‹ Précis de logique évolutionniste: l'entendement dans ses rapports avee le langageChapitre 59 sur 79 · AMPHIBOLOGIES ET ERREURS VERBALES · texte numérisé non relu

AMPHIBOLOGIES ET ERREURS VERBALES

87. — Les mots sont les signes des choses; non seulement ils servent à les rappeler au souvenir et à les classer mentalement dans un ordre conforme à leurs rapports naturels, mais ils fixent et distinguent, dans la mesure du possible et pour ainsi dire à Taide d'étiquettes appropriées, des phénomènes aussi fugitifs et aussi indécis que les états d'àmes.

Sans les mots, nous n'aurions que des idées vagues et confuses des objets concrets, et nous n'en aurions vraisemblablement aucune de nos sentiments particuliers et, en général, de tout ce qui échappe directement à

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rexpérience sensible. C'est dire combien il importe que le signe-mot soit en rapport précis avec l'objet signifié. Autrement, au lieu d'être le principal auxiliaire de la raison, il devient un piège où, comme il arinve souvent, elle tombe et succombe. En effet, si la perception peut nous tromper, elle peut aussi se contrôler et se rectifier. Il n'en est pas de même de Terreur qui vient du signe ; elle est susceptible de se perpétuer indéfiniment et, dans tous les cas, elle ne saurait être corrigée que par des moyens extérieurs ou indépendants du signe même.

Malheureusement, la nature même du langage, la manière dont il se développe et se modifie, l'expose à des ambiguïtés de p\jisieurs sortes, contre lesquelles il faut rester sans cesse en garde si Ton veut échapper aux conséquences fâcheuses de la substitution par l'intermédiaire du mot d'une idée fausse à une idée juste.

Les principales erreurs ou confusions dont

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les mots peuvent être la source^ résultent de la synonymie^ de V homonymie, des abréviations, de la diction poétique et des figures mythiques. Nous les examinerons successivement dans les chapitres qui vont suivre.

* L*absence d'équivoque, résultat de Tadaptation exacte du mot à l'idée et de la netteté des relations fçrammaticalcs étant le but idéal du langage, tout ce qui tend à ce but est. de nature à le perfectionner. A ce point de vue, il est incontestable que les langues modernes ont réalisé un progrès eu égard aux langues synthétiques de l'antiquité. La détermination de la fonction des mots d'après l'ordre qu'ils occupent dans la phrase en français, par exemple, est bien plus sûre et bien plus précise au moyen de cet ordre et de l'emploi des prépositions qu*à l'aide des flexions casuelles du latin.

A ne voir que les avantages logiques, donc, on est en droit de dire que no& langues actuelles l'emportent sur les idiomes anciens, dont elles pix>vicnnent. Mais il en est tout autrement si l'on considère le côté artistique ou esthétique de la question. On est tout aussi autorisé à constater que ia liberté de construction des langues synthétiques permet d'une part des elTets de style, de l'auti^e des combinaisons harmoniques dont nos langues sont privées à leur grand déU^imcnt. En résumé, le développement syntactique du langage se traduit en gain pour la raison, et en perte pour Tari, c'est-à-dire pour l'éloquence et la poésie.

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