DE LA PREMIÈRE ÉDITION DES LIGATURES
Au moment où je résolus d'écrire sur le manuel opératoire, je crus devoir bien préciser mon but et arrêter la forme que je donnerais à mon ouvrage.
Mon but était de combler les lacunes qui rendent nos meilleurs traités de médecine opératoire insuffisants pour les futurs praticiens qui hantent l'amphithéâtre, afin d'y acquérir cette habileté manuelle qui est la moitié du chirurgien.
Ce n'était pas de remplacer un livre quelconque; on le verra sans peine aux soins que j'ai pris pour restreindre ma tâche.
Rien ne me forçait à écrire un précis complet de médecine opératoire. J'étais absolument maître de mon programme et n'avais à répondre qu'aux sollicitations de quelques élèves restés mes aveugles amis; aussi ai-je éliminé d'emblée les opérations spéciales que je ne pouvais décrire avec compétence. Je gardai seulement les opérations courantes et urgentes (ligatures, amputations, etc.), que tout praticien est appelé à exécuter et qui, contrairement à ce qui a lieu pour les opérations spéciales, sont à peine indiquées dans les livres de pathologie.
C'est cette chirurgie élémentaire et fondamentale que l'étudiant doit apprendre, tant pour ses examens que pour les exigences de sa future pratique. Aussi est-il généralement désappointé, lorsqu'à l'amphithéâtre et le couteau à la main il ouvre ses classiques et n'y trouve que des chapitres écourtés ou dévoyés vers l'histoire, l'anatomie ou la clinique. Lui qui ne demande pour le moment qu'à apprendre à opérer, il ne peut se contenter de vagues descriptions, 11 voudrait saisir un fil d'Ariane et le trouver solide, continu et tirant droit au but.
Il voudiait qu'on ne lui dît pas seulement ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter, mais aussi comment il faut le faire. J'imagine que les auteurs qui ont particulièrement négligé ce dernier point, ont redouté l'insuffisance de l'enseignement écrit et qu'ils ont voulu laisser de la besogne au répétiteur dont quelques élèves réclament encore les leçons pratiques.