Laryngites aiguës non diphtériques
Les laryngites aiguës ne sont pas des maladies spéciales à l'enfant; mais elles ont chez lui une physionomie très particulière. A cet âge elles ne sont souvent qu'une étape de l'infection des^cendante de l'arbre respiratoire, au lieu de rester une affection isolée, comme le fait est fréquent chez l'adulte. Elles s'accompagnent, surtout chez les nourrissons et dans la moyenne enfance, de troubles dyspnéiques plus intenses qu'aux âges plus avancés, par suite de l'étroitesse du larynx et de l'intensité des phénomènes spasmodiques. De ces deux ordres de fadeurs résulte une gravité spéciale.
Les laryngites aiguës relèvent de causes multiples. Les
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unes, dues à des germes spécifiques, sont décrites à part : ce sont la laryngite diphtérique, qui est fréquente, les laryngites aiguës tuberculeuses et sypliilitiques, qui sont rares. Les autres, réalisées par des germes vulgaires et aussi par quelques ijermes spécifiques, mais banales dans leur expression clinique et anatomique, sont seules étudiées ici.
Étiologie. — A. Causes prédisposantes. — Tous les enfants peuvent être atteints accidentellement de laryngite aiguë. Mais certains y sont particulièrement prédisposés soit par une susceptibilité spéciale du tissu lymplwïde du larynx analogue à celle qui existe pour ce même tissu au niveau du pharynx, soit par Vinfection chronique du rhino-pharynx, liée à l'hypertrophie de son tissu lymphoïde (p. 66), ou du nez (p. 52^.
B. Causes déterminantes. — La cause des laryngites aiguës est Vinfection.
\° Elle peut être primitive ou consécutive à une rhinite, à une rhino-pharyngite, à une amygdalite ; l'infection gagne le larynx et, de ce dernier, s'étend souvent à la trachée et aux bronches. Le refroidissement (laryngite a frigore) en est souvent l'occasion.
2° Elle peut être due à une maladie générale infectieuse : grippe, rougeole, variole, varicelle, etc. Il s'agit tantôt d'une localisation initiale de Vagent de la maladie, qui atteint généralement aussi, en même temps ou auparavant, le nez el le pharynx, tantôt d'infections secondaires.
3'^ Dans des cas rares, elle est consécutive à une suppuration profonde du cou : abcès péri-pharyngien, phlegmon susliyoïdien.
4'^ Parfois, elle est occasionnée ou provoquée par le contact (\u tube laryngien après le tubage, par la déglutition rapide de liquides bouillants, par l'inhalation de vapeurs irritantes.
Anatomie pathologique. Bactériologie. — Les lésions, plus ou moins intenses, généralisées ou localisées, permettent de distinguer plusieurs /ormes anatomiques de laryngites aiguës.
1'^ Laryngite catarrhale. — La muqueuse est rouge et tuméfiée dans son ensemble ou dans certains points (épiglotte, région aryténoïdienne, région sous-glottique). Au microscope, le chorion est infiltré de leucocytes, surtout au voisinage des vaisseaux et det. glandes, les follicules clos sont gros et saillants (Goyne).
2" Laryngite ulcéreuse. — On trouve, en plus des lésions précédentes, des ulcérations diffuses ou localisées à la partie postérieure des cordes vocales inférieures, dans la région aryténoïdienne, dans la région sous-glottique; elles sont consécutives à la nécrose des follicules clos ou à la suppuration des glandes (Coyne).
3" Laryngite mBmbraneuse. — Elle est étudiée à propos de la laryngite diphtérique (p. 350), car le bacille de Lœffler en est l'agent le plus habituel.
4° Laryngite phlegmoneuse ou œdémateuse. — La muqueuse est tuméfiée, pâle ou rouge, généralement dans la région glottique et sous-gloltique ; elle est infiltrée par un liquide séro-purulent ou purulent ; quelquefois il y a des ahces cii^ conscrits.
Dans ces différentes formes les germes le plus habituellement constatés sont le streptocoque, \e pneumocoque^ le staptiytocoque. Dans les laryngites membraneuses non diphtériques on a trouvé du pneumocoque (Netter), des microcoques (L. Martin, etc.).
Symptômes. — Les laryngites aiguës donnent lieu à des phénomènes généraux fébriles et à des troubles locaux, modifications de la toux, du cri, de la voix, dyspnée, isolés ou associés. Ces derniers sont seuls caractéristiques.
La toux, la voix, le cri sont rauques, à cause de la résonance défectueuse du vestibule laryngien et peut-être aussi de l'altération de la muqueuse sous-glottique ; ils sont enroués, quand les cordes vocales sont intéressées ; parfois il y a aphonie complète,
La dyspnée est continue ou paroxystique. Elle est la conséquence du rétrécissement du larynx et du spasme glottique, qui est très fréquent, même presque constant, chez l'enfant. Elle s'accompagne de sifflement laryngo-tractiéal, de cornage, de tirage, de cyanose, d'affaiblissement du murmure vésiculaire, etc. Elle peut aboiUir à V asphyxie.
Formes cliniques. — 1° Laryngite catarrhale. — Elle se traduit par de V enrouement, de la raucité de la voix et du en,parfois de Vaphonie, par une toux rauque, quinteuse. La température est normale ou atteint 38''-38°,5. Généralement il n'y a pas de dyspnée ; cependant il n'est pas rare de voir survenir (les accès de suffocation comme dans la forme suivante.
Tantôt l'affection est bénigne et guérit rapidement, laissant une dysphonie passagère. Tantôt, surtout au-dessous de
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■2 ans, elle ne tarde pas à s'accompagner de trachêo-broncliite et même de browho-pneumonie.
2" Laryngite catarrhale spasmodique, laryngite striduleuse Bretonneau), faux croup (Giiersant), laryngite sousglottique aiguë (Ruault). — Ces dénominations diverses indiquent qu'il s'agit d'une laryngite catarrhale, prédominant à la région sous-glottique (région douée d'une sensibilité très vive) et accompagnée de spasme glottique. Elle s'observe presque exclusivement chez des enfants de 2 à 7 ans, qui généralement sont prédisposés par l'état de leur nasopharynx et par l'irritabilité de leur système nerveux; souvent elle atteint plusieurs enfants d'une même famille ou des enfants dont les parents ont présenté dans leur jeune âge des accidents analogues ; chez certains elle se répète à plusieurs reprises, à intervalles plus ou moins longs.
Le début, généralement précédé, pendant 1 jour ou "2, d'un peu de coryza et de fièvre, d'une toux quinteuse et rauque, est brusque et nocturne. Vers le milieu de la nuit éclate un accès de faux croup : l'enfant s'agite, sa respiration s'embarrasse ; il se réveille en sursaut, s'assied sur son lit, agité et anxieux ; la respiration est haletante, l'inspiration lente, sifllante, stridente ; la toux est rauque, aboyante, la voix claire ou à peine éteinte. L'accès dure 1/2 heure, 1 heui'e, 2 heures ; puis la dyspnée s'atténue et l'enfant s'endort. Au réveil, la Tespiration est un peu gênée, la voix raut[ue. La /ièvre. est plus ou moins élevée.
Tantôt l'accès reste unique, tantôt les accès se répètent 2 ou
3 nuits de suite. Mais la guérison est la terminaison habituelle, à moins que cette laryngite ne marque le début d'une infection des voies respiratoires inférieures ou d'une maladie infectieuse, la rougeole, par exemple.
A côté de cette forme caractéristique, il y a des faux croups graves, dans lesquels la dyspnée persiste dans Vintervalle des accès et s'accompagne de tirage permanent, de tendance à la cyanose, etc. En pareil cas, le tableau rappelle celui de la laryngite diphtérique, du croup vrai : mais la toux et la voix ont les caractères décrits plus haut. Dans ces formes, d'ailleurs, s'il ne se développe ni bronchite ni broncho-pneumonie, les troubles fonctionnels s'amendent au bout de 3 ou
4 jours, la fièvre tombe et l'enfant guérit.
3° Laryngites ulcéreuses. — Elles s'observent principalement au cours ou dans la convalescence de la rougeole et
s'accompagnent généralement de broncho-pneumonie. Il y a des signes d'une infection générale grave, le tableau du faux croup grave, une dyspnée vive avec tirage et cornage laryngotrachéal ; la voix et la toux sont tantôt rauques, tantôt éteintes ; parfois même l'aphonie est presque complète. Le tableau clinique présente donc de grandes analogies avec celui de la laryngite diphtérique'. •
Des laryngites ulcéreuses peuvent encore être provoquées par Viniabaiion du larynx.
4" Laryngites membraneuses non diphtériques. — Elles ne constituent que 1 à 2 p. 100 des laryngites membraneuses (Variot et Glover). Cliniquement, elles se confondent, à quelques détails près, avec la laryngite diphtérique.
5° Laryngites phlegmoneuses. — Elles sont rares dans l'enfance et leur symptomatologie se confond plus ou moins avec celles des laryngites ulcéreuses.
Diagnostic. — - i' Diagnostic différentiel. — Les caractères de la toux et de la voix, les troubles de la respiration imposent généralement le diagnostic de laryngite aiguë. Cependant d'une part Taifection peut passer inaperçue, s'il existe en même temps de la broncho-pneumonie, d'autre part elle peut êlre confondue avec une série d'affections :
1° Avec des affections extra-laryngées, causes de dyspnée et de troubles vocaux : abcès rétro et latéro-pharyngiens, qu'on reconnaît à la dysphagie associée à la dyspnée, à l'examen^ du pharynx par la vue et par le toucher (p. 116); compression du larynx, de la trachée, du pneumogastrique par une tumeur du cou ou du médiastin, un thymus hypertrophié, des adénopathies trachéo-bronchiques.
2° Avec des affections intra-laryngées : cedèmes du larynx consécutifs à la déglutition de liquides bouillants, à des affections hydropigènes (néphrites), à des tumeurs du médiastin; polypes du larynx; corps étrangers du larynx.
'2" Diagnostic étiologique. — Le diagnostic de laryngite aiguë porté, le point important est de savoir s'il s'agit d'une laryngite simple ou d'une laryngite diphtérique (p. 353), et, au cas de laryngite non diphtérique, si celle-ci est primitive ou liée à une maladie générale, telle que la rougeole.
Pronostic. — Le pronostic des laryngites aiguës est généralement bénin dans les formes catarrhales simples et spasmodiques. Par contre il est grave dans les formes à localisation soas-glottique, qui s'accompagnent de tirage permanejit et sur-
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tout dans les formes ulcéreuses ; la mort est alors une terminaison fréquente du fait de l'asphyxie ou de l'infection.
Chez l'enfant, d'ailleurs, surtout chez le nourrisson, au début d'une laryngite aiguë, le pronostic doit toujours être réservé. La laryngite la plus simple en apparence peut se compliquer de troubles respiratoires graves et être suivie, à plus ou moins brève échéance, de l'infection descendante de la trachée, des bronches et des poumons, qui aggrave singulièrement le pronostic.
Traitement. — L'enfant atteint de laryngite aiguë est placé dans une chambre convenablement aérée, à la température de 16° à 17°, et maintenu au lit dans la position demiassise.
On applique en permanence sur le devant du cou des compresses chaudes et humides, fréquemment renouvelées, ou une poche de glace, et on met des bottes d'ouate. On fait des pansements du rhino-pharynxavec de V huile camphrée ou goménolée deux ou trois fois par jour. On évapore de l'eau additionnée de benjoin, d'eucalyptus, de. laurier-cerise ou d'alcool mentholé*. On prescrit une potion de benzoate de soude et au besoin d'acétate d'ammoniaque.
Quand les troubles dyspnéiques sont intenses, les médicaments sédatifs du système nerveux sont indiqués: bromure de potassium associé au sirop d'éther ou au musc ; belladone ; codéine (Variot et Glover) et même morphine (Lesage et Claret).
Souvent il est utile, en présence de la fièvre et pour prévenir dans une certaine mesure Linfection descendante des voies respiratoires, de pratiquer V enveloppement jrais et humide du thorax et de donner des bains tièdes ou chauds.
Enfin, dans les laryngites aiguës qui s'accompagnent de dyspnée et de tirage permanents, le traitement opératoire s'impose parfois : tubage ou trachéotomie. Le tubage est souvent sans action à cause du siège sous-glottique des lésions ; il peut cependant être tenté, mais à condition, que le malade reste sous la surveillance continue du médecin. Au cas où son -action est nulle au bout de quelques heures, ou d'emblée, si l'enfant ne peut être surveillé, il faut pratiquer la trachéotomie.
1. Dans les hôpitaux, on peut avoir des chambres de vapeur; dans les familles, on organise une tente de vapeur autour du lit de l'enfant (Variot).
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