés, on peut se représenter le passé et prévoir l'avenir, puisque celui-là se compose au point de vue phénoménal ^ des causes achevées des effets actuels ^ et celui-ci des effets futurs des causes présentes.
Mieux encore, les causes ayant la passivité de la matière, ou des formes substantielles
* Le seul qui donne prise à l'intelligence sur la notion de temps et d'espace (aS) : la succession des phénomènes ou des effets est pour nous TétofTe de l'idée de durée, comme leur concomitance est TétofTe de celle d'étendue.
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auxquelles elles sont attachées, rhommepeut les prendre à son service et non seulement en prévoir les effets, mais les diriger et les déterminer ; en un mot, maîtriser partiellement la nature : tel est l'horizon qu'ouvrent à ses espérances et à son pouvoir Texpérience et la science appliquées à l'étude des * différentes manifestations de la loi de causalité.
51. — Au regard des sens, les objets sont les causes de la perception ; elles se confondent donc avec les qualités des choses perçues. Mais ces choses, étant des agrégats de qualités^ sont par là même des agrégats de causes dont la complexité défie souvent l'analyse. D'autres difficultés résultent de leup ténuité^ de leur éloignement ou de leur caractère insaisissable au sein des organismes vivants. On voit quels obstacles s'opposent souvent à la détermination exacte des effets par les causes, et réciproquement. C'est en pareille matière surtout que Temploi des mesures, là où il est possible, est de rigueur,
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et qu'à leur aide, la science peut se substituer à Tempirisme (46)-
52. — Pour les motifs qui viennent d'être indiqués, cette méthode précise n'est guère applicable aux choâes historiques et, d'une manière générale, à tout ce qui se rapporte au jeu compliqué des affaires humaines. Ce n'est pas une raison, cependant, pour les croire soumises aux caprices du hasard, qui n'est qu'un mot pour désigner provisoirement les causes et les effets dont Tenchaînement nous échappe ^
58. — Un indice important de la généralité absolue de la loi de causalité résulte de la
^ Même quand nous tirons un numéro d'un sac qui en c^n lient des centaines aussi semblables entre eux que possible, on ne saurait croire que notre choix est indéterminé. Il est conditionné par des circonstances qui, pour échapper à notre conscience, n'en sont pas moins réelles et certaines, et parmi lesquelles il faut faire entrer tout d'abord en ligne de compte certaines impulsions instinctives du tact provoquées par l'arrangement et des différences minuscules de forme, de densité, etc., qui distinguent les numéros dont la ressemblance n'est jamais qu'approximative.
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constitution même de la raison, qui agit invariablement et spontanément dans l'hypothèse delà constance de cette loi. D'où viendrait le sentiment si ferme que nous avons de son infaillibilité, sinon de l'empreinte héréditaire (ou de Texpërience transformée en instinct), dont elle a marqué l'esprit humain sous sa forme raison ?