‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 111 sur 237 · II. Symptomatologie et pathogénie · texte numérisé non relu

II. Symptomatologie et pathogénie

Tous les auteurs rapportent l’histoire d’un jeune ouvrier nommé Déal qui, voyant ses ambitions déçues, s’asphyxia par le charbon, et eut la précaution de décrire, de dix minutes en dix minutes, les symptômes qu'il éprouvait.

L’imagination exaltée de cet infortuné a complètement exagéré la situation. En général, les choses se passent d’une manière plus calme, et les troubles cérébraux ne sont pas aussi tumultueux. C’est de la céphalée. La tête semble pressée dans un bandeau de fer, il y a des vertiges, du bourdonnement d’oreilles, un sommeil invincible. L’individu se couche, s’endort et meurt. S’il fait des efforts pour marcher, il chancelle comme un homme ivre et parfois tombe à terre. Dans certains cas l’intelligence reste quelque temps assez nette, la sensibilité est obtuse, la vue s’obscurcit; la résolution musculaire est complète, la respiration s’accélère d’abord, puis devient tumultueuse et bruyante; le cœur bat plus fort, il y a des palpitations et de l’anxiété, puis les mouvements se ralentissent. En même temps, les sphincters se relâchent, le coma survient et la mort arrive avec ou sans convulsions. OHivier a noté la présence du sucre dans les urines. (Arch. de médecine, 1879).

Les individus que l’on peut rappeler à la vie accusent un très grand malaise. Le mal de tôle est atroce, le malaise

DES ASPHYXIES

général avec des douleurs vives dans la poitrine. Ces symptômes cèdent peu à peu. Mais cependant, parfois, ainsi que l'on signalé quelques médecins, il reste des troubles durables du côté de la sensibilité, de la motilité1, des paralysies de l’intelligence qui accusent l’état pathologique des centres nerveux, ainsi que l’ont montré Bourdon (1843 et Beudet (1865 et 1883).

Cet empoisonnement par l’oxyde de carbone se fait lentement comme une infiltration, aussi ses débuts sont-ils très insidieux, et on s’explique ainsi comment des individus ont pu être surpris par l’asphyxie, dans leur sommeil, et ont succombé à celle-ci sans se réveiller.

Les recherches de Cl. Bernard ont démontré que les globules sanguins ont pour l’oxyde de carbone une affinité bien plus grande que celle qu’ils ont pour l’oxygène. Dans l’asphyxie par ce gaz, ce sont les globules sanguins désoxygénés qui arrivent dans la profondeur des tissus, et c’est à fa suite de l’absence de l’excitant naturel que la vie s’arrête. L’acide carbonique trouble, par sa solubilité, les échanges endosmotiques à la surface du poumon, et il se substitue complètement à l’oxygène.

L’acide carbonique ne devient cause unique de mort que dans les lieux où il se trouve en grandes proportions (gaz qui se dégage des cuves de vin, de cidre, de bière en fermentation; dans des chambres renfermant une grande quantité de fleurs, de fruits qui fermentent; dans des puits, des grottes naturelles; dans les endroits où sont entassés un trop grand nombre d’individus, etc.). Dans ces différentes conditions, l’asphyxie présente des symptômes en rapport avec la surcharge du liquide sanguin par l’acide carbonique. . ,

11 est impossible de dire le temps necessaire a la pro-

i Giraud, Do l’empoisonnement par l’oxyde de carbone e questions médico-légales, llièse, Paris, 1882; — Simon, Des paralysies névralgiques par le gaz oxyde de carbone, these de I ans, 1S83; Planteau, étude des troubles nerveux moteurs après asphyxie par vapeurs de charbon, thèse de Bordeaux, 1883, Jilderholm, Du diagnostic médico-légal de 1 intoxication par 1 oxyde de carbone. Stockholm} 1878

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