‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 65 sur 237 · III. Caractères scientifiques · texte numérisé non relu

III. Caractères scientifiques

Dans ce chapitre nous aurons à nous occuper successivement des questions suivantes :

i° De l'agonie;

2“ Des signes de la mort:

4° Date de la mort ; de la mort récente ; de la mort ancienne; de la putréfaction ;

4° De la mort apparente;

5° De la mort subite;

6'* De la mort violente.

1° de l’agoxie.

D’après son étymologie, le mot agonie (de ù-/ôiv, combat) indique la lutte suprême entre la vie et la mort. C'est, plutôt une fiction poétique qu'une réalité. Il n’y a pas lutte ; l’organisme est suffisamment détérioré pour ne plus pouvoir fonctionner, et s’il continue encore à montrer quelque activité, c’est, pour ainsi dire, en vertu de la vitesse acquise : ce sont les derniers mouvements d’une impulsion qui ne se manifeste plus. Dès ce moment la vie est atteinte, et il y a des modifications, puis un arrêt dans les rouages organiques les plus compliqués. Comme l'a dit heureusement l'arrot, l'agonie n’est pas comme le vent agitant une torche enflammée, c’est la fumée qui s’échappe d’une torche encore incandescente, mais dont la flamme vient de s’éteindre.

On comprend que cette transition puisse ne pas exister ou soit plus ou moins longue.

Quoi qu'il en soit, c’est une asphyxie lente; un sang de moins en moins oxygéné apporte peu à peu et successivement dans tous les organes la lenteur, puis la diminution, puis l’extinction des phénomènes vitaux.

L’état mental des agonisants ou des moribonds doit fixer notre attention, et on peut se demander comment on pourra décider si un individu, dans ces conditions, est capable d’accomplir certains actes : un mariage in extremis , par exemple, un testament ou une donation.

Comme l’indique Tardieu, il faut pour chaque cas particulier, tenir compte des dispositions individuelles du mourant et de l’affection à laquelle il succombe. Les manifestations de l'intelligence, des lueurs dernières apparaissant tout à coup comme des éclairs, sont fort rares, et d’ailleurs ne se montrent en général que chez des individus qui meurent d'affections communes et dans lesquelles l’intelligence n’a pas été nécessairement compromise. On remarque souvent que, lorsque l’organisme s’est affaibli peu à peu et pendant longtemps, les faculLés cérébrales conservent jusqu’à la fin leur puissance.

Il est peut-être nécessaire, dans une expertise judiciaire, de savoir si la mort est survenue promptement ou a été précédée d’une agonie plus ou moins longue. Dans le premier cas, le phénomène qui frappe est la liquidité du sang. Dans le second, il y a de nombreuses preuves de l'installation de cette asphyxie lente. Le système veineux est engorgé, partout se montrent des stases et des congestions, dans les veines du rachis principalement. 11 y a du mucus bronchique, un engorgement pulmonaire, des concrétions polypeuses (caillots jaunâtres et fibrineux) dans le cœur et les gros vaisseaux.

Ces conditions peuvent, avoir une certaine importance. Ou a dit que le fait de l’agonie diminuait la responsabilité, M. Tourdes en cite un exemple : « Dans une rixe, ou s échangent des coups multipliés, un des accusés peut avoir intérêt à prouver que la victime était déjà mortellement atteinte quand il l'a lui-même frappée. Sans changer la valeur mo-

DE LA MORT ET DU CADAVRE. 17(1

raie de 1 acte, ce fait peut ébranler un jury par la considération d’un moindre préjudice matériel. »

On a demandé à des médecins de terminer une agonie, soit pour mettre un terme à d’atroces souffrances, soit pour empêcher des blessés, prêts à succomber, de tomber entre les mains de l’ennemi. Bonaparte proposa ainsi à Desgcnettes de donner une forte dose d’opium aux pestiférés de Jaffa. Celui-ci s’y refusa et répondit : « Mon devoir, à moi, c’est de conserver, i

Page 1