V. — Hystérie. Pithiatisme
L'hystérie ou pithiatisme (Babinski) existe chez l'enfant. On a pu dire que chez lui elle esl presque physiologique, car il y est prédisposé par la grande activité de son système nerveux (Briquetj, par sa suggestibilité, par l'absence de jugement et de volonté (Rousseau Saint-Philippe). Elle présente dans l'enfance certaines particularités intéressantes; d'une façon générale, elle est moins complète et moins l)ruyante que chez l'adulte.
Sans entrer dans Fexposé des nombreuses discussions relatives à sa nature, on peut prendre comme critérium la formule de Babinski : a L'hystérie est un état pathologique se manifestant par des troubles qu'û est possible de reproduire par suggestion, chez certains sujets, avec une exactitude parfaite et qui sont susceptibles de disparaître sous Vinjluence de la persiîusion (contre-suggestion; seule. »
Étiologie. — Bien que l'hystérie ait été rencontrée chez des enfants de 2 ans, elle est rare avant 5 ans et augmente ensuite de fréquence de 5 à 10 ans, surtout de 10 à 15 ans. Elle atteint aussi bien les filles que les garçons, sauf de 5 à 10 ans, où la proportion serait plus forte pour les filles (Rousseau Saint-Philippe).
Son principal facteur est l'hérédité, hérédité similaire (hystérie de la mère) ou hérédité de transformation (affections nerveuses des ascendants, aliénation mentale, épilepsie, etc.); elle se retrouve dans 72 p. 100 des cas (Briquet). 11 faut encore noter l'existence chez les ascendants de Parthritisme, de l'alcoolisme, de la tuberculose, du diabète, de l'albuminurie, de la syphilis, etc.
Comme causes prédisposantes, on cite : une éducation mal comprise, le surmenage intellectuel, l'abus par la nourrice du café ou de l'alcool, l'onanisme, l'anémie, le rachitisme; les émotions morales, l'éruption dentaire, les traumatismes, les
infectioQS aiguës (fièvre typhoïde, pneumonie, scarlatine, coqueluche, etc.), le paludisme, la syphilis, le diabète, l'autointoxication gastro-intestinale, l'helminthiase intestinale, etc.
Une place à part doit être faite aux hystéries symptomatiques, dans lesquelles des accidents hystériques peuvent être provoqués chez les prédisposés par une lésion matérielle : méningite tuberculeuse (p. 697), névralgies, etc.
La cause déterminante est l'auto -suggestion ou V hétéro-suggestion; l'accident hystérique est précédé et préparé, chez un enfant prédisposé, par ses méditations, par la sollicitude maladroite de son entourage, par les examens médicaux(Babinski).
Symptômes. — La symptomatologie de l'hystérie est presque impossible à délimiter car on a fait rentrer dans cette affection nombre de phénomènes qui ne lui appartiennent pas. Rousseau Saint-Philippe décrit à l'hystérie de l'enfance quatre variétés : larvée, naissante, dissociée, complète. Les deux premières peuvent être réunies dans une description commune.
A. Hystérie larvée et naissante. — Les enfants sont considérés comme des nerveux. Tout petits, ils ont de l'insomnie, plus rarement un sommeil léthargique (Comby), ils crient d'une façon anormale, sursautent au moindre bruit, ont facilement du spasme de la glotte, des convulsions, parfois de la tétanie, des prurits tenaces (urticaire nerveuse d'OUivier). Plus tard, à partir de 2 à 5 ans, ils ont le caractère hystérique (Rousseau Saint-Philippe) : ils sont capricieux, volontaires, faiseurs d'histoires, simulateurs, prétentieux, jaloux, bizarres; ils ont facilement des palpitations, de l'arythmie, et, à l'occasion des maladies aiguës, des réactions méningées. La nuit, ils ont des cauchemars, des hallucinations de la vue et de l'ouïe (terreurs nocturnes), des grincements de dents, des mictions involontaires. Souvent ils ont du blépharospasme intermittent, du nystagmus; ils sont onychophages, tettent leurs doigts; ils ont du bégaiement intermittent, du hoquet, des tics [tic de Salaam (p. 843), par exemple].
Souvent, chez ces enfants, on observe de la dyschromatopsie, du rétrécissement du champ visuel, de l'abolition du réflexe pharyngien, etc., symptômes pour la plupart d'origine médicale (Babinski).
B. Hystérie dissociée. — Elle se montre généralement au moment de la puberté, surtout chez les filles, et revêt des aspects très variés.
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Les troubles digestifs sont fréquents : anorexie (anorexie nerveuse ou mentale), vomissements, occasionnés par des troubles dyspeptiques, le désir de maigrir, etc., entretenus parla sollicitude de la famille, pouvant amener une véritable cachexie (1); pneiimatose gastro-intestinale , attribuable à l'aérophagie qui, associée aux phénomènes précédents, peut simuler une péritonite aiguë (p. 3'29) ou tuberculeuse (p. 338), une appendicite (p. '2M).
Les troubles respiratoires, dyspnée, laryngo-spasme, toux quinteuse, pseudo-asthme, etc.; les troubles urinaires, pollakiurie, énurésie nocturne, anurie, etc., peuvent se rencontrer.
Les troubles de la parole sont fréquents : mutisme, aphasie, surdi-mutité, bégaiement, bredouillement, etc.
Les troubles sensitifs sont multiples. Vanesthésie est rare et généralement provoquée par l'exploration médicale (Babinskï), Vhyperesthésie commune ; il y a des céphalalgies opiniâtres, des arthralgies, des my algies, etc.
Les troubles moteurs sont fréquents : contractures (torticolis spasmodique, contractures des muscles du tronc et scoliose ou pseudo-mal de Pott, contracture des muscles de la hanche et pseudo-coxalgie, etc.) ; paralysies (monoplégie, paraplégie flasque ou avec contractures); tremblement; spasmes rythmés, chorée rythmée (p. 85"2), astasie-abasie .
Les troubles oculaires, les troubles trophiques (asphyxie locale, sueurs, œdème des extrémités, etc.), les troubles vasomoteurs (fièvre, ecchymose, hémorragies, etc.) sont bien douteux (Babinski).
Parfois l'hystérie reproduit le tableau d'une méningite, principalement de la méningite tuberculeuse (p, 743).
C. Hystérie massive ou grande hystérie. — La grande attaque se compose de 4 périodes : 1" convulsions, 2° contorsions ou grands mouvements, 3° attitudes passionnelles, 4° délire. Elle se comporte d'une façon générale comme chez l'adulte. Cependant, chez l'enfant, le type de la grande attaque ne se réalise pas d'emblée ; il ne se complète qu'avec l'âge chez des filles qui ont assisté à des attaques. Chez les jeunes enfants, la période convulsive est presque isolée; elle peut simuler
1. J'ai publié, avec Prosper Merklen (1906), l'observation dune fillette de 11 ans, qui était tombée dans un état de cachexie extrême el ne pesait plus que 14 k. 900, au lieu de 29 kilogrammes, poids normal à cet âge; elle guérit rapidement par l'isolement et, au bout de 50 jours, pesait 27 k. 200.
Tatlaque d'épilepsie et même l'épilëpsie partielle. Chez les grands enfants, la période délirante tend à empiéter sur les autres et à les effacer (Rousseau Saint-Philippe).
Les attaques frustes (hysteria minor) sont communes.
Diagnostic. — Le diagnostic d'hystérie, avant l'apparition de la grande crise, n'est pas toujours facile. Il faut se rappeler les manifestations multiples de l'hystérie larvée, naissante, dissociée, et savoir les distinguer des affections qu'elles peuvent simuler ; le diagnostic est fait à propos de chacune d'elles.
La grande hystérie est çurtout à différencier de la crise d'épilepsie (p. 844). Celui-ci survient souvent la nuit ou le matin, débute par un cri et par une chute massive ; il y a morsure de la langue, émission involontaire d'urine ; il n'y a pas d'attitudes passionnelles; il y a perte absolue de la conscience et de la mémoire; il y a en outre absence des stigmates hystériques. Mais il ne faut pas oublier qu'hystérie et épilepsie peuvent se superposer.
Il faut toujours pensera la simulation; mais la différence entre la supercherie consciente et la supercherie inconsciente est difficile à établir (Brissaud), et aux hystéries symptoniaîiques.
Marche. Pronostic. — Abandonnée à elle-même, l'hystérie tantôt reste stationnaire, tantôt s'aggrave. Traitée, elle s'améliore et guérit, tout au moins pendant un temps, car il n'est pas rare de la voir reparaître à l'âge adulte.
Le pronostic de l'hystérie infantile est donc favorable. Les cas les plus graves sont ceux où un symptôme persiste longtemps : anorexie, vomissements, contracture, paralysie, etc. La erise hystérique peut être suivie de troubles durables, ou au contraire faire disparaître des troubles préexistants.
Traitement. — 1» Traitement prophylactique. — Les enfants prédisposés à l'hys^térie par leur hérédité, les petits nerveux sont soumis à une bonne hygiène physique et morale, dont les règles se déduisent des conditions étiologiques, de la santé générale, du caractère, etc. 11 faut surtout éviter d'éveiller l'attention de l'enfant par une sollicitude exagérée, par des examens médicaux répétés, etc.
2" Traitement curatit. — Les hystériques avérés sont soumis aux règles générales qui viennent d'être indiquées. V isolement hors du milieu familial est souvent nécessaire. L'hydrothérapie, faite prudemment, a de bons eftets. De môme les