‹ Précis de manuel opératoireChapitre 17 sur 117 · I. TORSION DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

I. TORSION DES ARTÈRES

Presque aussi vieille que la cbirurgïe (Galien), la torsion des bouts d'artères coupées a été sérieusement étudiée au commencement de notre siècle par Thierry, Amussat et leurs contemporains, principalement dans le dessein de favoriser la réunion immédiate des moignons qu'on obtenait alors si rarement. On chercha aussi à tordre les artères dans la continuité, afin de guérir les anévrysmes.

$ 1. Torsion d'un bout d'artère coupée en travers. — 11

faut distinguer deux procédés : À. Torsion simple (refoulement aléatoire) ; B. Torsion avec refoulement prémédité.

A. Torsioyi simple. — - La torsion simple se pratique ainsi : le bout de l'artère est attiré au dehors et débarrassé de ses adhérences celluleuses ; on le saisit dans les mors larges d'une pince à verrou très solide (fig. 15) et tenue dans l'axe du vaisseau.

Fig. lo. — Pince à verrou à mors larges, pour saisir et tordre les bouts d'artère.

On fait ensuite exécuter à l'instrument un nombre de tours variable avec le volume et l'état de l'artère, jusqu'à ce qu'il se détache emportant le morceau. On peut aussi s'arrêter avant la rupture complète du pas de vis ou tourillon.

Quand la torsion simple réussit bien, voici ce qui se passe: la tunique externe seule résiste et se tord pendant que les deux autres,

26 GENERALITES.

rompues et décollées, sont refoulées dans le calibre du vaisseau (%■ 16).

Mais, pour bien réussir, il faut que le bout tordu soit sain et dépourvu de collatérales dans l'étendue de 0m,01 environ; il ne

Hg. 16. — Fragment d'artère carotide primitive tordue et disséquée (expérience cadavérique). — On voit les tuniques élastiques rompues presque régulièrement et refoulées. La tunique adventice est seule tordue.

faut pincer que l'artère et la pincer solidement dans toute sa largeur. Il est bon aussi de rompre les tuniques élastiques d'une manière quelconque au point où l'on désire voir la torsion s"opérer, et même quelquefois de fixer l'artère au-dessus de cette rupture avec des pinces inoffensives enfin de limiter la torsion1.

B. Torsion et refoulement. — Afin d'assurer la rupture circulaire et le refoulement des tuniques interne et moyenne, Amus-

Pig. 17. — Pince à baguettes d'Àmussal

sat, tenant d'une main le bout de l'artère comme à l'ordinaire, se servait d'une pince à baguettes (fig. J7i tenue de l'autre main pour

1. Bryant recommande de faire seulement 10 tours pour les grosses artères, 6 pour les moyennes, i pour les petites. Hill, qui a réussi soixante et dix fois, s'arrête encore plus tôt. (The Lancet,ïi nov. 1870.

TORSION DES ARTERES. 27

écraser l'artère en travers et rompre ses tuniques élastiques en respectant la tunique externe. Avec cette pince il commençait le refoulement et tordait ensuite ou simultanément.

Pourvu que la rupture des tuniques élastiques soit complète, la torsion suffit à opérer leur refoulement. La pince à verrou peut tout faire en saisissant le bout de l'artère, si elle a des mors carrés du bout et aussi larges que le vaisseau.

La torsion si communément appliquée aux petites artères est applicable aux plus grosses. Je pense qu'il convient alors d'assurer le refoulement des tuniques élastiques. Mais le chirurgien trouvet-il dans la torsion bien faite et opportunément faite autant de sécurité que dans la ligature? Cela peut être et M. Tillaux a essayé de nouveau de le prouver. Remarquez toutefois les deux points soulignés : bien faite signifie qu'il est plus difficile de tordre que de lier, et opportunément veut dire que la torsion ne convient pas à tous les cas ni à toutes les artères, comme la ligature.

g 2. Torsion dune artère dans la continuité. — Il V a

une manière de rentrer dans le procédé précédent, c'est de couper l'artère en travers et de tordre séparément les deux bouts préalablement fixés pour que, aussitôt après la section, ils ne se rétractent pas trop profondément dans leur gaine.

En passant sous l'artère un instrument rigide droit ou recourbé, pour s'en servir comme du bâton d'un garrot, on peut tordre le vaisseau, fort heureusement élastique, car on l'allonge d'abord notablement. Il est possible d'arrêter la torsion quand on veut; si l'on va jusqu'à la rupture, les deux bouts restent (?) enroulés comme les deux bouts d'un fil de fer réunis à la pince du treillageur. Cette torsion n'est pas dans l'axe du vaisseau et il y a perte de substance. Par conséquent, l'élasticité longitudinale de l'artère tend à détruire la réunion des deux bouts et à transformer la torsion en un simple arrachement avec refoulement probable des tuniques élastiques.

J'ai cherché, sur le cadavre, bien entendu, à tordre les artères dans la continuité sans perte de substance notable, avec ou sans rupture à volonté, et j'y ai réussi à l'aide d'un instrument primitif dont il est inutile de reproduire ici le maniement et la description.

Page 1