‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 105 sur 237 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

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1 Consulter deux analyses bibliographiques par Strohl (in Ann. d'hxjg. et méd. légale, 1868 et 1869), les Mémoires de Luigi de

DE LA MORT l’Ali LE FROID.

La mort par le froid arrive dans des circonstances différentes. Le refroidissement de l’organisme est rapide ou lent. Alors la mort survient plus ou moins vite, et les phénomènes qui la précèdent se déroulent avec une vitesse variable. Ou bien c’est une partie de l’organisme qui est atteinte : il y a congélation, et la mort générale succède à celte mort locale ; le mécanisme n’est pas le même, comme nous chercherons à le prouver.

Donc trois cas différents par l’étiologie et la pathogénie :

1° Mort par refroidissement rapide et progressif de l’organisme ;

2° Mort par refroidissement lent et continu de l’organisme;

5° Mort par refroidissement d’une partie. — Congélation.

Symptômes généraux et pathogénie.

Les lieutenants Payer et Weyprecht viennent de publier le récit des accidents que l’équipage du Tegelüwff' a eu à supporter dans le voyage de découverte aux 80"-85° de latitude nord, pendant les années 1872-1874. On y trouve bien décrite l'action du froid agissant longtemps et d’une manière excessive, puisque le 14 mars 1873 ils eurent à supporter l’incroyable température de — 50° centigr. « Si le froid des régions polaires agit d’abord comme excitant sur la volonté, il ne tarde pas ensuite à produire l'atonie. On se sent, à la longue, envahi par une sorte d’ivresse ; les mâ-

Crccchio et de IIôclic ; — les Mémoires de Walther, in Archives de Virchow, 1862-1863; — Richardson (Influence du froid extrême sur les fonctions du système nerveux, Gaz. Iiebd., 1867 n"2Iet 29; — Weir Mitchell (même sujet in Arch. de phu.sioloijte 1868, p. 477); - l’Odyssée du Tegelthoff (in Tour du Monde, 18/6;. L’article Fiioid du Dictionnaire de Uechambre par A. Laveran et Tourdes.

DES ASPHYXIES

choires sont prises d'un tremblement ; elles s’engourdissent, et l’on ne parle qu’au prix d’un effort pénible. Les mouvements deviennent incertains ; le corps et l’esprit, s’émoussent comme dans une sorte de somnambulisme....

« De tous les sens, l'odorat et l'ouïe sont ceux qui perdent le plus de leur acuité, à cause de l’état de congestion et de sécrétion exagérée où se trouvent constamment les muqueuses. Si l’on s’expose soudain à de grands froids au sortir d’un lieu chauffé1, on respire involontairement par le nez, et l’on ferme la bouche, par suite de l'oppression qui se fait au poumon. Les paupières, même par un temps calme, se couvrent d’une croûte de glace dont il faut avoir soin de les débarrasser pour pouvoir les ouvrir. L’évaporation [de l’œil suffit à ternir le verre des conserves ; à — 50° R., celles-ci sont aussi opaques que des croisées enduites de givre.

« La capacité de supporter le froid polaire diminue à la longue chez l'Européen, au lieu de s’accroître : le nez, les lèvres et les mains finissent par se tuméfier et par se vêtir d’une sorte d’épiderme parcheminé, qui se fendille et cause au moindre vent de vives douleurs , souvent même, pour peu qu’on se néglige, le nez et les mains, après avoir gelé, conservent un coloris violet dont nul effort ne peut les débarrasser, et il arrive aussi que l’extrême sensibilité de la partie ou du membre atteint se manifeste encore, après des années, lors des changements de temps. Le supplice le plus intolérable, dans les régions arctiques, est celui de la soif ; beaucoup tentent de l’apaiser avec de la neige : c’est un mauvais système; il en résulte des inflammations de la langue et du gosier, des maux de dents, des diarrhées. Le remède, d'ailleurs, est illusoire : de 30“ à 40° R. la neige produit dans la bouche la sensation d'un métal brûlant, et augmente la soif par réchauffement des membranes muqueuses, qui en subissent le contact. Aussi les Esquimaux eux-mêmes aiment-ils mieux supporter la soit la plus intense que de se désaltérer avec de la neige. »

1 Entre l’intérieur de la cabine toujours chauffée et le dehors, l’état de température était souvent de plus de 70 degrés Iîéaumur.

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Malgré la continuité et l'intensité du froid, malgré des fatigues de tout genre (ils mirent deux mois à parcourir 15 kilomètres), la santé des hommes du Tegetthoff fut relativement satisfaisante. Un peu de scorbut et quelques bronchites, telles furent les seules maladies pendant une expédition qui a duré 812 jours. Il est donc bien certain que l’homme peut résister longtemps à l’action du froid, si une alimentation convenable répare ses forces, et surtout si l'énergie morale et le sentiment du devoir le soutiennent. Le lieutenant Payer a vécu cinq ans sans abri, exposé à toutes les intempéries du ciel boréal.

Quant à la diminution ou au manque de nourriture s’ajoutent le découragement et l’affaissement moral, les accidents causés par le froid se produisent avec plus de rapidité, et l'organisme est de suite livré sans défense à toute la brutalité des agents extérieurs. Dans ces conditions, ainsi que nous l’avons montré ( Précis d'hygiène, p. 75), les accidents occasionnés par le froid sont plutôt dus aux qualités du froid qu’à son intensité. C’est ce qui s’observe sur des individus ensevelis dans une tourmente de neige ou égarés en traversant des forêts, sur des voituriers, qui, la nuit, chemin faisant, s’endorment sur leurs charrettes. Les uns et les autres, exténués de fatigue, se couchent, s’endorment et meurent gelés.

Les récits de la retraite de Russie montrent très bien le début des accidents qui précèdent la mort des individus succombant à l’action du froid. Dans quelques cas, mais ce ne sont pas les plus fréquents, l’apparition des symptômes fut brusque. Voici ce que dit Desgenettes : « Nous avons vu des hommes, marchant avec toute l’apparence de l’énergie musculaire la mieux prononcée et la mieux soutenue, se plaindre tout à coup qu’un voile couvrait incessamment leurs yeux. Ces organes, un moment hagards, devenaient immobiles: tous les muscles du cou, et plus particulièrement les sterno-mastoidiens, se raidissaient et fixaient peu à peu la tête à droite ou à gauche. La raideur gagnait le tronc, les membres abdominaux se fléchissaient, et ces hommes tombaient à terre, offrant, pour

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compléter cet effrayant tableau, tous les symptômes de la catalepsie ou de l’épilepsie. »

Larrey a admirablement raconté toutes les calamités qui assaillirent cette armée en marche, dans un pays dévasté. Le thermomètre descendit jusqu’à 28° R. au-dessous de zéro. Les hommes manquaient de tout, et parfois ils restaient plusieurs jours sans manger. « Nous étions tous dans un tel état d’abattement’ et de torpeur, que nous avions peine à nous reconnaître les uns les autres: on marchait dans un morne silence. L'organe de la vue et les forces musculaires étaient affaiblis au point qu’il était difficile de suivre sa direction et de conserver l’équilibre. L'individu ainsi atteint tombait aux pieds de ses compagnons, qui ne détournaient pas les yeux pour le regarder. Quoique l’un des plus robustes de l’armée, ce fut avec la plus grande difficulté que je pus atteindre XVilna. A mon arrivée dans cette ville, j 'étais à bout de mes forces et de mon courage; j’étais près de tomber pour ne plus me relever, comme tant d’autres infortunés qui ont péri sous mes yeux. » La grande armée ne comptait plus alors que 5000 hommes, « 5000 hommes des meilleurs soldats de la garde, tant d’infanterie que de cavalerie, presque tous des contrées méridionales de la France, étaient les seuls qui eussent vraiment résisté aux cruelles vicissitudes de la retraite ; ils possédaient encore leurs armes, leurs chevaux et leur attitude guerrière. Les maréchaux ducs de Dantzig et d’Istrie étaient à leur tête ; les princes Joachim et Eugène marchaient au centre de cette troupe, que l’on pouvait considérer comme le reste d’une armée de plus de 400 000 hommes que les habitants du pays avaient vue défiler six mois auparavant dans toute sa force et dans tout son éclat. La route de Miedzeski à Wilna était couverte de cadavres. La mort de ses infortunés était devancée par la pâleur du visage, par une sorte d’idiotisme, par la difficulté de parler, la faiblesse de la vue, et même la péri e totale de ce sens ; dans cet état, quelques-uns marchaient plus ou moins longtemps, conduits par leurs camarades ou leurs amis ; l’action musculaire s affaiblissait sensiblement, les individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres ; la faiblesse augmentait progrès-

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sivement jusqu'à ,1a chute du sujet, signe certain de l’extinction totale de la vie. » Ceux qui quittaient la colonne ou marchaient sur les côtés perdaient souvent l’équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, d’où ils pouvaient difficilement se relever; « ils étaient frappés aussitôt d'un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d’assoupissement léthargique, et en peu de moments ils avaient terminé leur pénible existence. »

L’action du froid sur les hommes privés de nourriture fut remarquée par Larrey ; mais l’exemple le plus frappant de cette action se trouve dans la retraite du Dou-Thaleb à Sétif, de la colonne du général Levasseur. C'était le 2 janvier 1845, par un vent du nord très violent; il fut impossible d’allumer les feux et de faire la soupe. Les hommes, fatigués et mouillés par la neige fondue, ne pouvant prendre aucune nourriture, présentèrent de nombreux cas d’asphyxie par le froid et de congélation des extrémités, et cependant le thermomètre ne descendit pas au-dessous de 2°. En arrivant à Sétif, la colonne, forte de 2800 hommes, en avait perdu 208 en 48 heures. Il fallut faire entrer 521 hommes à l’hôpital, 21 y succombèrent. Le docteur Schrimpton, qui accompagnait la colonne, décrit ainsi l'asphyxie par le froid : le sujet éprouve un engourdissement général, quelquefois de la douleur dans les membres et aux aines ; la contraction musculaire ne se fait plus qu’avec difficulté. La face est rouge, tuméfiée ; les lèvres sont bleuâtres, les yeux saillants, les mains se gonflent et rougissent; le pouls est petit et faible, la respiration est lente; les yeux prennent l'expression de l’égarement, la marche est incertaine, vacillante; le malade conserve sa connaissance, mais on dirait un homme ivre: on le relève et il retombe. Il ne peut tenir snr un cacolet sans être attaché. Des accidents semblables ont été observés, par Lebastard, sur un bataillon de zouaves qui allait d’Aumale à Boghar (1879).

Pour comprendre la pathogônie de ces divers accidents, il faut étudier successivement, après les avoir groupés, tous ceux qui se rapprochent le plus par l’étiologie.

1° Mort par refroidissement rapide et progressif de l'organisme. — Dans ces différentes circonstances, la mort

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s'explique par l'anémie'des centres nerveux consécutive à la diminution de l’activité du cœur. C’est à cette cause que Walther attribue la mort des animaux sur lesquels il expérimentait. Chez des lapins blancs, morts de froid, il a vu le fond de l’œil se décolorer d’abord, des convulsions survenir ensuite et précéder la mort. Les lapins auxquels on avait donné de l’alcool ou de la morphine se refroidissaient plus rapidement que les lapins intacts. A l’autopsie de ces différents animaux, on constatait une congestion des poumons, engorgement sanguin d’autant plus fort que le refroidissement est plus lent. D’après Walther, dans cette lutte de l’organisme contre le froid, il y a d’abord contraction des tissus et des capillaires de la surface du corps, puis ralentissement des mouvements cardiaques. La mort arrive par anémie du cerveau, affaiblissement du cœur et du poumon. Le danger est dans la durée de l’anémie. Nous dirons plus loin les conséquences pratiques qui découlent de cette façon de voir.

Ogston, dans ses autopsies de morts par le froid, signale outre la couleur vermeille du sang des gros vaisseaux, un certain état d’anémie de la substance cérébrale : « Cerveau exsangue, sinus vides, cœur et gros vaisseaux distendus par du sang fluide rouge, artériel, écume dans la trachée et les bronches, vessie pleine d’urine, d

Nous admettons, avec M. Cl. Bernard, que lorsqu’il y a abaissement considérable de la température du sang, ce liquide se coagule très difficilement et est rutilant. Cette couleur rouge s’explique par l’inactivité musculaire et par l’action du refroidissement qui affaiblit le système nerveux. Quand on refroidit un membre, le sang y devient rouge.

Aussi, contrairement à l’opinion des auteurs qui admettent une congestion encéphalique, nous croyons que, dans le refroidissement rapide, la mort arrive par anémie cérébrale.

Si celle-ci est réellement consécutive, comme le pense Walther, à la diminution de 1 activité du cœur,^ il serait très possible que l’affaiblissement de cet organe tînt à 1 action de l’acide carbonique sur ses parois, action qui peut

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aller Jusqu’à l’arrêt, par excitation des terminaisons du nerf pneumo-gastrique. ainsi que l’a montré M. Cyon.

MM. Mathieu et Urbain, qui admettent cette action de l'acide carbonique, pensent que l’accumulation de ce gaz doit être rattachée à la rareté des mouvements respiratoires et à la température basse du sang. Ce sont là deux conditions pendant lesquelles l’élimination de l’acide carbonique est gênée, tandis que sa solubilité est plus grande.

Ceci admis, on s’explique alors les convulsions signalées par tous les auteurs et décrites par Walther dans ses expériences. Ces phénomènes tiendraient à l’action excitante de l’acide carbonique sur les centres nerveux, action bien démontrée par Brown-Séquard.

2° Mort par refroidissement lent et continu de l’organisme. — Ainsi que nous l’avons montré par certains récits,

1 action du froid peut être plus lente, l’organisme lutte pendant un certain temps. Les accidents constatés, dans ces circonstances, montrent que la mort est arrivée par un autre mécanisme. Faisons observer, en outre, que certains accidents doivent se manifester pendant le sommeil léthargique causé par le refroidissement du corps.

Quand la température baisse, la respiration se ralentit, car Mathieu et Urbain ont démontré ce principe : les ti«sus vivants brûlent davantage lorsque la température du sanos élève, et moins si elle vient à baisser. Ces observateurs ont remarqué qu’un refroidissement même très considérable n a pas beaucoup plus d’effet qu’un refroidissement de quelques degrés. La proportion d’oxygène du sang artériel arrive bientôt à une limite qu’elle ne franchit plus alors même que la température extérieure vient à baisser’ Aussi, la respiration venant à se ralentir avec celle-ci

il y a un empêchement certain à la désoxvgénation du sang.

Qu on le remarque, il y a là deux effets opposés, mais qui ne s equihbrent pas longtemps; l’air étant plus froid 1 oxygéné tend à se dissoudre en plus grande quantité; mais, d un aulre côté, la respiration ralentie par le refroidissement de l’organisme tend à empêcher l’endosmose, telle derniere influence devient prédominante et l’acide

lacassagxe.

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carbonique s’accumule de plus en plus dans le sang artériel. C’est alors qu’il y a stase sanguine dans le cerveau, congestion cérébrale comme dans les autopsies dont parle Jauffret, et que se montre la tendance au sommeil, le sommeil léthargique. La mort arrive ainsi peu à peu, sans secousse, avec calme pour ainsi dire,

La diminution de l’oxygène explique l’arrêt des combustions; et avec la gêne circulatoire qui augmente de plus en plus, se montrent l’insensibilité et la suspension des mouvements. Tous ces phénomènes débutent dans les endroits où physiologiquement la chaleur est le moins considérable, c’est-à-dire à la périphérie1. Le refroidissement augmente de plus en plus, la respiration se ralentit davantage, les combustions interstitielles se suppriment, et parfois le peu d’oxygène qui se trouve dans le sang artériel peut se mélanger au sang veineux et lui communiquer encore la couleur vermeille. Ainsi Mathieu et Urbain, dans une de leurs analyses, ont trouvé dans le sang du ventricule droit plus d'oxygène que pendant la vie.

En résumé, dans la mort par refroidissement lent et continu, le système nerveux périphérique est d’abord impressionné, les mouvements respiratoires se ralentissent de plus en plus; il y a congestion cérébrale et l’acide carbonique s’accumule dans le sang.

Nous avons vu que lorsque la mort est produite par l’écbauffement graduel ou lent de l’organisme, certains auteurs (Harless, Rancke, Afanazieff, Vallin) ont admis des modifications dans le tissu nerveux (peut-être une altération de la myéline). De même l’action du froid détermine des changements semblables. Richardson et Weir-Mitchelle ont étudié expérimentalement l'influence du froid extrême sur les fonctions du système nerveux.

Ces expériences, quelle que soit leur interprétation physiologique, montrent que le froid peut modifier la substance nerveuse elle-même, les cellules de la moelle et du cerveau. Ces phénomènes peuvent dépendre d'un changement dans

i La suppression des fonctions cutanées doit certainement jouer un rôle important; l’absence de circulation périphérique est en partie cause des congestions internes.

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la proportion d’eau des tissus, et l'on sait que le tissu nerveux en contient 85 pour 100. On comprend aussi que sous l'influence de la chaleur ou du froid, il se produise des modifications moléculaires qui entraînent un désordre dans les fonctions.

5° Mort par refroidissement d'une partie. — Congélation. — Nous ne pouvons que citer pour mémoire les expériences de Brown-Séquard et Tholozan, de Fleury, de Beni-Barde, de Michel et les conclusions du travail de Pouchet, que l’on trouvera plus au Ion? dans la troisième édition de notre Précis d'hygiène 1. D’après celui-ci, dans tous les cas de congélation, la mort est due à l'altération du sang, et non à la stupéfaction du système nerveux. La mort serait déterminée par des embolies.

M. de Crecchio conclut autrement que M. Pouchet :

La congélation et le dégel, qu’ils aient lieu graduellement ou très rapidement, produisent une altération du sang toujours identique sous tous les rapports.

Le degré de froid qui sera suffisant pour produire la paralysie d’une partie du corps ne parviendra pas toujours à suspendre la circulation, au moins dans les vaisseaux d’un certain calibre. L arrêt de la circulation dans ces vaisseaux est plutôt une conséquence de l’action produite sur l’innervation, qu’un résultat direct et immédiat du refroidissement.

La congélation partielle tue, quand la partie gelée n’est pas séparée du reste du corps ; non pas parce que le sang altéré par le froid rentre dans le torrent de la circulation et y cause une sorte d’infection, mais parce que les matériaux résultant de la gangrène sont résorbés et causent la mort.

La congélation complète ou incomplète tue par la con-

1 L’action du froid extérieur sur les différentes parties de

t °î]!ÜniSI??e’ aU pulnt de vuc expérimental, est indiquée dans la thèse d agrégation de Labadie-Lagrave (1878).

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gestion, plus ou moins grave, des organes internes, ou bien en déterminant la stupeur ou la paralysie du système nerveux, et plus fréquemment pour ces deux causes réunies.

M. Michel pense que la cause de la mort à la suite d’une congélation ne dépend ni d’une asphyxie, ni d’une altération du sang, mais « d’une véritable syncope résultant d’une foule dè petites ligatures formées par ces embolies et interrompant le passage de l’arbre de l’artère pulmonaire dans celui de l’aorte. »

En résumé, dans la mort par refroidissement rapide et progressif le sang se refroidit; il diminue la contraction cardiaque, d’où mort par anémie cérébrale.

Dans la mort par refroidissement lent et continu, le système nerveux périphérique est d’abord impressionné, les mouvements respiratoires se ralentissent de plus en plus; il y a congestion cérébrale. Dans les deux cas, l’acide carbonique s’accumule dans le sang.

Quand la mort est consécutive à la congélation d’une partie, elle est déterminée par des embolies. Celles-ci proviennent des caillots dont le froid a provoqué la formation dans la partie.

Résultats anatomo-pathologiques.

On peut d’abord se demander quel est le degré de froid au delà duquel la vie ne peut se continuer. Les cliniciens ont fait des recherches sur ce point, mais les résultats ne sont pas tous comparables : les uns ont pris la température dans l’aisselle, d’autres dans

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le vagin ou le rectum; Laborde a recherché la température des parties centrales. C’est ainsi que MM. Roger. Mignot prétendent que les chiffres de 25° (axillaire) chez le nouveau-né et de 52» chez l’adulte sont la limite extrême de refroidissement compatible avec la vie. Ils n’ont jamais constaté de guérison après un refroidissement de 5°.

Notons cependant que, dans l’observation de Peter, sur une femme alcoolisée et congelée, la température vaginale ne fut trouvée que de 26°. Cette femme fut réchauffée rapidement et a très bien guéri. Dans un cas à peu près semblable, mais sur un homme observé par Bourneville, la température rectale était de 27°, 4 : l’individu fut traité de la même manière, mais il succomba.

Laborde, qui a fait des recherches si intéressantes sur les signes de la mort, s’est occupé de la température profonde des tissus après la cessation de la vie. Le moment choisi pour ses recherches a été entre la quatrième et la huitième heure après la mort présumée. « Lorsqu’on ne voit pas s’élever la température au-dessus du degré limitrophe de la cessation des phénomènes vitaux, et qu’elle s’abaisse, au contraire progressivement au-dessous de 30” C., les conditions de h mort réelle se sont produites. » D’après Laborde 25” de température axillaire correspondent au moins à 2o” et plus souvent à 26” et 27” de température profonde.

U faut tenir compte de l’attitude du cadavre : les individus semblent avoir été figés sur place, et la rigidité qui les a aussitôt saisis persistant longtemps es maintient dans cette situation caractéristique. C’est ainsi que Forestus parle des sentinelles mortes debout,

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la lance au poiiag, comme des individus frappés de catalepsie. Mais dès que le dégel arrive, ces signes fugaces disparaissent. Il en est de même de l’expression faciale, qui indique une vive terreur; les cheveux sont dressés sur le front, les yeux grands ouverts et cataraclés, les joues enfoncées, les mâchoires serrées, le nez pointu et effilé. Les cadavres sont en général très pâles1, il y a chair de poule et redressement des poils, ratatinement des organes génitaux mâles ; d’autres fois le corps est parsemé de taches d’un rouge sombre, ou bien la teinte rougeâtre ou bleuâtre est uniforme. Les rougeurs érythémateuses sont circonscrites aux bras, aux cuisses et surtout à la face. Blosfeld pense que les engelures situées sur les mains, les pieds, la face, les parties génitales permettent, d’après leur intensité, d’apprécier la durée de l’agonie et le séjour du mourant dans une chambre chaude.

De Crecchio distingue les cas de congélation générale suivant que celle-ci est complète ou incomplète. Nous pensons qu’il ne faut pas attacher une grande valeur à la congélation du cadavre, car elle survient quelle qu’ait été la cause de la mort, et d ailleurs le dégel a pu se montrer. Sur trente-quatre cas observés par Samson-Himmelstiern, neuf lois la congélation était absente ou superficielle, quatre fois le dégel était arrivé à l’endroit où l’on avait trouvé le cadavre. Blosfeld a toujours observé la rigidité cadavérique après le dégel.

> Aubas de îlontfaucon (Thèse, Paris, 1817, n” -208) donne la description suivante des hommes qui avaient succombe au froid dans l’expédition du Djebcl-Boutaleb : peau rouge ou bleuâtre, veux ouverts, pupilles dilatées, sclérotiques rouges, bouche largement ouverte, peau de téguments cyanosee surtout vers les parties déclives.)

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Les corps gelés n’ont pas l’odeur cadavérique ordinaire, « D’après Blosfeld, l’abdomen n’est pas tympanisé et ses parois ne prennent pas la couleur verdâtre de la putréfaction, même lors d’une décomposition avancée ; après le dégel, cette couleur reste brique ou cuivre sale, se fonçant peu à peu. » Pour de Crecchio, c’est au moment du dégel que la matière colorante se diffuse dans le plasma, d’où l’imbibition rouge des tissus environnant les veines, les rougeurs de la peau dans ses parties les plus exposées au froid, les traînées brunâtres le long des vaisseaux, la couleur cuivrée sale de la surface du cerveau, des poumons et des autres organes.

La plupart de ces symptômes peuvent bien montrer que le corps avant la mort a été exposé à l’action du froid, mais ils ne prouvent pas que ce soit celui-ci qui ait été la cause de la mort. L’examen que nous allons faire des organes internes apportera de nouvelles preuves.

De Crecchio insiste sur les congestions internes avec injections fines des tissus ; l’hyperémie est surtout manifeste du coté des poumons, du cœur, du cerveau. A la base de ce dernier, il a trouvé des points hémorrhagiques, du sang extravasé et congelé en plusieurs endroits. Les os se brisent facilement *, les muscles se laissent déchirer, les cristallins sont troublés ou

opaques. Sur les mêmes animaux, il a constaté que le sang était partout d un rouge vermeil vif, excepté dans les cavités droites du cœur et dans les grosses

1 Krajewski a trouvé cinq lois la disjonction dos sutures coroualc et sagittale, tremmert (1880) regarde avec Bilrolh et Kraewski comme 1res important au point de vue médico-légal la distension des sutures crâniennes par suite de l’augmentation de volume du liquide encéphalo-rachidien congelé.

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veines, où il était sombre. Ce sang était toujours gelé. Il est très important de faire remarquer qu’on obtient les mêmes résultats sur des animaux gelés après leur mort, c’est-à-dire, que le froid peut faire naître cette coloration du sang dans tout cadavre.

Ces résultats, fournis par l’expérimentation, présentent une certaine uniformité due à la cause unique qui les a déterminés. Les faits recueillis par les observateurs montrent une variété en rapport, sans doute, avec les nombreux éléments qui apportent leur influence.

Ogston a insisté sur l’anémie cérébrale, et Samson- Ilimmelstiern, sur seize cas, n’a trouvé l’hyperémie cérébrale que deux fois.

La congestion des poumons et des organes abdominaux est très variable. Krajewski l’a toujours constatée, Samson-Himmelsliern l’a vue onze fois sur seize, mais Blosfeld a trouvé les poumons presque normaux et Ogston dit qu’ils sont anémiés. Ce dernier est le seul à avoir fait mention d’écume sanglante dans les bronches et la trachée. Dans ses autopsies de congelés, Schrimpton signale les inflammations gastro-intestinales, qu’il compare à celles que l’on rencontre chez les brûlés : il a trouvé des ulcérations à la fin de l’iléon et dans le côlon.

L’examen du cœur présente des particularités importantes. 11 est rempli par un sang épais, plus ou moins coagulé, noir et rougissant très peu au contact de l’air; l’endocarde est très nettement vascularisé. Cette réplétion du cœur a toujours été trouvée par Blosfeld etDieberg; Samson-Himmelstiern la croit plus fréquente que dans les autres genres de mort. D’après Blosfeld, le poids du cœur rempli de sang est au poids

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du cœur vide comme 2,91 est à 1 ; dans l’asphyxie, ce rapport serait comme 1,08 est à 1. Une semblable proportion ne pourrait se rencontrer que dans la mort par le choléra, et alors une méprise médico-légale ne serait pas possible.

Nous avons vu que, d’après Crecchio, le sang congelé serait vermeil, et deviendrait sombre au dégel. C’est ce qui explique peut-être les opinions divergentes des auteurs. Ogston dit que cette couleur rouge clair qui se manifeste surtout après le contact de l’air, existe dans tout le sang, tandis que Blosfeld ne la trouve qu’au cœur. D’après Samson-Himmelstiern, elle n’est pas plus fréquente dans ces conditions que dans d’autres, chez les cholériques, par exemple.

Nous avons dit que les accidents produits par le froid se montrent plus facilement quand il y a diminution ou manque de nourriture; cependant ils peuvent apparaître dans les conditions opposées. La vacuité de l’estomac n’est pas constante et dans les trois cinquièmes des cas Blosfeld a trouvé de grandes quantités de substances alimentaires. Ogston et Dieberg ont signalé la plénitude de la vessie; Samson-Himmelstiern l’a trouvée vingt-sept fois sur trente-quatre cas, remplie d’une urine inodore, claire ou un peu trouble. Mais ce signe peut se montrer dans beaucoup d’autres conditions.

Règles de l’expertise.

En résumé, il n’y a pas de caractère spécial à la mort par le froid '. Rarement on peut rattacher celle-ci au froid seul et sans complications; le plus souvent il

’ Consulter : De la mort par le froid, considérations mèdicolegales qui s'ij rattachent, par Soulier. (Thèse de Paris, 1877.)

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faut s’occuper du rôle joué par l’inanition, un état pathologique des poumons ou du cœur, l’ivresse, etc.

11 faut donc tenir compte et de l’ensemble des lésions et des conditions de tout genre dans lesquelles s’est trouvé l’individu. S’il est possible, on visitera le cadavre daus le lieu même où il a été découvert. Dans l'appréciation des différentes causes qui ont pu jouer un certain rôle, il ne faudra pas négliger l’âge, le sexe, l’état des vêtements, leur sécheresse ou leur humidité. S’il est possible, on notera la température de l’atmosphère, depuis l’époque probable de l’accident. Les corps qui restent exposés au froid d’une manière constante se conservent indéfiniment. Mais la putréfaction peut se montrer, si pendant un certain temps celte action du froid vient à cesser. Aussi Casper a été trop absolu en disant qu’un homme couvert de neige, avec traces de putréfaction, n’est pas mort de troid. 11 peut très-bien arriver qu’un individu mort de froid soit enneigé ; quelque temps après, la neige fond et la putréfaction commence; puis, tout à coup un abaissement de température se produit et de nouveau le cadavre est recouvert de neige.

On peut avoir à se demander s’il y a faute d’un tiers. Disons de suite, qu’il est à peu près impossible de croire que ce soit là un procédé suivi par quelqu’un qui veut se suicider. Presque toujours ce sont, des accidents. La question de crime ne peut se présenter à l’esprit que dans les cas d’infanticide.

Il arrive souvent, par suite de catastrophe ou de grand désastre, que des personnes unies entre elles par la parenté, succombent ensemble aux elfels de la chaleur, ou du froid, ou de l’inanition. La question de survie peut être posée. On y répondra parce que nous

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