DE LA PREMIÈRE ÉDITION DES AMPUTATION
Le premier fascicule de cet ouvrage ayant été spontanément Lien accueilli par plusieurs chirurgiens expérimentés d'Europe et d'Amérique, je me suis enhardi à travailler pendant quelques années pour donner un assez gros précis du manuel opératoire des amputations. Ultérieurement paraîtra une dernière partie consacrée aux résections et à certaines opérations fréquemment pratiquées, et qu'il est utile et possible de répéter sur le cadavre : (( Parmi les opérations, il en est, dit Chassaignac, dont l'étude exige des manœuvres cadavériques; il en est pour lesquelles ou
n'a rien à retirer de ce genre d'exercices On répète sur le cadavre une
ligature d'artère, une amputation et surtout une résection. On ne répète pas une opération de hernie étranglée ou une ablation de tumeur. »
C'est donc volontairement que je n'ai jamais songé à traiter de cette multitude d'opérations qui, sans grand profit pour les études sérieuses, prennent la majeure partie de la place clans les traités de médecine opératoire — opérations de petite chirurgie — opérations impossibles à répéter sur le cadavre, — opérations spéciales qui ne peuvent être enseignées que par des maîtres devenus spécialistes à des élèves spéciaux. Ne forçons point notre talent : c'est de la grosse ou grande chirurgie qu'on trouvera ici, celle-là même qui, au point de vue des études d'amphithéâtre, c'està-dire de Yéducation de la main, mérite la première place.
On trouvera dans ce livre bien des procédés justement abandonnes cl bien d'autres très médiocres que la nécessité seule peut imposer. Les premiers ont été seulement indiqués ou figurés, les seconds n'ont reçu que les développements strictement nécessaires.
Quant aux procédés de choix ou d'élection, je n'ai rien épargné pour mettre le lecteur en mesure de les comprendre, de les apprécier et de les exécuter dans les meilleures conditions, pour que le malade guérisse et possède un moignon régulier, indolent et utile. J'ai donc été long, forl long, ne craignant pas les répétitions, cherchant, à l'imitation d'A. Paré, ;. faire si bien et si clair « qu'il n'y eût personne qui ne devînl par mes écrits
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beaucoup plus habile que moi ». Certes, nul ne me fera le reproche, adressé par Bichat aux auteurs de son temps, de forcer le lecteur à « parcourir péniblement dix pages de ce qui ne se fait plus pour arriver à dix lignes de ce qu'on doit faire ». Car ce qui ne se fait plus ou ce qui se fait encore, mais ne devrait plus se faire, a été relativement écourté; tandis que ce qu'il nuit faire recevait des développements tout à fait inusités.
Pour chaque procédé d'élection, j'ai donné les raisons de mon choix. Dédaigneux de faire des élèves crédules et inconscients, cherchant des disciples librement convaincus, ne désirant m'imposer à personne, je fais un appel constant aux connaissances et au jugement de ceux à qui je propose tel ou tel procédé, telle ou telle manœuvre.
Je n'altache pas, du reste, une importance extrême à la manière dont un opérateur s'y prend pour exécuter un procédé. Chacun a ses attitudes préférées, ses habitudes, etc. Je voudrais même que les juges des examens et des concours fassent, comme moi, à peu près indifférents au mode d'exécution chaque fois qu'il reste méthodique, et gardassent leur sévérité pour apprécier le résultat. Le juge B. veut que le couteau attaque d'abord la face dorsale; le juge C. tient pour le contraire. A quoi bon faire subir aux candicats les conséquences de ce futile désaccord, puisque vous vous entendez, messieurs, sur la forme, la situation, la vitalité, les dimensions du lambeau, etc.?
On reconnaîtra, je l'espère, que je ne me suis pas contenté de mes études d'amphithéâtre et que c'est de la médecine opératoire applicable au vivant que je me suis efforcé d'enseigner. Au peu que j'ai vu moi-même j'ai voulu ajouter tout ce que je pouvais prendre dans les auteurs français, anglais et allemands.
On ne trouvera pas ici de séries de faits à l'appui du jugement porté, avec prudence et réserve, sur les procédés opératoires. A ce point de vue surtout, la statistique est d'un primitif désespérant. Certes, le temps n'est pas loin où tout le bagage statistique chirurgical accumulé jusqu'à nos jours sera rejeté avec dédain comme une matière brute et avariée. Car n'est-il pas urgent de catégoriser les amputations de chaque segment de membre suivant la cause, l'état général et local, suivant le lieu ou la hauteur de l'amputation; enfin, suivant le procédé et le mode de réunion et de pansement? Peut-on se contenter d'observations comme j'en ai tant lu, surtout dans les recueils anglais, où il est dit à la fin : recovered, guéri! C'est le principal. Mais dans quel état est la cicatrice? Le moignon est-il indolent et utilisable ? On n'en dit rien. Et que de fois aussi j'ai, a propros des amputations du membre inférieur, trouvé comme résultat indiqué : le malade marche; saus qu'il soit dit s'il s'appuie sur le moignon ou sur l'ischion !
Jusqu'à présent et malgré les commodités de l'anesthésie, les procédés
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rapides ont été conservés par la grande majorité des chirurgiens, « connue si un sablier devait être la mesure du mérite d'un opérateur. » (Pouteau, 111,214.)
J'ai voulu réagir hardiment contre cette pratique, qui devait disparaître avec l'avènement du chloroforme, car ce qu'on gagne en vitesse on le perd en précision. Je me permettrais même de nepas accordera Sédillot que les procédés rapides doivent être conservés près des champs de bataille : car ce n'est pas l'amputation proprement dite qui prend du temps, mais bien les soins préliminaires et consécutifs, l'anesthésie, l'hémostase et le pansement. Qu'ya-t-il à gagner à choisir un procédé rapide? Des secondes, très rarement des minutes. Qu'y a-t-il à perdre ? La sécurité, le tuto, auquel tout doit être sacrifié, le cito comme le jucunde.
Plusieurs chirurgiens français tendent à se montrer moins soucieux qu'autrefois de l'effet a produire sur les assistants : pour amputer le mieux possible, ils se placent commodément; ils extirpent les membres et ne les abattent plus avec la furia, la recherche de pose et les grands gestes incommodes de leurs prédécesseurs. Toutefois, la simplicité dans l'attitude, la brièveté du couteau employé, la volonté de faire un bon moignon, ne doivent point empêcher le chirurgien d'opérer avec élégance.
Est-il donc si utile de bien opérer? Les vrais chirurgiens disent oui, les autres non. Pour ceux-ci, les malades guérissent aussi vite et aussi bien, les moignons sont aussi bons, quelles qu'aient été la méthode employée et l'habileté de l'opérateur. Ceux qui parlent ainsi, contestant, en fait, l'utilité des longues études anatomiques et opératoires, contempteurs de ce qu'ils ignorent, ne méritent le nom ce chirurgiens que parce qu'ils font de la chirurgie .
Nous savons mieux qu'autrefois choisir le moment opportun pour pratiquer les opérations ; nous respectons les contre-indications de l'état général ; nous sommes maîtres, ou à peu près, de la septicémie. Par conséquent, puisque nous pouvons presque répondre de la vie des opérés, le moment n'est-il pas venu de concentrer notre attention sur les procédés opératoires, afin que cet idéal, la réunion rapide, se produise sûrement cl que le résultat, le moignon, reste non seulement régulier et indolent, mais encore et surtout puissant et bien conformé pour le travail?
Je n'ai rien à dire sur la forme de ce travail que je n'aie déjà dit dans le préambule de la première partie. Ici encore les figures ont été faites par moi et gravées sous la direction de M. Blanadet, dont la complaisance ne s'est pas démentie un seul instant pendant notre longue collaboration ' . Ces figures ne sont pas toutes ce que j'aurais voulu qu'elles fussent : elles m'ont cependant coûté beaucoup à tous les points de vue. J'ai vainement
1. La plupart do celles des résections sont dues au burin île M. Thomas.
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voulu trouver un dessinateur capable de représenter plusieurs mains attelées à la fois à la même manœuvre opératoire. Telles qu'elles sont, j'espère que les figures de cet ouvrage contribueront à le rendre clair et précis. Elles ont été faites pour cela et ne sont pas empruntées à des ouvrages antérieurs. C'est un trait d'originalité rare et incontestable que je me permets de signaler.
Si je voulais citer les ouvrages lus ou consultés pendant la rédaction de ce précis, le premier serait un recueil manuscrit de mes leçons orales d'autrefois, et que m'a laissé M. Charles Monod en quittantl'Ecole pratique après s'y être exercé trois années...; le dernier, le volume de mémoires sur les amputations que vient de publier le professeur Verneuil. En relisant ces mémoires, que je ne connaissais pas tous dans leur état actuel, je me suis aperçu qu'ayant été imprégné de l'enseignement de ce maître depuis quinze ans, je tenais de lui un certain nombre d'idées que j'étais arrivé à croire miennes.