X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION DES LIGATURES
Ils ont supposé à celui-ci du métier et de la tradition, sans songer que la tradition peut se perdre si on ne la couche sur le papici-.
C'est parce que je suis convaincu qu'il y a possibilité de combler celte lacune et utilité à le faire, que j'ai voulu l'essayer. Je vais donc chercher à montrer comment il faut opérer, ce jwint capital de tout enseignement professionnel manuel.
Je n'ai pas voulu écrire d'ahord sur les "amputations, craignant de prendre ma tache par le gros bout. Quoiqu'on dise volontiei's dans le monde médical, entre augures, qu'on se tire toujours d'une amputation, je pense qu'il est plus difficile de bien amputer un membre que de lier une artère.
Or, la difficulté d'enseigner une manœuvre est généralement en rapport avec la difficulté qu'on trouve à l'exécuter.
Une autre raison capable de me pousser à commencer par les ligatures d'artères, c'est que ces opérations, souvent urgentes, sont un peu la terreur des praticiens. On ne peut les improviser : il faut avoir appris à lier chaque artère méthodiquement, comme on fait la manœuvre du ftisil de guerre; il n'y a pas qu'à trancher, comme dans une amputation ; il faut trouver ce qu'on cherche, et pour le trouver sûrement, il faut connaître son chemin et l'avoir maintes fois parcouru.
J'ai donc tâché de composer pour les ligatures un guide clair et précis qui, ouvert sous les yeux de l'élève, avant d'être dans la mémoire du praticien, puisse lui permettre d'opérer avec succès. Qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions : je n'ai songé qu'à venir en aide à l'enseignement pratique et mimique de l'atelier et non à le rendre superflu; car rien ne peut remplacer le concours du répétiteur qui opère sous les yeux de ses élèves et les fait opérer après lui.
Je n'ai point oublié un seul instant que l'on devait opérer sur le sujet mort comme s'il était vivant, prévoyant les mêmes dangers, prenant les mêmes précautions, supposant aux parties intéressées par le couteau toutes leurs propriétés physiologiques, etc. C'est afin que l'exercice de l'amphithéâtre soit un vrai début dans la pratique des ligatures d'artères.
Car il faut convenir, avec T. Holmes {A System of Snrgery, 1. 111, p. 404, Prédit.), qu'une ligature sur le vivant ressemble beaucoup à la môme opération faite sur le cadavre. 11 y a peu d'imprévu à craindre pour un opérateur exercé aux opérations cadavériques. Mais il faut être exercé, car Holmes rappelle le fait de P. Crampton qui, malgré sa grande habileté, avant de lier l'artère iliaque interne, répéta sept fois cette opération sur le cadavre et trouva cliaque fois quelque chose à apprendre.
Quiconque écrit sur la médecine opératoire trouve deux rôles à remplir. Dans le chirurgien, en effet, il y a deux hommes : le clinicien, qui juge des indications, de l'opportunité d'une opération, etc., et l'opérateur, qui l'exécute. Je me hâte de me récuser au point de vue clinique; j'ain-ais pu
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compiler, mais pour rester en paix avec ma conscience, je préfère renvoyer aux livres des chirurgiens expérimentés qui ont écrit sur la matière, et aux traités de pathologie externe suffisants à ce point de vue.
Enfin, je n'ai pas décrit tous les procédés connus pour lier les artères ; je m'en suis bien gardé. J'ai fait un choix, ou j'ai accepté le choix fait d'avance par les chirurgiens les plus éminenls de notre époque.
Le lecteur reconnaîtra sans doute que, si j'ai mis à profit lés écrits de mes devanciers, je ne les ai pas copiés servilement, il trouvera quelque trace de personnalité en plusieurs points. S'il désire apprendre l'art d'opérer autrement qu'en amateur', et s'il met mes conseils en pratique, je suis sùr qu'il me saura gré des cU'orts que j'ai faits pour guider sa main.
On s'étonnera sans doute au premier abord de la forme toute nouvelle donnée à cet ouvrage. La pratique de l'enseignement m'a démontré qu'il n'est rien de facile pour un apprenti; et si quelqu'un est tenté de me reprocher de me montrer trop méticuleux, ce ne sera qu'un opérateur déjà exercé : je me justifierai en le renvoyant à ses débuts.
Mes descriptions sont imprimées en gros caractères. Je les ai voulues courtes, rapides et continues, pour que l'élève saisisse vile l'ensemble de l'opération. Aussi, ai-je dù les faire précéder et suivre de notes en petit texte, tant sur l'anatomie que sur certaines précautions et manœuvres opératoires. Après avoir rappelé à l'élève les notions anatomiques indispensables, je lui commande pour ainsi dire l'exercice, lui indiquant avec soin et successivement toutes les manœuvres qu'il doit exécuter pour arriver à son but; chemin faisant, je lui donne les explications nécessaires pour qu'il saisisse et retienne l'utilité de toutes les phases de l'opération, pour qu'il ne se borne pas à opérer machinalement
Quelque imparfaite (disais-je encore) que soit la partie iconographique de cet opuscule, j'ai mieux aimé la faire comme elle est, représentant les principales manœuvres indiquées dans le texte, que d'imiter les auteui's qui se bornent à figurer le résultat de l'opération. Que penser, en effet, de ces gravures qui, à travers une fente de la peau, sur un membre sans niodelé, montrent l'artère chargée sur la sonde'? Ne rappellent-elles pas le prestidigitateur exhibant tout à coup la muscade? Nous la voyons bien, mais d'où vient-elle et comment est-elle venue? S'il nous fallait répeter le tour, nous serions bien embarrassés!
1. Les arts mécaniques les plus simples cxigciU un long apprculissagc. (La Bruyère.)