COMPRESSIONS DE LA MOELLE
Anatomie pathologique. — La tuberculose vertébrale peut réaliser des accidents médullaires par plusieurs processus.
1° Rarement il y a compression ou section de la moelle par une vertèbre déviée.
2" Quelquefois il y a compression par un abcès caséeux ou par un séquestre osseux faisant saillie dans le canal rachidien.
3" Le phis souvent (Charcot et Michaud) la tuberculose envahit l'espace épidural et réalise une pachyméningite externe caséeuse susceptible d'évoluer vers la sclérose. La dure-mère résiste habituellement; sa face interne reste lisse; quelquefois elle est envahie par des granulations tuberculeuses et la pie-mère peut être le siège d'une infiltration embryonnaire. La pachyméningite entraîne la compression de lu moelle dans sa porlion antéro-latérale et la compression des racines. La moelle est atteinte de myélite transverse soit par suite de la compression exercée sur elle, soit par ischémie consécutive à la compression des artères (Ziegler) ou par œdème déterminé par la compression des veines et des lymphatiques (Kahler), soit par suite de l'artérite et des lymphangites tuberculeuses, soit enfin par action toxique des produits tuberculeux.
4" En dehors de toute compression et de toute lésion vasculaire, la moelle peut être le siège dune myélite parenchymateuse (Philippe et Cestan) ou d'une myélite mixte.
5'' Enfin les lésions des racines rachidiennes sont aussi fréquentes que celles de la moelle; elles sont dues à la compression et à Y inf\aimmaiiion {névrite radicalnire).
Symptômes. — Les lésions de la moelle et des racines au cours du mal de Pott donnent lieu à des troubles sensitifs, moteurs, trophiques. Je prends comme type le mal de Pott de la région dorsale ou dorso-lombaire, qui est plus souvent cause des troubles médullaires.
1° Troubles sensitifs. — Ils sont les premiers en date.
Douleurs (pseudo-névralgiesj. — Si pour certains médecins elles sont plus rares chez l'enfant que chez l'adulte, pour d'autres il n'en est rien. Elles simulent \e?< névralgies intercostales, lombaires, sciatiques, crurales, etc., mais ne peuvent être localisées sur le trajet des troncs nerveux. Elles sont continues avec exacerbations très violentes, symétriques, envahissantes.. Elles peuvent se localiser au niveau des arlicula-
NoBÉcouRT. — Précis de médecine des enfants. 52
lions, notamment au genou. Elles s'atténuent et même disparaissent en général par le repos au lit.
Sensations anormales. — Ce sont des picotements, des fourmillements, la sensation de froid aux extrémités des membres.
Sensibilité objective. — H y a une anesthésie progressive, atteignant simultanément ou successivement les sensibilités tactile, thermique et la sensibilité à la douleur; elle réalise parfois la dissociation syringomyélique. Elle affecte la topographie radicLilaire et remonte de Textrémité vers la racine du membre.
^^ Troubles moteurs. — Ils apparaissent en général plus ou moins longtemps après le début des troubles de la sensibilité ; ils s'installent d'une façon progressive.
Ils revêtent plusieurs modalités :
a) Paraplégie spasmodique. — Le malade se plaint d'abord de faiblesse dans les membres inférieurs. Puis ceux-ci deviennent raides; pendant la marche la pointe des pieds traîne sur le sol. Bientôt la paralysie s'accompagne de contracture, d'exagération des réflexes, de trépidation épileptoïde, du signe de Babinski; la marche devient impossible sans le secours de béquilles (démarche pendulaire). A une période avancée les membres, au lieu d'être étendus, se contracturent en flexion.
L'exagération des réflexes rotuliens et achilléens est précoce; elle constitue parfois le premier symptôme, alors que la paraplégie peut paraître flasque (Broca).
Il y a généralement constipation et rétention d'urine, parfois incontinence par regorgement.
b) Paraplégie flasque. — La paraplégie flasque permanente avec abolition des réflexes et anesthésie totale par section de la moelle est exceptionnelle.
c) Paraplégie flasque suivie de paraplégie spasmodique. — Cette modalité correspond à la description classique de Charcot.
cl) Paraplégie spasmodique suivie de paraplégie flasque.
3° Troubles trophiques. — Vatrophie musculaire est tardive.
Il y a parfois des éruptions huileuses, du zona, des escarres dans la région fessière, des arthropathies passagères (hydarthrose, hémarthrose}.
Formes cliniques. — Elles sont en rapport avec le siège du mal de Pott : cervical, dorsal, lombaire. Les plus intéres-