I. Définition et étiologie
On donne le nom d’anesthésiques .à des substances qui ont la propriété d’éteindre momentanément la
* Bayard. Appréciation médico-légale de l'élher et du chloroforme, in Ann. cl’liyg., t. XL1I, 18-iD. — Tourdes. Démarqués sur le chloroforme au point de vue médico-légal, in Gaz. méd de Strasbourg, 18o2. - Morel. De l’éthérisation dans la folie et en médecine légale, in Arcli. de méd., t. 111, 1851.- Casper. Med. legale, t. Il, p. 453. Sédillot. Do quelques phénomènes psychologiques produits par le chloroforme, etc., in Gaz. méd. de Strasbourg, 1864, p. 557. — Tourdes. Art. Anesthésie (médecine legale; in Dict. encycl., 1866. — Gosselin. Des contre-indications des anesthésiques dans la pratique chirurgicale, in Huit, y 1866( P- iH6- — Martino. Applications médico-légales de
anesthésie, Thèse de Strasbourg, 1868, n" 56. — Lncassagnc
DES ACCIDENTS CAUSÉS
sensibilité. La découverte de l’anesthésie chirurgicale est une des plus belles conquêtes de notre époque. C’est un des grands services que la profession médicale a rendus à l’humanité. Dans notre mémoire à l’Académie, nous avons donné de longs détails sur les débuts de l’anesthésie et les différents procédés employés pour la produire.
De nos jours, elle est obtenue ordinairement par les vapeurs de protoxyde d’azote, l’éther, le chloroforme. Ce sont les seuls anesthésiques dont nous aurons à nous occuper.
Les effets du protoxyde d'azote furent décrits pour la première fois par H. Davy en 1799. On l’appela gaz hilarant, gaz du paradis. Ce fut un dentiste de Hartford, Horace VVels, qui, en 1844, l’employa dans les opérations chirurgicales. Son action est très fugitive : elle dure si peu de temps que l’on raconle que l’acrobate Blondin put faire ses exercices sur la corde raide à peine revenu de son sommeil.
L’éther et le chloroforme sont plus souvent employés.
L 'éther, éther vinique, C4H50, est un oxyde d’éthyle. On l’obtient en mettant en contact un acide avec de l'alcool.
Des phénomènes psychologiques avant, pendant et après l’anesthésie provoquée, in Mém. de l’Acad. de médecine, 1899, L. XXIX, et Rapport de H. Pidoux, Bull, de l'Acad., t. XXXII. — Los morts par le chloroforme, etc., par Marduel, in Gaz. hebd., 1870, p. 595. — De la supériorité de l’éther sur le chloroforme comme anesthésique, par Morgan, in Bull, de Hier., 1872, p. 513. — De l’emploi du chloroforme au point de vue de la perpétration des crimes et délits, rapport par Dolbcau, in Ann. d'hyg., 1874, p. 1f>8. — Maurice Perrin. La question des anesthésiques, in Bull, de thérap., 1875, p. 49. — Cl. Bernard. Leçons sur les anesthésiques et l’asphyxie. Paris, 1875. — Tripier. Des accidents dus à l’anesthésie par l’éther chez les jeunes sujets (Assoc. franç. Clermont, 187G). — Même sujet par Marduel [Gaz. hebd., 1877).
PAR LES ANESTHÉSIQUES
Comme on emploie ordinairement l'acide sulfurique, ce produit est souvent désigné sous le nom d’éther sulfurique ; mauvaise dénomination, puisqu'il ne contient pas trace de l'acide qui a servi à le produire. Basile Valentin, au quinzième siècle, l'avait entrevu, mais c’esl Grosse qui, en 1754, découvrit le procédé de fabrication suivi encore de nos jours. Au docteur américain Jackson revient l’honneur d'avoir signalé et démontré ses propriétés anesthésiques.
Le chloroforme CâHCI5 provient de la distillation avec beaucoup d’eau d’un mélange d'hydrochlorite de chaux et d’alcool. Soubeiran, en 1851, le découvrit, et M. Dumas, quelques années plus tard, détermina sa composition et, lui donna le nom de chloroforme, pour rappeler que c’est de l'acide formique ( C-I103> dont l’oxygène a été remplacé par du chlore. En 1847, Fiourens signala ses propriétés anesthésiques, mais c’est le docteur Simpson qui en vulgarisa l’emploi en chirurgie (10 novembre 1847) 1 .
1 P. Bert : Des effets du protoxyde d’azote (Soc. de biologie, février 1876). — Dastre : Étude critique des travaux récents sur les anesthésiques, Revue de Hayem, 1818. — Regnard, Revue scientifique, 1885.
D’après P. Bert, l’anesthésie est le résultat de la tension du gaz dans le sang. Un homme opéré d’une fistule é la vésicule biliaire, par Langenheck, est resté sous l’influence du protoxyde d'azote sous pression pendant sept heures par jour et pendant quatre jours. M. Martin (de Lyon) a maintenu dans ces conditions un chien pendant 71 heures consécutives. Chez ces animaux la mort arrive par arrêt de la respiration et jamais par arrêt du cœur. Il n’y a pas emmagasinement du chloroforme, mais proportion de ce gaz dans le sang. Le chloroforme a une acLion périphérique : c’est cette excitation qui vient agir sur le cœur. Aussi les morts subites survenant au moment de l’avulsion d’une dent sont fréquentes dans l'art dentaire. Voici quel est le principe de la méthode anesthésique de P. Bert : le protoxyde d’azote anesthésie quand il se trouve dans le sang à la pression d’une atmosphère. La quantité absorbée sera la même si la pression du protoxyde est d’une atmosphère, mais si la pression du mélange présenté au sang est supérieure, il y aura è la fois du protoxyde et de l’oxygène. Le sujet respirera comme dans l’air pur et s'anesthésiera comme dans le protoxyde pur, si l’on a soin d’élever la pression de 1/5 d'atmosphère.
DES ACCIDENTS CAUSES
Les anesthésiques ayant la propriété d etouffer la résistance, de supprimer la volonté, d’effacer le souvenir, d’éteindre la sensibilité, peuvent être employés par des mains homicides. Ils servent facilement à commettre un suicide, et en outre, le danger de leur emploi et souvent leur rapidité d’action exposent à des accidents.
Les expertises ont lieu en effet à propos de crimes, de suicides ou d’accidents. Casper cite le cas d’un dentiste de Potsdam qui, en mars 1856, se voyant réduit à la misère, fit périr par le chloroforme sa femme et ses deux enfants, puis se donna la mort. — Quand l’anesthésie a été produite, avec l’assentiment d’un malade, s’il succombe, il survient aussitôt une question de responsabilité médicale. — En 1847, un dentiste a été condamné, à Paris, pour avoir abusé d’une jeune fille qu’il avait éthérisée. — En 1874, le juge d’instruction de Montbelliard avait posé cette question à l’expert : « Si l’emploi des narcotiques administrés à l’état liquide ou gazeux peut produire une anesthésie suffisamment profonde pour qu’un viol soit accompli. » La Société de médecine légale de Paris consultée a discuté ce point : Chez un individu qui dort naturellement, peut-on administrer le chloroforme en vapeur et provoquer ainsi l’anesthésie sans réveiller le dormeur ?
Les suicides sont fréquents, les accidents assez nombreux. — La servante d’un droguiste fut asphyxiée par des vapeurs d’éther qui s’échappaient d’une jarre accidentellement brisée dans la chambre où elle couchait. — Ce sont des malades qui ont cherché à calmer leurs douleurs ou des médecins qui faisaient des expériences comme les docteurs Adams, de Glasgow, en 1849.
PAR LES ANESTHÉSIQUES
le docteur Glover, en 1859, et un jeune stagiaire du Yal-de-Gràce (1866) qui avail la fatale passion de s’éthériser.