I. Définition et étiologie
Les gaz qui se dégagent dans les fosses d’aisances exposent à deux sortes d’accidents : des explosions et des asphyxies. Les principaux de ces gaz sont l’acide sulfhydrique, le sulfhydrate d’ammoniaque, l’ammoniaque, l’azote, des hydrogènes carbonés. Le plus dangereux de ces gaz est l’acide sulfhydrique ou hydrogène sulfuré.
L’hydrogène sulfuré est le produit de la putréfaction des matières organiques qui renferment du soufre dans leurs éléments constituants. On le sent dans les œufs pourris; il se dégage des fosses d’aisances, des dépotoirs, des gadoues, de la vase des marais et des égouts. 11 a donc de nombreuses sources de production; mais dès qu’il arrive dans l’air, il est peu à peu décomposé par l’oxygène.
Cependant il en reste encore assez pour brunir les peintures, les métaux, etc.
L’hydrogène sulfuré est absolument irrespirable, et l’animal qui le respire est aussitôt foudroyé. Les expériences de Thénard et Dupuytren ont montré qu’un air qui en contient 7Jj7ü de son volume fait périr un oiseau ; dans une atmosphère de ^ un chien succombe ; dans un milieu qui en renferme ^ un cheval s’abat en une minute. C’est lui qui produit le plomb auquel sont exposés les ou vriers qui vident les fosses ou curent les égouts.
MM. Gréhant et Peyrou ont recherché dans quelle proportion le gaz mêlé à l’eau devient dangereux. Au moyen d’un dispositif spécial, M. Peyrou a (ait. respirer à des chiens dilférents mélanges d’air et d’hydrogène sulluré,
1 Voir l’article Fosses d'aisances et latdines du Dictionnaire de Dcchambre, par le professeur' Layet, et les recherches expérimentales de Tamassia dans la Rivista spcrimcntale ili medicma legale, 1879, de Laborde dans la Tribune médicale, 1881-1882.
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absolument put-, au au et au T ^ '■ seul le dernier de ces mélanges donna lieu à quelques accidents : agitation, dyspnée, etc. Pour tuer l'animal il faut employer un mélange au Faraday avait obtenu le môme résultat avec un mélange au
MSI. Brouardel et Loye ( Comptes rendus de V Acad, des sciences , août 1885) ont établi par leurs expériences qu’il fallait distinguer deux formes d’intoxication :
1° Dans la première, la mort est foudroyante et elle est nettement due à une action sur les centres nerveux. La pupille est immédiatement dilatée, la cornée est insensible, le réflexe pupillaire a disparu : il est impossible d’obtenir aucun réflexe. Les membres sont en contracture : la respiration, d’abord convulsive, ne tarde pas à s’arrêter. Le cœur ralentit ses battements en même temps qu’il augmente leur puissance. La pression sanguine diminue d’une façon à peu près régulière jusqu’à la mort : toujours le cœur est Yultimum moriens. Le sang est violacé, mais l’hémoglobine est peu altérée.
2° Dans la seconde forme, la mort est plus lente : aux accidents nerveux se joignent des phénomènes asphyxiques très évidents. Après une première phase caractérisée par la dilatation de la pupille, l'insensibilité de la cornée, l’arrêt de la respiration et le ralentissement du cœur, on constate des accidents qui paraissent bien dus à l’asphyxie. La respiration revient, mais les mouvements respiratoires sont très énergiques : ils mettent en jeu tous les muscles du thorax et des épaules. Le cœur bat irrégulièrement; la pression s’abaisse, puis se relève, la contraction apparaît, puis disparait. L’animal succombe dans le coma. Le sang est très violacé, avec des altérations de l’hémoglobine L’urine renferme tantôt du sucre, tantôt de l’albumine. Les muscles restent excitables après la mort.
îles règlements de police tjue nous reproduisons plus loin indiquent les procédés de construction des fosses, la disposition du tuyau de descente et du tuyau d’évent, les précautions à prendre lors de l’opération de
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la vidange. Ces ordonnances sont aussi bien faites que possible et on peut dire que tous les accidenls qui surviennent sont les conséquences d’une infraction à ces règlements.
Nous voudrions voir ceux-ci adoptés par toutes les municipalités. Malheureusement il n’en est pas ainsi et la disposition des cabinets d’aisances et des fosses est laissée dans beaucoup de localités à la fantaisie du constructeur.
Il fut aussi un temps où les habitants de Paris déjetaient dans les rues les immondices de toutes sortes. Un arrêt du parlement, du 15 septembre 1535, confirmé par un édit de François Pr en 1539, rendit obligatoire la création de fosses d’aisances. Mais ce n'est qu'en 1809 que l’administration imposa les règles qui devaient présider à leur construction. Une ordonnance royale du U septembre 1819 précisa les différentes dispositions. Depuis cette époque, les progrès furent de plus en plus marqués, parce que l’administration se fit un devoir d’appliquer les conseils de la science. Il faut citer à ce sujet les travaux de Darcet, de Parent-Duchâtelet, les rapports du conseil de salubrité, du docteur Grassi, de la commission des logements insalubres, parmi lesquels on ne doit pas oublier MM. Perrin, Ilennezel, Potier.
Les lieux d'aisances présentent le système dit à la turque, ou le système à l'anglaise ( système Jenmngs). Il y a communication directe avec le tuyau de descente ou bien fermeture. Comme fermetures on emploie les fermetures Bouchard-IIuzard ou Rogier-Mothes, ou une simple cuvette hydraulique et pour chaque siège un conduit de ventilation aboutissant à une cheminée générale d 'évacuation (prison de Mazas, hôpital militaire de Vincennes, gare du Nord. — Chaque siège est ventilé par un bec de gaz spécial).
Si nous insistons sur ces différents points qui semblent tenir plutôt à l’hygiène qu à la médecine légale, c est que nous croyons qu’ils peuvent rendre service dans certaines
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expertises. Aussi nous allons donner un résumé de l'opinion de la commission des logements insalubres à Paris.
L'administration peut prescrire des appareils à fermeture hermétique, car on ne peut compter sur l’emploi des désinfectants dont il faut nécessairement laisser l’usage à la bonne volonté des propriétaires ou des locataires.
Les matières fécales, par le tuyau de descente, arrivent dans des fosses fixes ou dans des fosses mobiles. L’usage de tinettes-filtres avec déversement direct à l’égout améliorerait la situation.
L’observation et les expériences ont montré la nécessité de ventiler les fosses par le tuyau d’évent réglementaire, d établir constamment à l’air libre les ouvertures extractives, et de déplacer, toutes les fois que ce déplacement est possible, les ouvertures qui se trouvent dans des espaces clos, et surtout dans des pièces habitées, de surveiller l’installation, trop souvent défectueuse, des caveaux de fosses mobiles, et leur bon état d’entretien.
Le tuyau d’évent réglementaire est une soupape de sûreté : quand, par suite de l’abaissement de la pi’ession barométrique ou autres causes, la pression intérieure de la fosse augmente, les gaz peuvent, se dégager par ce tuyau. Selon les recommandations de Darcet, les constructeurs devraient s’efforcer d’échauffer le tuyau d’évent en le faisant passer aussi près que possible dH foyer de la cuisine principale ou près des corps de cheminées. Mais on ne voit là qu’une prescription réglementaire, et l’on ne fait un tuyau que parce que l’autorité l’exige. Aussi, souvent ce tuyau ne sert pas; parfois môme il peut présenter des inconvénients, si, au lieu d’aspirer les gaz de la fosse, il donne lieu à un courant inverse qui les comprime et les refoule à l’intérieur de l’habitation.
Pour faciliter le fonctionnement du tuyau d'évent, il faut adapter à son extrémité supérieure un appareil qui fait concourir l’action du vont à la ventilation de la fosse (appareils Leroy, Noualliier, ventilateur de Toussaint-Lemaître girouette à gueule de loup (Morin), la mitre dite parafuméè (système Gilles). Le tuyau doit s’élever assez haut pour que
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l’ajutage ne soit pas dominé par le faîte de la maison ni par ceux des maisons voisines.
On peut aussi prolonger le tuyau de chute au-dessus du sommet des maisons et y adapter un ajutage. La ventilation par le tuyau de chute se fait toujours bien parce que, placé dans les constructions intérieures, il se refroidit moins que le tuyau d’évent.
S’il y a des sièges béants, la section du tuyau d'évent doil présenter au moins 1 décimètre carré par 5"C,G de capacité de la fosse (si cette section n’est, par exemple, que de O1», 25 de diamètre, et que la fosse soit supérieure à 18 mètres cubes), le tuyau de chute doit être installé comme nous venons de le dire. D'ailleurs, selon les préceptes de Darcet, toutes les fois qu’il sera possible, ou fera aboutir le tuyau d’évent à la partie inférieure d’une cheminée d’usine ou dans une cheminée quelconque dont le foyer reste allumé tout le jour. On n’a nullement à craindre, dans ces conditions, les explosions qui peuvent se produire dans les fosses. Voici les conclusions du mémoire de M. Perrin :
« 1» Les explosions dues à l’inflammation des gaz contenus dans les fosses d’aisances ne sont pas aussi rares qu’on le croit généralement; 2° ces explosions, d une violence parfois extrême, peuvent devenir non seulement une cause d’incendie dans les habitations, mais encore de blessures plus ou moins graves et d’asphyxie pour les personnes; 3° elles se produisent à peu près exclusivement dans les fosses non pourvues de tuyau d’évent, conformément à l’ordonnace du 24 scptemdre 1819 ; 4° les dangers sont notablement accrus par la présence des pierres d extraction dans des espaces clos et fermés, et surtout dans des pièces habitées; 5° tous les graves inconvénients qui viennent d être exposés seraient évités par l’établissement, à l’intérieur des fosses, d’une ventilation, soit naturelle, soit artilicielle, mieux assurée, et en même temps par l’exposition à l’air libre des ouvertures d’extraction ; G» le fonctionnement actuel des tuyaux d’évent est lui-même insuffisant. »
Lorsqu’une fosse est presque remplie, les matières solides sont accumulées dans le bas, où elles forment une couche dure et pâteuse ; au-dessus il y a une partie liquide ou
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demi-liquide nommée vanne, que surmonte la croûte ou chapeau. Les gaz s'accumulent dans l'espace laissé vide entre la voûte et le niveau des matières fécales, sous la croûte, et dans la pyramide ou heurte qui se forme au-dessous du conduit de descente.