DES POISONS EN PARTICULIER
Premier groupe. — Poisons irritants ou corrosifs.
Ce sont les agents médicamenteux dits vésicants, épispastiques et caustiques. Us provoquent une gastroentérite violente et des lésions profondes du tube digestif.
Nous étudierons les plus importants des empoisonnements déterminés par les acides concentrés, les alcalis caustiques, les sels métalliques corrosifs.
1° Empoisonnement par l’acide sulfurique.
a. Etiologie. — L’acide sulfurique ou huile de vitriol est concentré ou étendu. 11 entre dans certaines préparations telles que le bleu des blanchisseuses (sulfate d’indigo), dans les liquides destinés à nettoyer les ustensiles, dans les sulfates acides. Ce sont ordinairement des cas de suicide ou des empoisonnements ao= cidentels. L’acide sulfurique est aussi projeté à la ace pour aveugler ou défigurer. Ce procédé criminel, d’origine assez récente, a, paraît-il, pris naissance dans les districts manufacturiers de l’Ecosse. Ces crimes devinrent même si fréquents à Clascow, que le Parlement ajouta à la loi contre les individus coupables de blessures un article additionnel, applicable à l’action
POISONS CORROSIFS
de défigurer avec l’acide sulfurique ou un liquide corrosif, et qui condamnait le coupable à la peine de mort. Nous trouvons 07 empoisonnements criminels, en France, de 1855 à 1880. Les débats de l’affaire Gras ont fourni un exemple de l’emploi criminel de cet acide.
b. Symptômes. — 11 y a une douleur vive dans la gorge et l’eslomac; des vomissements muqueux cl bilieux. puis sanguinolents, parfois des coliques et delà diarrhée. Ces vomissements rougissent excessivement la teinture de tournesol. Sur les lèvres et dans la bouche on voit des eschares noirâtres et parlois celles-ci ont la forme du vase dans lequel on a bu. — Le pouls est petit, il y a une tendance à la syncope, puis un refroidissement général. La mort peut arriver en quel ■ ques heures.
Si l’acide est étendu d’eau, il y a une inflammation des parties, fièvre, chute des eschares, parfois hémorrhagies, rétrécissement de l’œsophage.
c. Autopsie. — Outre les lésions dont nous venons de parler, on constate des eschares jusque dans 1 estomac, des perforations et alors péritonite suraiguë. Dans un cas présenté par M. Laboulbène à la Société des hôpitaux, le malade avait vomi plusieurs jours après 1 accident une masse noirâtre qui était la membrane interne de l'estomac. On a trouvé le sang coagulé dans les vaisseaux de 1 intestin, et Grisolle aurait rencontré un caillot dans la veine iliaque. D’après Liouville, on pourrait observer une forme subaiguë et sténteuse de cet empoisonnement caractérisée par de l’albuminurie, une dégénérescence graisseuse des glandes et des muscles, comme dans l'intoxication par les poisons altérants.
d. Hacherches chimiques. - Cet acide désorganisant les tissus s’absorbe peu. il faut le chercher dans le tube digestif, les vomissements, sur les vêtements de la victime (les taches ne
acide CHLORHYDRIQUE. Llü
sèchent pas,'. Voici le procédé conseillé par Martin Damouretle : on tait bouillir les organes pendant une heure avec de 1 eau distillée, on Mitre, on concentre au bain-marie, on sature par hydrate de quinine, d’où production de sulfate de quinine. On évapore àsiccilé. et par l’alcool on sépare le sulfate de quinine du résidu organique et on reconnaît l’existence d un sulfate pai un sel de baryte.
e. Traitement. — La routine conseille de donner de l’eau tiède, de l’eau albumineuse. On administrera les hydrates alcalino-terreux (magnésie), de l’eau de savon, de l'huile. — 11 faut employer l’opium à forte dose contre les douleurs phlegmasiques.
o° Empoisonnement par l’acide nitrique ou eau-forte.
Mêmes symptômes et en outre diarrhée et coliques. Les eschares des lèvres et de la langue sont jaunes. Les vapeurs irritantes de cet acide provoquent la toux. Mêmes lésions anatomiques. Les recherches chimiques peuvent se faire avec l’hydrate de quinine ou encore par distillation. Même traitement.
5° Empoisonnement par l’acide chlorhydrique (acide muriatique, esprit-de-sel).
Vive irritation des voies respiratoires. Eschares Jjjaftfcties comme des fausses membranes. Mêmes lésions. Pour les recherches chimiques, on distille ou bien ou sature d’hydrate de quinine, puis on traite par l’alcool; le chlorhydrate isolé précipite par azotate d’argent et forme un chlorure d’argent (précipité blanc, caséiforme, insoluble dans l’acide azotique, mais soluble dans l’ammoniaque).
4" Empoisonnement par l’acide oxalique.
Il sert aux teinturiers, aux imprimeurs sur étoffe, aux fabricants de chapeaux de paille, il est employé pour le nettoyage des cuivres. C’est le type de l’empoisonnement par les acides végétaux. A la dose de lu à 30 grammes, mêmes symptômes gastro- intestinaux, mais pas d’eschares à la
POISONS CORROSIFS
bouche et aux lèvres. Dans l’estomac, des matières de couleur brune, ordinairement acides et de consistance gélatineuse. A Lyon, nous avons vu plusieurs exemples de si li eide par cet agent.
I oui les îccherches chimiques, on traitera les matières par l’alcool, puis par l'acétate de baryte : il y a un précipité blanc, insoluble dans un excès d’acide acétique, mais soluble dans quelques gouttes d'acide chlorhydrique ou azotique.
5° Empoisonnement par les alcalis caustiques : la potasse.
La polasse peut être choisie comme type de ces empoisonnements. Ceux-ci sont assez rares avec la soude, plus fréquents avec l’ammoniaque, par l'eau sédative (eau, ammoniaque et camphre).
Mêmes symptômes d’irritation des tissus; les eschares sont grises et molles, savonneuses au toucher et donnant avec le tournesol une réaction alcaline.
Les lésions anatomiques peuvent présenter tous les degrés de l’inflammation.
Pour les recherches chimiques, on conseille de faire bouillir les matières du tube intestinal avec de l’eau, on évapore au bain-marie, on traite par l’alcool. Si ces alcalis isolés des tissus ne donnent pas de précipité avec le carbonate d’ammoniaque, c’est de la potasse qui, d’ailleurs, précipite en jaune par le chlorure de platine.
Si le liquide a précipité par le carbonate d’ammoniaque, c’est de la chaux, de la baryte, de la strontiane.
Ajoutons que le chlore, le brome, Y iode, sont des irritants. S’il y avait empoisonnement, on se rappellerait que tous trois précipitent par le nitrate d’argent; que l’iode bleuit l’amidon, que le brome le jaunit, que le chlore est sans action.
6° Empoisonnement par les sels métalliques caustiques.
L’empoisonnement par le nitrate d'argent est rare. Il est peu caustique : il modifie plus les surfaces qu’il ne les détruit.. Dans ce cas, on doit donner de l’opn splgn.