‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 110 sur 237 · I. Définition et étiologie · texte numérisé non relu

I. Définition et étiologie

Quand un fourneau rempli de charbon est allumé par la partie inférieure, on voit bientôt voltiger à sa surface des flammes bleuâtres que le vulgaire a appelées des vapeurs. Elles sont produites par la combustion de l’oxyde de carbone : le charbon en brûlant donne surtout de l'acide carbonique et une très faible quantité d’hydrogène carboné. Notre excellent maître, M. Coulier, qui a consacré à ce sujet un remarquable article du Dictionnaire encyclopédique , fait observer que l’oxyde de carbone est en moindre proportion si l’action de l’air est favorisée et Ja combustion du charbon plus facile. Si, au contraire, une circonstance quelconque vient enrayer la combustion, et la faire, pour ainsi dire, traîner en longueur, il se forme une plus grande quantité d’oxyde de carbone1.

On pourra donc trouver de grandes variétés dans l’analyse d’un air asphyxiant selon que tel ou tel mode de combustion aura prédominé. Mais ce qui est hors de doute, c’est qu’on ne peut mettre l’asphyxie sur le compte de la très petite proportion d'hydrogène carboné. Le gaz acide carbonique, lui-même, ne joue

* Consulter un travail de Richard (Revue de Vallin de 1884), dans lequel sont exposées les expériences de Max Grübersur la toxicité de CO et son dosage par la méthode de Fodor (chlorure de palladium).

DES ASPHYXIES

qu’un rôle secondaire, puisque, dans un milieu qui eu renferme 5 à 6 pour 100, et dans lequel les bougies s’éteignent, l’homme peut encore continuer à vivre. Dans les asphyxies par le charbon, la mort arrive avant que la bougie soit éteinte. L’oxyde de carbone, au contraire, est absolument irrespirable et on dit que Samuel White, qui en avait fait quelques inspirations, fut difficilement rappelé à la vie. L’asphyxie par la vapeur de charbon a été bien étudiée de nos jours par les médecins légistes et les expérimentateurs français1. Dès 1856, Devergie avait présenté un tableau complet des applications judiciaires de la question. D’ailleurs les exemples abondent dans nos grandes villes : ce sont des jeunes filles, en proie à des chagrins d’amour, des femmes délaissées et qui se trouvent tout à coup plongées dans la misère, des hommes d’une constitution affaiblie et maladive, comme Lebras et Escousse. C’est le procédé de suicide des nerveux et des délicats qui ne peuvent se résoudre aux moyens violents et espèrent avec quelques sous de charbon passer doucement de vie à trépas.

On trouvera plus loin, au chapitre Suicide, le nombre des asphyxies par le charbon de 1836 à 1880. Plus de la moitié de ces cas appartiennent au département de la Seine.

* Il se produit de grandes quantités de CO dans les hauts fourneaux dans les opérations métallurgiques pendant lesquelles on réduit les oxydes métalliques; dans la confection du charbon de bois, dans les fours à chaux; dans les incendies, c’est ce „az qui rend la fumée dangereuse et spécialement dans les galeries de mine; il détermine des accidents dans la guerre des mines, d’après le D' higal. Ajoutons d’ailleurs que dans la plupart de ces cas, le pouvoir toxique des gaz est augmente par leur mélange-

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