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III. Symptômes généraux et résultats anatomopathologiques

Nous n’avons pas à nous occuper de toutes les maladies qui peuvent atteindre les ouvriers vidangeurs. Ils rendent de grands services à la société, et il serait vraiment injuste de ne pas leur témoigner de l’intérêt. Mais disons d’ailleursque c’est grâce aux travaux desmédecins, à Darcet, Parent-Duchâtelet, etc., que des règles sévères d’hygiène et de protection ont été apportées oans 1 œuvre de cette prolession. C’est à la vue de ces malheureux que, louché de compassion, Ramazzini, âgé de soixante ans, se décida à écrire son beau traité des maladies des artisans. Nous ne citerons que les accidents mortels produits par les effets du gaz que les ouvriers désignent sous le nom de mille, de plomb.

Les émanations ammoniacales irritent vivement les muqueuses et surtout la conjonctive (ophlhalmie des vidangeurs) eL la pituitaire. L’hydrogène sulfuré et le sulfhydrate d ammoniaque peuvent déterminer une mort instantanée. Mais ordinairement leur action est moins brusque. Il y a une douleur vive à la tête et au creux de l’estomac». Dans cette région, c’est une sensation d’angoisse et de resserrement; la base de la poitrine est comme comprimée par un grand poids :

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c’esl le plomb. Puis la syncope survient, l’individu tombe sans connaissance et sans mouvements, le corps est froid, la face livide, à la bouche une écume roussàlre, les pupilles dilatées, le pouls petit : parfois il se plaint, gémit et succombe dans les convulsions; d’autres fois il y a insensibilité, prostration, et il meurt sans secousses.

Les lésions cadavériques sont souvent celles de l’asphyxie. Les cadavres se putréfient très rapidement, les tissus sont flasques, les poumons gorgés de sang, celui-ci est fluide et rouge brun; le foie volumineux, de couleur verdâtre; le cerveau et ses enveloppes sont congestionnés. L’examen du sang doit être fait. Ce liquide, mélangé avec de l’hydrogène sulfuré, se colore en vert. A l’analyse spectroscopique, on remarque la dispai’ition des raies de l'hémoglobine et une raie d'absorption dans le rouge. Ilofmann dit n'avoir jamais trouvé ce spectre dans le sang d’individus empoisonnés par l'hydrogène sulfuré. Laborde l’a au contraire démontré expérimentalement sur des animaux : d’après lui ce gaz, après avoir traversé les poumons, passe dans le sang artériel, et agit d’une manière spéciale sur les centres organiques qui commandent la fonction respiratoire. Il ajoute : « De la constance et de la nature de ces troubles fonctionnels, se liant à une lésion également constante et par son siège et par sa nature, se déduisait clairement le mécanisme physiologique et toxique de l’action de la substance introduite dans l’organisme. Ce mécanisme, avonsnous dit, réside essentiellement dans un phénomène d'arrêt fonctionnel , par suite de l’influence modificatrice que le gaz sulfhydrique exerce sur le centre bulbaire respiratoire, influence qui se traduit par une altération appréciable de la substance organique de ce centre. Cette action peut s’exercer de deux façons séparées ou simultanées, directement ou indirectement : dans la première alternative, le gaz toxique transporté par le sang artériel aux parties encéphaliques va agir directement sur le centre organique en question, de manière à provoquer le trouble et 1 arrêt mo-

DES FOSSES D’AISANCES

mentané ou définitif des phénomènes fonctionnels qu’il tient sous sa dépendance (actes mécaniques respiratoires); dans la seconde, une impression périphérique sur la muqueuse pulmonaire, c’est-à-dire sur les expansions terminales des nerfs vagues, provoque, paractionréflexe, la même suspension fonctionnelle ; il est facile de comprendre que, dans ce dernier cas, l'accident soit plus immédiat et plus rapide, car le transport circulatoire n’est pas nécessaire, et il suffit du simple contact du gaz, agissant à la façon d'un irritant ou d'un excitant, pour produire l’effet physiologique dont il s'agit, i

IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l’expertise.

Lorsque des accidents se produisent dans la vidange d’une fosse, une instruction judiciaire est ouverte et il faut savoir à qui doit être attribuée la responsabilité de ces accidents. Des experts sont nommés et ils doivent alors en établir les causes. Les renseignements que les ordonnances de police ont donnés sur la construction et le fonctionnement des fosses permettront de dire si celles-ci se trouvent dans les conditions réglementaires.

Il faut ensuite s’assurer si les préposés de l’administration, chargés de surveiller la vidange de la fosse, ont pris toutes les précautions nécessaires.

C’est ainsi que le tribunal de Grenoble, dans son audience du 25 mars 1875, après avoir établi que le sieur M..., inspecteur du service de la désinfection, n’avait pas procédé à la désinfection d’une fosse dans les conditions des arrêtés municipaux, et tout en reconnaissant l’imprudence d’une des victimes, déclare M....

« atteint et convaincu du délit d’homicide par imprudence qui lui est imputé, prévu et puni par l’article

ASPHYXIE PAR LE MÉPHITISME

519 du code pénal, et, en réparation, le condamne à cinq mois d’emprisonnement et 500 francs d’amende, le condamne en outre au huitième des dépens de la procédure et à tous ceux postérieurs à l’assignation. »

Nous devons le répéter encore : quelles que soient les précautions prises, les procédés de désinfection sont insuffisants pour garantir d’une manière absolue l’ouvrier vidangeur. Les accidents surviennent même lorsqu’on a désinfecté les fosses et qu’on les a ventilées à l’aide du fourneau Dalesme. Pour l’ouvrier qui descend dans une fosse d’aisances quelconque, il n’y a de sécurité que dans l’emploi du bridage. Malheureusement, les ouvriers sont les premiers à vouloir s’en passer.

Voici comment se fait la désinfection :

A Paris, d’après les prescriptions municipales, dès que la fosse est ouverte, on y verse, au taux de 1 1/2 à 2 pour 100 par mètre cube de matières, une dissolution métallique marquant à l'aréomètre 22 à 24 degrés pour le sulfate de fer, et 18 degrés pour le sulfate de zinc; parfois on ajoute en excès (4, 5, G pour 100) jusqu’à ce que le papier à l’acétate de plomb montre que la liqueur est désulfurée.

Alors, à l’aide d’un rabot, manœuvré du dehors, on procède au brassage.

Même lorsque celui-ci est bien fait, tout le contenu de la fosse n’est pas atteint par le liquide désinfectant ; il y a des angles de mur, les matières sont trop épaisses ; si les produits employés à la désinfection sont mauvais, et si, par exemple, les sulfates sont trop acides, alors l’acide en excès décompose les sulfures ou les carbonates des matières de la fosse et il y a un excès de production d'hydrogène sulfuré et d’acide carbonique.

La vidange faite, un ouvrier pénètre dans la fosse pour opérer les rachèvements et enlever le gratin. C’est la partie de l’opération la plus dangereuse.

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