‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 152 sur 237 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

Mariées 62G ou 18 p. 100, soit 8

Célibataires 580 ou 29 p. 100, soit 10

Veuves 510 ou 25 p. 100, soit 15

sur 100 000 femmes de même condition.

<i Le dénombrement de la population n’indiquant pas si les époux et les veufs ont ou non des enfants, il est impossible de rechercher si la présence d’enfants dans la famille favorise ou prévient le suicide des père et mère. On ne peut, sur ce point, que comparer les deux sexes d’après la

LACASSAGXE. 20

■ 1)1' SUICIDE

statistique criminelle seule: sur 100 hommes mariés ou veufs qui se sont suicidés, 65 avaient des enfants ; parm les femmes on n’en compte que 59 pour 100.

« Profession des suicidés. Toutes les classes de profession ont participé à l'accroissement et leur distribution proportionnelle a très peu varié. Les 0 groupes adoptés par les suicidés sont les mômes que pour les accusés. Ils se classent dans l’ordre suivant, eu égard au nombre de suicides par rapport à la population de la même catégorie.

Agriculture./ 12 suicides

Industrie 19 —

Commerce la —

Domestiques 29 —

Professions libérales 55 —

Sans profession ou profession inconnue. . 255 —

sur 100000 habitants de môme profession.

« Maintenant, laissant de côté le sixième groupe, on apprend par l’analyse des tableaux du compte, que sur 100 hommes qui se suicident, 58 sont cultivateurs, 52 travaillent dans l’industrie, 16 exercent des professions libérales ou sont propriétaires et rentiers, 10 apparliennent au commerce et 4 à la domesticité. En ce qui concerne les femmes, les 5 premières catégories conservent leur rang, mais avec les proportions de 44 pour 100, 28 pour 100 et 12 pour 100 ; les femmes commerçantes ne donnent que 5 suicides sur 100, tandis que celles qui sont domestiques en fournissent 11.

a. Domicile des suicides, Le domicile de 6194 suicidés de 1870 à 1880 a été mentionné dans les procès-verbaux; il était urbain pour 5285 et rural pour 2909, ce qui laisserait supposer que les suicides sont, plus fréquents dans les campagnes que dans les villes ; mais comme la population rurale de la France est de 24954554 habitants, quand la population urbaine n’est que de 11971 454 habitants, il s’ensuit que la première ne présente réellement que 15 suicides par 100000 habitants, tandis que la seconde en offre 24. Ces constatations ne font du reste que confirmer un fait qui se produit partout et toujours.

1)1 SUICIDE

« Époques îles suicides. La répartition des suicides par saison est toujours la même; c’est au printemps qu'on; i compte le plus 50 pour 100, puis en été et en hiver

25 pour 100 : c’est pendant l'automne qu’on en voit le moins : ‘20 pour 100. Cette régularité est telle que, de 1850 à 1880, il n’y a jamais eu d’une période à l’autre plus de 2 centièmes de différence. Il est assez intéressant de comparer, au même point de vue, ces attentats sur soi-même avec les attentats sur autrui. De 1830 à 1869 les comptes généraux ont relevé la date des crimes, quand la procédure l'indiquait, ce qui n’arrivait que dans les deux tiers des cas : or, sur 100 crimes contre les personnes, 28 avaient été commis au printemps, 27 en été, 23 en hiver et 22 en automne. Ainsi l’ordre est le même que pour les suicides et les proportions sont presque identiques.

k Modes de perpétration des suicides. D’après la réduction en nombre proportionnels la pendaison, qui est préférée comme genre de mort 45 fois sur 100 de 1876 à 1880, n’avait été employée que 50 fois sur 100 de 1850 à 1840. La submersion et l’arme à feu au contraire sont repoussées plus souvent de nos jours qu’il y a 40 ans; les proportions sont descendues de 35 et 17 pour 100 à 29 et 11 pour 100. Les autres moyens de se donner la mort sont toujours mis en usage dans la même mesure. La femme recourt moins souvent que l'homme à la pendaison, 30 pour 100 au lieu de 46 pour 100, mais elle se noie volontairement, 42 lois sur 100, tandis que l'homme n’use de ce dernier moyen que

26 fois sur 100. 11 y a des modes d’exécution des suicides qui sont pour ainsi dire spéciaux à un sexe, comme l’usage d’une arme à feu pour l’homme et l'asphyxie par le charbon pour la femme : la moitié des suicides accomplis à 'aide de ce dernier moyen l’ont été dans le département de la Seine.

« Motifs présumés des suicides. Des auteurs et des médecins dont la compétence ne saurait être mise en doute se sont élevés contre'la prétention de la statistique d’indiquer les motifs présumés des suicides. Ils pensent, que dans l’espèce non seulement il est difticile de connaître l’absolue vérité, mais que la cause réelle du suicide est souvent

DU SUICIDE

cachée par les témoins intéressés. Sans rechercher ce que ces critiques peuvent avoir de fondé, je pense que l’enqnùte à laquelle procèdent les magistrats est faite avec un soin suffisamment scrupuleux pour que les résultats en soienl acceptés avec confiance et qu’il vaut encore mieux les publier sans discussion que de laisser sous silence un élément sérieux d’étude pour ceux qui s’intéressent à cette question. Les difficultés dont il s’agit ne sont pas particulières à la France, et cependant les statistiques de presque tous les pays contiennent un tableau analogue au nidre sur les motifs présumés des suicides. Le tableau annexe ne reproduit pas la nomenclature complète des causes auxquelles ont paru devoir être attribués les suicides portés à la connaissance du ministère public pendant les 45 années de 1830 à 1880 : il les divise en 9 catégories, présentant chacune un caractère bien distinct. On y retrouve plusieurs des circonstances qui conduisent au crime : la débauche, l’ivrognerie, la misère, les dissensions domestiques, etc. Parmi elles il n’y a que l’amour contrarié qui ne paraisse pas avoir contribué à l’accroissement; proportionnellement même, la réduction est notable : de 11 à 4 pour 100 ; mais toutes les autres causes ont produit d'année en année plus de suicides. La constatation la plus triste, dans ce sombre tableau, est relative aux maladies cérébrales et à l’ivrognerie. Pour les suicides dus à l’aliénation menlale, 1 augmentation de 1836 à 1880 se chiffre par 188 pour 100, et celle des suicides provoqués par l’alcoolisme s’élève à 483 pour 100, près du quintuple. Et ce dernier chiffre serait bien plus considérable si l’on pouvait y comprendre les suicides imputés à l’aliénation mentale et qui en réalité, proviennent de l’abus des boissons. 11 résulte en effet des documents les plus autorisés que la proportion des cas de folie déterminée par les spiritueux, qui n’était que de 7 pour 100 admissions dans les hospices d’aliénés en 1838, est actuellement de 14 pour 100.

« La misère et les revers de fortune font plus de victimes parmi les hommes (14 pour 100) que parmi les femmes (0 pour 100); celles-ci sont plus accessibles aux chagrins de famille (17 pour 100) que ceux-là (14 pour 100 ; il en est de

DD SUICIDE

mémo de l’amour contrarié et de la jalousie, qui entraînent 7 suicides sur 100 pour la femme et ô pour 100 seulement pour l'homme ; les souffrances physiques éprouvant les deux sexes dans une proportion presque identique: hommes 16 pour 100 femmes 15 pour 100 l/aliénation mentale se termine plus fréquemment par le suicide chez la femme (44 pour 100) que chez l’homme (29 pour 100).

« On compte en moyenne par an 400 suicides dont les causes présumées sont restées complètement inconnues. Tels sont les éléments statistiques de nos comptes généraux sur le suicide ; je me suis borné à les résumer sans les commenter parce qu’il ne m’appartient pas de prendre parti dans une polémique qui est plutôt du domaine de la philosophie et de la médecine que de celui de la justice ; je pense, avec mes prédécesseurs, que c'est aux moralistes et aux aliénistes d'en faire ressortir les enseignements. »

Au point de vue du mode de perpétration, il arrive souvent qu’un individu emploie plusieurs procédés. Voici, par exemple, ce que nous avons observé. Un jeune homme entre dans la Saône, et lorsqu’il a de l’eau jusqu’au venlre, il se tire un coup de pistolet au b out. Un homme qui venait d’assassiner sa maîtresse, se tire dans la tête sept coups d’un revolver calibre 5, aucune balle ne pénètre, il se pend. Un autre s'attache une très grosse pierre au cou, se lie les pieds et se jette au Rhône. Dans ces conditions, le diagnostic médico-légal est toujours délicat. Nous appelons ces suicides des suicides doublés , réservant le nom de doubles suicides à ceux dans lesquels deux personnes, d’un commun accord, se donnent ensemble la mort.

Les chiffres que nous venons de donner méritent de fixer l’attention des hommes d’Elat. Il y a quelque chose à faire contre cette marée montante du suicide. Si, comme on le dit, nous assistons à une épidémie, pourquoi ne pas la restreindre, empêcher sa conta-

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