CANTHARIDES
Elles servent aussi à préparer les teintures alcooliques (au huitième), éthérée ou acétique, et les pastilles ou liqueurs dites du sérail qui se vendent comme philtres amoureux. La canlharidine, qui est le principe actif, tue à la dose de 5 centigrammes ; il faut de 5 à 8 grammes de poudre pour produire des accidents mortels.
Symptômes : Les effets varient avec le mode d’administration. Même avec le vésicatoire, on observe de l’excitation circulatoire et nerveuse, l’irritation des voies urinaires, par ou s’élimine la substance, et même de l’irritation de la peau, d’où éruptions.
A dose toxique, il y a douleur à l’estomac, sentiment de brûlure, vomissements, gastrite, diarrhée, puis de la céphalée, la face est rouge, les yeux brillants, on constate de la chaleur des organes sexuels, de la dysurie, l’urine estrare, sanglante; il y a du ténesme. Le priapisme est incessant et douloureux ; les phénomènes nerveux augmentent, il y a du délire, des convulsions générales, du spasme du pharynx, de l’insensibilité et du coma.
Lésions anatomiques. — Signes de gastro-entérite; inflammation dos voies urinaires, depuis l’urèthre jusqu’au bassinet; pénis, souvent gangrené et corps caverneux gorgés de sang. Cerveau injecté.
Traitement. — Vomitifs, purgatifs, bains prolongés, narcotiques à haute dose. On consultera d’ailleurs avec fruit
DU SUICIDE. 451
sur cet empoisonnement la thèse de Gnlippe, qui a obtenu le prix Barbier.
DU SUICIDE
Dans les chapitres précédents et à propos des différents genres de mort nous avons, pour chacun d’eux, indiqué les signes diagnostiques spéciaux qui permettent de supposer que l'individu s’est suicidé. Nous n’avons pas à les répéter ici. Il nous reste à montrer par quelques résultats statistiques l’importance de cette question dans les expertises médico-judiciaires. Mais d’abord essayons, s’il est possible, d’apprécier les causes générales qui peuvent déterminer un individu à attenter à ses jours, à détruire sa vie.
Détruire, c’est écarter les obstacles qui s’opposent à la réalisation d’un désir. L’instinct qui nous y porte et qu’on peut appeler l’instinct de la destruction, devient chez l’homme l’instinct du meurtre quand l’obstacle est un de ses semblables, et le penchant au suicide, quand il rencontre l’obstacle en lui-même. Poussé par un mobile puissant, ordinairement égoïste, l’instinct destructeur réagit alors contre l’instinct de la conservation personnelle. On se détruit pour échapper à une douleur trop vive, à une blessure de la vanité ou de l’orgueil, aux tortures de la jalousie, quelquefois aux souffrances d’un attachement brisé. En tous cas le suicide est le résultat du désespoir.
C’est ce qu’avait admirablement compris Dante, lorsqu’il plaça les suicides parmi les violents, entre les violents contre le prochain et les violents contre Dieu (Enfer, liv. XIII). C’est dans le septième cercle qu’il nous montre ensemble les tyrans et les voleurs de grande route baignant dans le sang, les âmes des
DU SUICIDE
suicidés enfermées dans des troncs d’arbre, les blasphémateurs, couchés sur un sol brûlant, la face tournée vers le ciel et exposés à une pluie de feu.
Le suicide a existé de tout temps, mais avec une fréquence différente dans les divers milieux sociaux et d’après l’influence que la collectivité avait sur la vie individuelle. C’est ainsi qu’il a été à peu près inconnu des Hébreux pendant de longs siècles : les juifs n’ont commencé à se suicider qu’au douzième siècle, après les persécutions dont ils ont été l’objet.
En Grèce, le suicide eut ses partisans, et des philosophes, de grands citoyens quittèrent ainsi la vie. A Rome, sous l’influence des stoïciens, on rendit le fameux décret : Mori licet cui vivere non placet.
Même chez les anciens, nous trouvons des mobiles semblables à ceux que nous constatons de nos jours. Quelques-uns se tuent pour une grande idée, pour la patrie; mais c’est que la constitution de la sociéléelde la famille était bien différente de ce qu’elle est à notre époque, où Kon constate, au contraire, l’intervention de soucis personnels et de chagrins domestiques.
fendant tout le moyen âge et jusqu’au douzième ou treizième siècle, les suicides furent très rares; mais à cette époque il y euL un réveil et comme une fermentation. Le suicide se montra à l’état épidémique et il frappa même dans les couvents : c’est une maladie que les moines appelaient acedia et qui n’était autre que le tædium vitæ si bien décrit par Sénèque.
Plus lard, le suicide eut ses approbateurs en France dans Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Rousseau. A notre époque ils augmentent d'année en année, et il semble même qu’à mesure que les suicides sont plus nombreux, ils sont provoqués par des motifs moins
1)U SUICIDE
graves. 11 est certain que nous devenons des délicats, presque des cérébraux, el que la proportion des suicides ira croissant jusqu’à ce qu’une forte éducation morale ait donné à chacun la conviction el le besoin d’accomplir des devoirs sociaux. Quand 1 équilibre cérébral vient à se rompre, c’est en général sous l’influence de la prédominance des instincts personnels et au détriment des instincts nobles el généreux.
Les tableaux statistiques que nous allons reproduire montrent les différents côtés de la question : nous emprunterons ces chiffres à la statistique judiciaire '. Ils ne renferment que les suicides suivis de mort, officiellement constatés et connus de l’autorité; il faudrait y ajouter ceux qui échappent à ses recherches et les nombreuses tentatives qui se produisent chaque année.
Nous empruntons à la Statistique de la justice criminelle les considérations suivantes sur le suicide en France de 1827 à 1880 :
« Des nombreux problèmes sociaux dont la statistique criminelle provoque et facilite l’examen, le suicide est peut être celui qui a soulevé le plus de controverses.
« Notre publication est la seule qui puisse présenter sur les morts volontaires des indications précises et circonstanciées, puisque chaque suicide dénoncé au ministère
1 Consulter sur ce sujet le remarquable ouvrage de E. Morselli, 1879, et les thèses faites dans notre laboratoire par le docteur Cliaussinand, Statistique criminelle de France au point de vue médico-légal, 1881, dans laquelle nous avons indiqué la distribution géographique par départements de la criminalité et du suicide et montré l'antagonisme entre cos deux procédés de violence. — Thèses de Mesnier, sur le suicide dans l’armée, 1881. — bu docteur Rocher, sur la criminalité chez les Arabes, 1885. — Ile Hournet, sur la criminalité en France et en Italie, 1881; et nos publications sur la marche de. la criminalité en France, 1881 et la criminalité comparée des villes et des campatjnes, 1882.
DU SUICIDE
public est. de sa part, l'objet d’une enquête dont les résultats sont consignés dans les comptes transmis à mon département. Aussi fait-elle connaître le sexe, l'âge, l’état civil, la profession et le domicile des victimes, ainsi que le mois du suicide, le mode de perpétration et le motif présumé. Malgré cette abondance de renseignements, on a plusieurs fois exprimé le regret de ne pas y trouver le culte du suicidé et l’inlluence de l’hérédité sur le suicide. Ces données seraient, sans doute, de nature à éclairer les savants sur certains faits physiologiques et moraux, mais, pour les obtenir, il faudrait prescrire une longue et minutieuse enquête sur les antécédents de chaque suicidé, c'est-à-dire, faire procéder à une instruction judiciaire dans chaque cas. 11 serait à craindre que ces enquêtes ne rencontrassent un obstacle insurmontable dans la résistance des témoins, parents pour la plupart du suicidé. Les recherches sur l'hérédité porteraient atteinte à la considération des familles; celles sur les croyances religieuses seraient aussi délicates que pénibles, si l’on voulait pénétrer dans la conscience du défunt, ou bien elles resteraient sans valeur si l’on prétendait accorder quelque importance au culte dans lequel le suicidé est né, abstraction faite de l’état de son esprit au moment de sa résolution funeste. Le suicide n’est pas un délit dans notre législation et l'on doit s’arrêter après les premières constatations matérielles et extérieures.
. 1759, c’est
5 par 100 000
habitants.
LO
Le nombre moyen annuel des
suicides a
suivi, depuis
1827. une marche incessamment progressive.
« Bien que les suicides accomplis dans le département de
Dit SUICIDE-.
■iü.'j
la Seine en 1870 n’aient pu être compris dans les relevés ci-tlessus, le chiffre de la période 1860-1870 est supérieur à celui de la période précédente. La tendance à l’accroissement semble s’accentuer encore si l’on en juste par les nombres des cinq dernières années : 5804 en 1876 ; 5922 en 1877; 6434 en 1878; 6496 en 1879 et 6658 en 1880.
oc Au moyen d’une carte géographique on peut faire connaître pour chaque département quel a été le rapport du nombre des suicides à sa population moyenne, de 1850 à 1879. Le département de la Seine y occupe le premier rang, avec 59 suicides pour 100 000 habitants; il fournit du reste régulièrement un sixième des suicides. En 1880, sur 6658 de ces faits dénoncés aux autorités judiciaires, 1146 appartenaient à ce département. En second lieu vien- < nent les départements voisins de la capitale, l'Oise, la Marne, Seine-et-Marne et Seine-et-Oise, pour lesquels la proportion est de 28 suicides pour 100 000 habitants ; celleci est. de 21 dans l'Aisne, do 19 dans l'Aube, de 18 dans la Seine-Inférieure et de 17 dans le Var et Eure-et-Loir; 18 départements ont une moyenne variant de 16 à 12 ; un seul, celui de la Charente, offre une proportion égale à celle de toute la France. 11 pour 100; enfin les 57 autres départements donnent un chiffre inférieur à cette moyenne générale; en Corse, dans l'Aveyron et dans l’Ariége on n’a compté par an, de 1830 à 1879, que 2 suicides pour 100 000 habitants.
« C’est seulement en 1836 que la statistique des suicides a pris un certain développement ; jusqu’à cette époque les comptes ne relataient que le nombre lotal par déparlement. On trouvera dans les tableaux annexes, les chiffres moyens annuels des suicidés par sexe, âge et profession ainsi que ceux des suicides eu égard aux saisons dans lesquelles ils ont été commis, aux moyens employés et aux causes probables. Si l’état civil et le domicile des suicidés ne figurent pas, c'est parce que ces renseignements n’ont été introduits pour la première fois, dans nos comptes, qu’en 1866.
« Sexe des suicides. — Les deux sexes ont concouru à l’augmentation signalée, mais dans une mesure inégale ; la part des hommes y est plus grande. Sur 100 suicides commis
DU SUICIDE
annuellement, de 1836 à 1840, près des trois quarts 74 pour 100 avaient été commis par des hommes, et de 1876 à 1880 la proportion atteint presque les huit dixièmes, 79 pour 100. Par rapport à la population recensée en 1876, on compte 27 suicides pour 100000 habitants du sexe masculin et 7 seulement pour 100 000 femmes.
« Age des suicidés. Si l'on envisage les suicides de 1836 à 1880 au point de vue de Page de leurs auteurs et sans distinction de sexe, on observe ceci : les suicides des enfants mineurs de 21 ans ne sont pas proportionnellement plus nombreux aujourd'hui qu'autrefois ils forment le vingtième de l’ensemble; ceux des individus âgés de 21 ans à 40 ans, au contraire, le sont moins : 16 pour 100 en 1876-1880 au lieu de 36 pour 100 en 1836-1840; la proportion des suicides accomplis de 40 à 60 ans est restée à peu près la même ; 37 pour 100 d’une part et 59 pour 100 de l’autre; mais les suicides des individus âgés de plus de 60 ans, qui formaient à peine un cinquième du tout en 1836-1840 (21 pour 100), constituent en 1870-1880 les trois dixièmes : 50 pour 100. 11 résulte des rapprochements avec la population générale que la propension au suicide s’accroît avec l’âge ainsi que le démontre le nombre des suicides que l’on compte chaque année par 100 000 habitants de sexe et d'âge correspondants.
« En pénétrant plus avant dans les détails de la statistique on constate avec un profond regret l’augmentation du nombre des suicides d’enfants âgés de moins de 16 ans : de 19 seulement, année moyenne de 1856-1840, il est successivement monté à 50 en 1876-1880. Le chillre réel de celte dernière période a été de 252, s’appliquant à des enfants qui avaient: 103, 15 ans ; 66, 14 ans; 40, 15 ans; 21, 12 ans ; 12,11 ans; 4,10 ans; 4, 9 ans; 1, Sans etl,7 ans.
« Pour les individus ayant dépassé 60 ans la progression est encore plus sensible, 256 pour 100, tandis que pour les
HOMMES FEMMES
HOMMES FEMMES
7 à 16 ans. t 16 à 21 ans. 10 21 à 40 ans. 15
1 40 à GO ans. 28 lt
6 60 à 70 ans. il 15
7 70ansetplus 75 17
DU SUICIDE
mineurs do 10 ans, elle 11’est qu» de 168 pour 100. Elle a été de 160 pour 100 pour les suicidés âgés de 40 à 50 ans. De 90 pour 100 pour ceux qui avaient de 16 à 21 ans, et de 79 pour 100 seulement pour les individus âgés de 21 à 40 ans.
« La précocité de la femme dans le suicide ressort de ce fait que sur 100 femmes qui se sont volontairement donné la mort de 1876 à 1880, on en compte 9 qui n’avaient pas encore atteint leur 21" année, tandis que la proportion correspondante pour les hommes n’est que de 4 pour 100 plus de la moitié moindre.
« Etat civil. D’après les chiffres réels et proportionnels pris dans leur ensemble, le plus grand nombre de suicides se trouve parmi les gens mariés; 1805 en moyenne de 1876 à 1880 sur 6065 pour lesquels l’état civil des victimes a pu être connu; c'est 46 pour 100. Les célibataires ne viennent qu’après : 2202 ou 36 pour 100; puis les veufs 1060 ou 18 pour 100. Mais ces proportions se présentent en sens absolument inverse si l'on établit le rapport des chiffres cide.-sus à ceux des mêmes classes de la population générale, en retranchant toutefois du total des célibataires les hommes ayant moins de 18 ans, et les femmes ayant moins de 15 ans. Ce résultat s’applique aux deux sexes.